Le spectre

Québec 2007 - Après un OUI - Charest et la partition


Il y a des choses dont on ne peut pas parler au Québec, des mots qu’on ne peut pas prononcer. Ainsi, les Québécois jonglent depuis 30 ans avec l’idée de se séparer du Canada. Mais il est hors de question d’évoquer quelque conséquence négative possible d’une telle décision!
Les souverainistes peuvent dire que le taux de natalité augmenterait dans un Québec souverain, que la Gaspésie serait tout à coup plus prospère, que le climat sur Terre se réchaufferait moins vite, qu’un Québec indépendant aurait une armée qui distribuerait des fleurs et du riz à travers le monde et que les États-Unis plieraient à toutes nos demandes dans le conflit du bois d’oeuvre… pas de problème. Mais envisager qu’il y ait une once d’incertitude, que des entreprises pourraient se demander s’il est sage d’investir dans un territoire qui entreprend de se séparer d’un des pays les plus prospères du monde, non. Campagne de peur!
Et c’est ainsi que Jean Charest se retrouve plongé dans une controverse. Non pas parce qu’il a affirmé que le Québec éclaterait en morceaux dans l’éventualité d’un OUI au référendum. Parce que, à une question d’un journaliste, il n’a pas totalement exclu toute possibilité qu’un Québec proclamant sa souveraineté puisse voir son intégrité territoriale contestée. Par exemple, par les Autochtones, que le gouvernement du Québec a depuis des annés reconnus comme autant de nations. M. Charest a déclaré: «Je ne souhaite pas la partition du territoire québécois mais ces questions vont se poser.” Interdit. Tabou. “Charest agite le spectre de la partition”, disent les médias. Et le premier ministre d’émettre un communiqué pour dissiper toute mauvaise impression. Les journalistes lui ont reproché d’avoir attendu deux ou trois heures…
Pendant ce temps, André Boisclair envisage de déclarer unilatéralement l’indépendance du Québec, à l’encontre du droit international? Pas de problème, Boisclair fait vraiment une bonne campagne n’est-ce pas?
Le Québec peut avoir deux partis - le PQ et le Bloc - qui font constamment la promotion de la division du Canada, rien de plus normal pour tout le monde. Mais qu’un politicien évoque, comme une possibilité, le fait que quelqu’un quelque part, au lendemain d’un référendum, se demande si le Québec ne serait pas aussi divisible, horreur!
Remarquez, d’ailleurs, le choix de mots. Quand il est question des militants indépendantistes québécois, on ne peut pas dire qu’ils sont séparatistes, ni même indépendantistes. Encore une fois, c’est faire une campagne de peur. Il faut dire: des souverainistes. Encore mieux: bâtisseurs du pays. Et ils ne tiendront pas un “référendum” (campagne de peur!), mais bien une “consultation populaire”.
Par contre, si jamais les nations autochtones ou les Québécois de l’Outaouais voulaient rester avec le Canada dans l’éventualité de l’indépendance, appelle-t-on ça la souveraineté? Non, c’est la partition. Et il est interdit d’en parler.
Et c’est ainsi que se fait le débat sur la question nationale au Québec, avec l’aval de la grande majorité des commentateurs et journalistes. D’un côté, il y a la souveraineté, avec les lunettes roses et la ouate. De l’autre, il y a ceux qui se demandent si, avant de plonger, on ne devrait pas envisager la possibilité qu’il n’y ait pas d’eau dans la piscine. Mais non, campagne de peur. Alors plongeons!

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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