CHUM-Outremont: 550 lits pour plus de 2 milliards

Un document du Conseil exécutif précise les hypothèses envisagées

CHUM

mercredi 12 janvier 2005
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Le projet d'implantation du CHUM à Outremont nécessiterait un investissement excédant les deux milliards de dollars et obligerait le gouvernement à réduire à 550 le nombre de lits sans pour autant être capable de respecter l'échéancier de 2010.
Selon un document issu du Conseil exécutif (le ministère du premier ministre) dont Le Devoir a obtenu copie, les deux experts mandatés la semaine dernière par le gouvernement de Jean Charest pour étudier les travaux d'analyse des experts précédents auront à recommander un hôpital universitaire de 700 lits au centre-ville (1000 Saint-Denis) ou une technopole de la santé et du savoir dans la gare de triage d'Outremont, qui ne compterait plus que 550 lits et qui risquerait de faire doubler le plafond budgétaire fixé à l'origine à 1,1 milliard.
Le document de quatre pages explicite le mandat d'Armand Couture et de Guy Saint-Pierre et rend compte des différentes conclusions de la commission Mulroney-Johnson (y compris l'avis complémentaire de M. Johnson), de l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal ainsi que du comité interministériel mis en place l'automne dernier pour étudier le projet de l'Université de Montréal de construire côte à côte le CHUM et un campus universitaire des sciences de la santé.
Ce dernier groupe de travail auquel ont participé les hauts fonctionnaires des ministères de la Santé, de l'Éducation, du Développement économique et régional et de la Recherche, des Affaires municipales, du Conseil du trésor, de la Sécurité publique ainsi que des Transports «a estimé que les coûts [du projet à Outremont] pourraient excéder le montant de deux milliards de dollars». Daniel Johnson est également arrivé à la conclusion que le projet à Outremont entraînerait un dépassement budgétaire par rapport au cadre déterminé par le gouvernement (800 millions en fonds publics québécois auxquels s'ajoutent des fonds privés et un soutien fédéral pour un total de 1,1 milliard).
Au cabinet du ministre de la Santé, on rappelait hier que le ministre Philippe Couillard affirmait déjà en juin dernier que la création de 700 nouveaux lits, plutôt que le projet du centre-ville, qui prévoit la «rénovation de 250 lits dans le site existant et l'ajout de 450 nouveaux lits», s'accommoderait mal du cadre financier gouvernemental. «À partir du moment où l'on est prêt à analyser un site dont on sait à l'avance qu'il coûterait plus de 800 millions, la balise financière pourrait évoluer», a affirmé l'attachée de presse du ministre, Cathy Rouleau.
Pour ce qui est de l'échéancier, le document du Conseil exécutif indique que, selon Daniel Johnson, le CHUM à Outremont ne pourrait être réalisé pour 2010 - d'ailleurs, le gouvernement Charest parle maintenant d'une mise en activité en 2010-11 - à moins d'une «parfaite synchronisation entre les différents intervenants impliqués». À cet égard, l'érection du CHUM sur l'actuel site de l'hôpital Saint-Luc représente des risques moins élevés, souligne-t-on.
M. Johnson a également noté que le choix d'Outremont aurait des conséquences sur le centre-ville, qui «subirait possiblement un déficit de lits». L'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal a fait une analyse similaire. Ainsi, l'Agence a conclu que «le nombre maximum de lits à aménager dans le cadre du projet Outremont serait de 575 au lieu de 700» afin d'assurer une offre de services au centre-ville. De son côté, le comité interministériel a fait valoir que les inconvénients en ce qui a trait à la sécurité et à l'accessibilité conduisent «à réduire le nombre de lits aménagés à 550».
Cette hypothèse du projet revu et corrigé de l'UdeM à laquelle Le Devoir faisait écho la veille de Noël laisse donc entrevoir la possibilité que le CHUM se retrouve écartelé sur deux emplacements. Le document mentionne d'ailleurs que, si le 1000 Saint-Denis obligera à maintenir au centre-ville 300 lits pour les besoins de proximité, avec le projet Outremont ce nombre «devrait être possiblement supérieur».
La réduction du nombre de lits soulève une opposition vive tant du côté des têtes dirigeantes de l'actuel CHUM que du côté de l'Université de Montréal. Au-delà des divergences d'opinion quant à la future adresse du CHUM, la communauté universitaire et le corps médical s'entendent pour exiger un hôpital de 700 lits disponibles sur un seul site à compter de 2010. Devant la nouvelle version du projet Outremont qui semble se dessiner, le conseil d'administration du CHUM a tenu hier soir une assemblée à huis clos pour discuter de cette délicate question.
Ce matin, les députés péquistes de Montréal, qui ont été bien silencieux jusqu'à maintenant dans ce dossier, tiennent une conférence de presse pour réclamer notamment que le dossier soit étudié en commission parlementaire.
De son côté, le ministre Couillard a brièvement commenté hier le dossier du CHUM alors qu'il annonçait une consultation publique sur le tabac. Il a justifié les nouveaux délais pour que le gouvernement prenne une décision par des retards dans la définition même du projet du CHUM. Il a également souligné que d'autres débats se profilaient derrière ce dossier. «Mêlés au débat du CHUM, on retrouve le débat francophones-anglophones, le débat classe d'affaires versus mouvements sociaux ou la gauche, le débat Université de Montréal versus l'université McGill», a affirmé M. Couillard.
Pendant ce temps, les nouveaux experts Couture et Saint-Pierre ont amorcé leurs travaux. La semaine dernière, ils ont eu un premier contact avec l'Université de Montréal. Lundi, c'était le tour du directeur général du CHUM, le Dr Denis Roy, de rencontrer M. Couture.
Pour mener à bien leur analyse, Armand Couture et Guy Saint-Pierre sont payés chacun 1100 $ par jour. Ils pourront facturer chacun le gouvernement pour un maximum de 30 000 $. Ces frais s'ajoutent à ceux de M. Johnson pour son avis complémentaire, mais aussi aux travaux de la commission à laquelle a participé également Brian Mulroney, pour un total de 1,4 million de dollars.
Avec la collaboration de la Presse canadienne


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