Le CHUM et l'UdeM s'allient contre Québec

CHUM


jeudi 13 janvier 2005
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Malgré leur antagonisme, le CHUM et l'Université de Montréal ont décidé de travailler main dans la main pour rejeter l'hypothèse gouvernementale d'un hôpital sur deux sites et démontrer la gravité des conséquences qu'un tel choix entraînerait.
Estimant vraisemblable l'hypothèse révélée hier par Le Devoir voulant que Québec puisse favoriser l'implantation du futur CHUM à Outremont avec un nombre réduit de lits, tant le conseil d'administration du CHUM que l'UdeM ont rappelé qu'un hôpital de 700 lits sur un site unique est une condition sine qua non. Opposés sur le choix de l'emplacement du futur hôpital de calibre international, le CHUM et l'UdeM sont devenus frères d'armes hier pour faire entendre raison au gouvernement Charest.
Celui-ci a entre les mains les conclusions du comité interministériel créé l'automne dernier pour examiner la pertinence du projet Outremont, sa faisabilité et son financement en fonction de la capacité de payer de l'État. Les hauts fonctionnaires des sept ministères qui ont étudié le projet ont conclu qu'il fallait réduire à 550 le nombre de lits envisagés compte tenu des inconvénients d'accessibilité et de sécurité de la cour de triage d'Outremont.
Ils ont également mis en doute l'«apport réel au développement de la médecine académique» du scénario proposé par l'UdeM, comme le mentionne un document du ministère du Conseil exécutif dont Le Devoir a obtenu copie. De plus, le comité interministériel a évalué les coûts à plus de deux milliards de dollars.
Ce même document souligne que Daniel Johnson, dans un avis complémentaire à la commission Mulroney-Johnson, a aussi estimé que le projet Outremont subirait un dépassement de coûts.
C'est dans ce contexte que l'hypothèse d'un CHUM comptant 550 lits plutôt que 700 a été avancée plus d'une fois depuis quelques semaines dans les officines gouvernementales. Devant ce «risque réel» que cela devienne le choix du gouvernement Charest, le conseil d'administration du CHUM s'est réuni à huis clos lundi soir pour en discuter et, surtout, faire l'unanimité sur le rejet de l'idée. C'est un cul-de-sac où les patients risquent d'être ballottés, a déclaré au Devoir Me Patrick Molinari, président du conseil d'administration du CHUM.
«Sur les plans clinique et social, c'est une aberration. Obligera-t-on un patient à recevoir des soins dans un hôpital et d'autres soins dans un autre? C'est déjà le cas au CHUM, qui se situe dans trois lieux différents. Et la seule chose qui nous permettait jusqu'ici de supporter la situation, c'était l'espoir que le futur CHUM soit érigé sur un site unique avec 700 lits. Nous ne baisserons pas les bras», a ajouté Me Molinari.
L'UdeM a affirmé hier qu'elle s'oppose à la réduction du nombre de lits et qu'elle travaillera «main dans la main» avec le conseil d'administration du CHUM, où siègent d'ailleurs ses trois représentants. L'institution a également rappelé que son projet prévoit la création de 700 lits sur un site unique en 2010.
Le PQ réclame de la transparence
Les députés péquistes de Montréal ont également fait une sortie publique hier, après un long silence. Ils ont réclamé la tenue d'une commission parlementaire dès février pour étudier trois sites, soit le centre-ville (1000, rue Saint-Denis), Outremont et le 6000, rue Saint-Denis, rejeté par les libéraux. C'est ce dernier emplacement qui reçoit la faveur des députés du Parti québécois, qui se sont défendus d'être tiraillés pour ce qui est de l'option à privilégier.
L'idée d'une commission parlementaire a immédiatement été rejetée par le président du Comité des usagers du CHUM, Jean-Marie Dumesnil. D'abord, l'analyse des parlementaires se fait normalement à partir du moment où le gouvernement a fait un choix. Mais cette démarche risque surtout de retarder indûment la construction du nouveau CHUM. «C'est trop peu, trop tard. On manque de temps et, en plus, le travail a déjà été fait par le comité de planification du CHUM 2010», a affirmé M. Dumesnil.
Celui-ci ne s'émeut guère des critiques du PQ à l'endroit du gouvernement, qui tarde à trancher la question et rappelle la propre incohérence du gouvernement précédent dans ce dossier. «Le PQ doit assumer une partie de l'odieux du bourbier dans lequel on se retrouve actuellement. Sous le gouvernement péquiste, peut-être y a-t-il eu un site choisi, mais l'approbation pour démarrer les travaux n'est jamais venue. À la veille des élections, le timing n'était pas bon pour annoncer des dépenses de un milliard», a fait valoir M. Dumesnil.
Quoi qu'il en soit, la critique péquiste en matière de santé, Louise Harel, s'inquiète que le gouvernement puisse envisager de créer un CHUM à deux têtes. «Le danger, c'est de brader le nombre de lits à cause de jeux de coulisses pour faire plaisir à des lobbys», a affirmé Mme Harel.
La veille de Noël, Le Devoir révélait que l'élite du monde des affaires menaçait de ne pas contribuer financièrement à la construction du CHUM si le gouvernement optait pour le centre-ville. Le premier ministre Jean Charest a ainsi décidé de reporter la décision après avoir reçu l'analyse de deux nouveaux experts, d'ici le 2 février prochain.


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