Mouvement des jeunes souverainistes

Le retour de la gauche patriotique

Une jeunesse qui a soif d'enracinement

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Tribune libre

Vendredi soir se tenait la deuxième rencontre du Mouvement des jeunes souverainistes. Le regroupement, qui a publié une vidéo en décembre dernier en soutien au peuple catalan dans sa lutte référendaire, n’en est qu’à ses tout débuts, mais son pouvoir de mobilisation est déjà évident. Environ 250 participants d’universités et de cégeps différents étaient au rendez-vous. Pour à peine quatre mois d’existence, c’est plutôt impressionnant, d’autant plus lorsqu’on souligne la présence de gens comme le président du Parti Québécois, Dieudonné Ella Oyono, du député Sol Zanetti et du rappeur Biz.


Une lutte inconditionnelle


Dans l’esprit d’une lutte transnationale, les murs de la salle arboraient les drapeaux du Québec, de l’Écosse, de la Bretagne, de la Palestine, mais également celui des Patriotes et même un Carillon-Sacré-Cœur. On souhaitait montrer que l’on soutient le concept d’autodétermination des peuples sans réserve et à qui le veut bien, mais c’est un couteau à double tranchant. Le soutien inconditionnel porté aux causes nationalistes semble a priori conséquent, mais ne laisse pas place au débat, et visiblement nous en avons besoin, des débats, car la légitimité de l’autodétermination des peuples n’est pas encore évidente pour tout le monde. La revendication de souveraineté, pour être crédible, doit être défendue et non pas acceptée sur parole. Ça serait de tomber dans cette erreur omniprésente à notre époque ultracontemporaine de croire la vérité subjective, c’est-à-dire de se méprendre à mesurer la vérité à l’aune de la subjectivité. C’est le piège d’une gauche anti-intellectuelle, et le Mouvement doit l’éviter à tout prix, car il s’agit d’une conceptualisation individualiste et marginalisante de la vérité. Voilà qui va directement à l’encontre de l’idée même de la nation, qui se construit à partir d’un peuple et non d’un ramassis d’individus. C’est que la gauche est naturellement plus intuitive que la droite et elle bondit plus rapidement à la compassion qu’à la méfiance, ce qui est loin d’être mal en soi, mais si la gauche ne s’allie pas de bonne foi avec la droite, qui accepte plus difficilement sans argument rationnel, elle creusera définitivement sa tombe à coup de doute et d’instabilité.


Un peu plus habile


Les idées qu’on a pu entendre à la soirée laissent croire que le mouvement est plus sage et plus ouvert au débat et à la discussion philosophique que les mouvements étudiants des dernières années. On remarque aussi que nombre des membres sont conscients de la capacité et de la volonté d’institutions comme le gouvernement fédéral et l’ONU d’utiliser des méthodes de manipulation démographiques pour jouer avec le pouvoir démocratique des peuples et ils en sont désabusés. Le groupe ne s’affilie à aucun parti, il ne se prononce même pas sur la loi 21 et j’espère qu’il continuera dans cette philosophie impartiale sur les détails, mais bien ancrée dans son objectif. Cela dit, l'événement manquait un peu de raisonnement : on chante, on danse, on parle des droits des premières nations, de l’environnement, etc., le tout en éludant la question : mais pourquoi le Québec? Si toutes ces propositions étaient mises en place au Canada, l’argument souverainiste fondrait comme neige au soleil. Le fondement d’une nation ne peut découler du rêve d’une administration technocratique qui gérerait la planète plus efficacement et avec un meilleur rendement. Nous n’avons pas simplement des opinions différentes de celles des autres nations du monde, nous avons une conceptualisation de la réalité différente. Il s’agit d’une différence capitale, car cela veut dire non seulement nous ne serons jamais complètement d’accord avec le Canada, mais nous ne vivons même pas dans le même monde. Les faits sont les faits, certes, mais leur importance est pondérée en fonction d’un but ultime commun, et nous avons des objectifs, des rêves, des obstacles qui nous sont propres.


Des œillères, toujours des œillères


Les propos gardaient malheureusement des défauts de la révolution tranquille, notamment l’anticléricalisme primaire et le besoin de validation de la scène internationale, même si l’on a pu sentir à quelques reprises un besoin et un désir d’enracinement dans certains discours. On le sait, selon la mythologie de la Grande Noirceur, le Québec est apparu avec la défaite de l’Union nationale en 1960. Il ne faut pas oublier que ce qui permet à un arbre de s’élever vers le ciel c’est la profondeur de ses racines; si la nouvelle vague nationaliste de gauche souhaite réellement s’émanciper, elle devra garder la candeur et le pouvoir artistique de la révolution tranquille, mais renouer avec le passé, oui, plus loin que 60 ans en arrière. J’espère qu’on aura l’humilité d’apprendre de Lionel Groulx et que nous travaillerons à nous assimiler à nous même pour mieux se projeter vers l’avenir.


 


Nous avons ici un groupe qui possède une réelle diversité d’opinions et qui refuse de laisser le Canada et le monde le traiter de raciste à une époque où l’on essaie d’extrême-droitiser tout ce qui n’est pas néo-libéral. La rencontre n’avait rien de vieillotte ou de quétaine, c’était une soirée forte en émotion et puissante dans ses intentions qui promet beaucoup.



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