Le Monde diplomatique scrute les commandites

Scandale des commandites


Décidément, la presse internationale n'est pas tendre pour les libéraux fédéraux. Après l'Economist qui écorchait vif le premier ministre, Paul Martin, le mois dernier, voici que le tout aussi prestigieux Monde diplomatique consacre une page complète au scandale des commandites.
Le numéro de janvier, tout juste mis en vente en kiosques, intitule son enquête L'argent d'Ottawa contre les souverainistes. En surtitre, une question, révélatrice : "Épuisement du modèle fédéral au Canada ?"
Pour l'image du Canada à l'étranger, il faudra repasser ! Se faire "varloper" par un hebdo britannique classé plutôt à droite, puis par un mensuel français carrément de gauche, tous deux dotés d'une audience internationale exceptionnelle, voilà qui frappe dru sur l'ego.
Si l'Economist a franchi l'an dernier le seuil du million de ventes, le Diplo, de son côté, tire en moyenne à 300 000 exemplaires, sans compter ses éditions étrangères, 28 en tout, qui y ajoutent 1,2 million de lecteurs supplémentaires.
Il faut additionner à cette imposante distribution le nombre de lecteurs inconnus de ses 22 éditions disponibles dans Internet. Vérification faite, et heureusement pour la réputation des libéraux, le numéro de janvier n'est pas encore traduit dans ces sites.
Le journaliste Philippe Descamps, qui signe l'article, soutient que "les partisans du système fédéral n'ont pas hésité à recourir à des moyens illégaux pour combattre l'aspiration de larges secteurs de la société québécoise à la souveraineté".
Ses sources sont impeccables. Descamps fonde son interprétation sur les rapports de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, et du juge John Gomery sur le scandale des commandites.
Les audiences publiques de la Commission Gomery ont été l'occasion d'une "longue descente aux enfers pour le Parti libéral du Canada et pour sa section québécoise, dont les procédés de financement occulte apparaissent au grand jour", écrit-il.
Puis le journaliste raconte comment fonctionnait ce "dispositif bien huilé". S'il n'apprend rien aux lecteurs québécois qui ont suivi le dossier, le reportage démontre que le modèle canadien n'a rien d'exemplaire. Descamps accepte cependant la thèse selon laquelle Paul Martin n'a rien eu à voir avec le scandale.
Au déshonneur des fédéralistes, le journaliste rappelle en outre comment Ottawa a violé la loi référendaire en dépensant des millions de dollars dans le cadre de sa stratégie pour l'unité nationale.
Parmi les manoeuvres douteuses, l'auteur cible notamment les 4,8 millions $ d'Option Canada, le fameux love-in de Montréal et les 40 000 immigrants naturalisés à toute vitesse à la veille du référendum de 1995.
Et pendant ce temps, le Canada n'a toujours pas ratifié la Convention des Nations unies contre la corruption. Si les membres du G8 se sont engagés en ce sens, lors du sommet de Gleneagles, en juillet 2005, seule la France a tenu parole.
Et d'où vient ce reproche ? De nulle autre que de la part de Huguette Labelle, l'ancienne haut fonctionnaire fédérale qui préside maintenant le conseil d'administration de Transparency International.
Cet organisme non gouvernemental a ses quartiers généraux à Berlin et évalue l'intégrité politique de chaque pays à partir des perceptions des milieux d'affaires et d'analystes autant nationaux qu'internationaux.
Le dernier bulletin d'information de T.I., en juin, contenait un article dont le titre donnait le ton sur la situation au Canada : "Un scandale de corruption entraîne presque la chute du gouvernement" . Ce qui a été évité de justesse en mai s'est concrétisé en novembre.
Sur le fond de la question, le Canada est tombé du 6e au 12e rang dans ce baromètre de l'intégrité publique, entre 1998 et 2004. Il n'y a pas de quoi s'en vanter.


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