Le risque de déconstruction européenne

Les ruptures sociales se multiplient en zone euro, qui menacent son intégrité

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Un risque désormais ouvertement évoqué par la presse système

Où va la zone euro ? Quels objectifs communs poursuivent ses membres ? Que gagnent-ils, au fond, à partager la même monnaie ? La crise des dettes souveraines et le drame grec ont plus que jamais remis ces questions sur le devant de la scène. Si les réponses à apporter relèvent du politique, une chose est sûre : d’un point de vue économique et social, les trajectoires suivies par les pays membres s’écartent depuis 2010, et pas seulement à cause des séquelles de la crise. Pire, cette divergence pourrait s’aggraver dans les années à venir. Tel est du moins l’inquiétant constat dressé par France Stratégie, le centre de réflexion rattaché à Matignon, dans une étude sur le sujet.

Intitulée Les divergences sociales en Europe après la crise, celle-ci s’ouvre sur une observation à première vue sans surprise : « l’après-crise a fait apparaître plusieurs ruptures » dans la zone euro et l’Union européenne (UE).

En matière de richesses, d’abord. « La convergence marque une pause dans les pays de l’est de l’UE après une décennie de rattrapage (1999-2008), tandis que les pays du Sud et l’Irlande décrochent progressivement », notent les quatre auteurs dont Bruno Palier, directeur de recherche à Sciences Po.

Un constat aussi valable en termes d’emploi, de dépenses sociales et d’inégalités. Ainsi, alors que l’indice de développement humain (IDH), qui mesure les évolutions en matière de santé, d’éducation, de revenu et d’emploi, continue de s’améliorer en Allemagne, en Pologne et dans les pays nordiques et de l’Est depuis 2008, il s’est fortement dégradé en Grèce, en Espagne, en Irlande, et dans le sud de l’Italie.

Coupable ? La crise et l’impact des mesures d’ajustement mises en place dès 2010. En moyenne, l’austérité a en effet porté à 80 % sur la baisse des dépenses, notamment en matière d’emplois publics, de protection sociale et d’investissement.

Harmonisation fiscale

Mais ce n’est pas tout. Selon la note, les divergences sociales observées depuis la crise s’expliquent aussi « par la trajectoire non soutenable des pays du sud de l’UE dans les années 2000 ». Pendant cette décennie, le rapprochement des pays en termes de salaires et d’emploi a masqué une profonde divergence des niveaux de productivité et de compétitivité.

Exemple : alors que le montant de dépenses sociales (indemnisation du chômage, retraite…) était à peu près équivalent entre les pays du nord et du sud de l’UE dans les années 2000, leur nature était cependant très différente. Les premiers ont favorisé les investissements permettant de gonfler la croissance future, en améliorant par exemple la formation des adultes et le niveau d’éducation. Les seconds, en revanche, se sont concentrés sur les dépenses sociales non productives.

Maintenant que les politiques de rigueur touchent à leur terme, les économies de l’union monétaire vont-elles de nouveau converger ? La question est essentielle car, comme le rappellent les auteurs, l’objectif même de la construction européenne et de la zone euro est de tirer tous les États vers le haut, en rapprochant les niveaux de richesse.

Hélas, non seulement les pays du sud de l’UE resteront durablement affaiblis du fait de la persistance du chômage élevé et de la baisse des investissements dans l’éducation, mais, en plus, « les stratégies défensives et non coopératives des États se sont accentuées depuis la crise ». Nombre de pays n’hésitent plus à jouer en solo pour s’en sortir. Depuis 2006, quatorze d’entre eux ont réduit les prélèvements sur le capital et le travail afin de gonfler leur compétitivité à l’extérieur, piétinant l’harmonisation fiscale souhaitée sur le Vieux Continent…

Un constat inquiétant. Car si ces divergences se poursuivent, le sens même de la construction européenne pourrait, à terme, vaciller. Sans aller jusque-là, les auteurs tirent la sonnette d’alarme, en insistant : l’objectif communautaire ne peut se résumer à la convergence des niveaux de dette et de déficit. Il devrait plutôt se concentrer sur le rapprochement des modèles sociaux et de croissance, par exemple en coordonnant mieux les évolutions salariales ou en orientant plus finement les investissements productifs.


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