Le sabordage du désengagement

Géopolitique du Proche-Orient



Le kidnapping de soldats israéliens au-delà des frontières et les bombardements systématiques des cités israéliennes au moyen de fusées Kassam constituent une agression délibérée visant à faire échouer quelque arrangement entre Israël et l'Autorité palestinienne. Cette nouvelle situation remet en question le processus de désengagement consistant à évacuer la majorité des territoires de Gaza et de Cisjordanie. Il est évident que les radicaux du Hamas et du Hezbollah et leurs commanditaires syriens et iraniens veulent saborder le désengagement ou tout arrangement pacifique qui pourrait s'amorcer avec Israël depuis l'élection du parti Kadima. Le bouleversement politique récent en Israël avec l'émergence de Kadima a décontenancé plus d'un analyste de la scène politique israélienne: ce parti a été formé par des hommes politiques de gauche et de droite, unis autour d'un projet d'initiatives unilatérales: le désengagement.

Le contexte du désengagement
Pour comprendre l'émergence du parti Kadima, il faut mettre en perspective le contexte politique qui a prévalu entre la droite et la gauche ces dernières décennies. Alors qu'en 1967, les chaînes radiophoniques du Moyen-Orient promettaient à force décibels des massacres des citoyens d'Israël, le président Nasser s'allia avec la Syrie puis la Jordanie. Il renvoya les casques bleus stationnés à la frontière israélo-égyptienne et décréta le blocus du détroit de Tiran sur la mer Rouge. À la surprise de tous, Israël se retrouva vainqueur en six jours. L'exiguïté du territoire était telle que l'on se promit de ne rendre les territoires conquis que s'il y avait accord de paix. La gauche et la droite étaient réunis autour d'un tel consensus et plusieurs parmi ceux qui ne croyaient pas la paix possible cherchèrent à s'installer dans les territoires conquis.
L'Égypte signa la paix et récupéra l'ensemble du territoire du Sinaï. La Jordanie se départit officiellement de la Cisjordanie (les hauteurs de Judée et de Samarie) et, quelques années plus tard, signa la paix avec Israël. Les accords d'Oslo ont permis la création de l'Autorité palestinienne dans l'espoir de passer à la solution de la phase la plus délicate du conflit. Or, les espoirs mis en ces accords s'avérèrent caducs. Chaque concession israélienne était suivie d'une fin de non-recevoir et c'est ainsi que le gouvernement de gauche de Barak tomba et que la droite revint au pouvoir.
Plus de trois décennies après la guerre des Six-Jours, une bonne partie de la droite israélienne réalisa que la paix avec l'Autorité palestinienne était élusive, que les groupes terroristes continuaient à oeuvrer au grand jour, que ce soit par l'assentiment tacite du temps d'Arafat ou par l'incapacité d'agir de Mahmoud Abbas. D'où l'amère conclusion que la paix rêvée n'était pas pour demain. La majorité de la société ne veut pas continuer l'occupation de populations palestiniennes et c'est ce qui a mené des leaders de la droite, Sharon en premier, à poser des gestes unilatéraux, comme le retrait de la bande de Gaza.

Éhoud Olmert, le nouveau chef du parti Kadima, se proposait de continuer des retraits de façon unilatérale pour définir une nouvelle frontière car la paix véritable n'était pas réalisable dans l'immédiat. Les autres partis de gauche et de droite, ont des agendas de politique interne fort différents. Ceci dit, le parti du Likoud s'est opposé à la politique de gestes unilatéraux du parti Kadima tandis que le Parti travailliste l'a appuyée et il fait partie du gouvernement de coalition.
Les radicaux s'en mêlent
Il faut également tenir compte de la nouvelle donne de l'élection d'un Hamas majoritaire au Parlement de l'Autorité palestinienne. Au mieux, ce parti radical ne propose qu'une trêve jusqu'à ce qu'il puisse trouver les moyens de détruire Israël. Qui plus est, le chef de ce parti n'hésite pas à déclarer qu'il souhaite chercher des appuis auprès de l'Iran. Aujourd'hui, Israël et le monde découvrent avec effroi que l'Iran est gouverné par un illuminé qui croit fermement avoir été élu pour déclencher l'Apocalypse qui devrait se produire pour annoncer la venue du douzième mahdi caché, le messie chiite. C'est cet Iran provocateur qui nargue la planète entière au regard de sa volonté de ne pas respecter le traité de non-prolifération des armes nucléaires dans le but d'acculer le monde à une action contre lui.
Cet Iran agit également pour déstabiliser le Moyen-Orient par le biais de ses alliés syriens, les terroristes du Hezbollah et ceux du Hamas.
Ce tragique épisode vient probablement rappeler aux puissances que l'Iran a les moyens de créer des troubles sérieux au moment où le Conseil de sécurité s'apprête à prendre des sanctions contre lui.
En outre, il se trouve que le parti du Hamas au pouvoir tient aujourd'hui un langage de «non-sens» qu'aucun État souverain ne saurait tolérer : «Nous sommes prêts à reprendre possession de territoires, mais cela ne nous fait pas renoncer à notre but d'éradiquer l'État d'Israël. Nous nous réservons le droit d'envoyer des enfants se faire sauter et d'assassiner autant de civils que possible. Bien que Gaza ait été évacuée par les Israéliens, nous nous réservons le droit de tuer et de kidnapper des personnes en dehors de notre frontière. Nous tenons à ce que l'aide internationale continue, que l'industrie se développe pour continuer à produire des fusées Kassam dont nous bombardons les localités israéliennes de façon incessante. Nous exigeons d'autres retraits israéliens...» Quel État pourrait gober ce «non-sens» ?
Que signifierait alors un retrait unilatéral de la Cisjordanie à partir de laquelle l'État d'Israël serait bien plus vulnérable ? La philosophie du désengagement des territoires comportait certains risques dont on mesure aujourd'hui l'étendue avec beaucoup plus de réalisme. Les chansons pour la paix si populaires en Israël ont perdu leur magie, et même la volonté de viser la paix entre deux entités séparées et distinctes semble impraticable dans le contexte actuel.
Le diplomate Abba Eban disait que les leaders palestiniens n'avaient jamais raté l'occasion de manquer une occasion de faire la paix. Il est désolant que cette déclaration semble encore garder tout son poids. Les actions concertées du Hamas et du Hezbollah réussissent certainement à repousser sine die une initiative qui pourrait mener vers une situation de paix.
Les extrémistes mènent la danse. Les modérés sont muets, timorés ou absents. Les populations de la région continuent de souffrir.
David Bensoussan
_ Analyste du Proche-Orient


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