Le Canada, un refuge pour la mafia?

Corruption généralisée

par Alain Gravel
La justice italienne critique sévèrement le Canada pour manquer d'empressement dans la lutte contre la mafia la plus puissante du monde, la 'Ndrangheta.

Selon des enquêtes de la police antimafia italienne, neuf clans de cette mafia originaire de la Calabre sont très actifs en Ontario, surtout à Toronto. Plusieurs de ses proches vivent paisiblement au Canada même s'ils sont visés par des mandats d'arrestation italiens.
Des sources policières soutiennent d'ailleurs que leurs dirigeants ont beaucoup d'influence sur la réorganisation de la mafia à Montréal.
Le procureur italien Nicola Gratteri a participé à la rédaction d'un rapport d'enquête italien qui consacre un chapitre complet à la 'Ndrangheta au Canada.
Ce rapport nomme une trentaine de résidents ou d'anciens résidents du Canada d'origine italienne qui ont un lien avec la mafia. Une vingtaine d'entre eux sont toujours au Canada. Selon les recherches de l'équipe d'enquête de Radio-Canada, une dizaine sont visés par des mandats d'arrestation italiens, mais vivent paisiblement en Ontario.
L'Italie a beaucoup de difficulté à extrader des gens qu'elle soupçonne appartenir à la 'Ndrangheta, car le Canada ne reconnaît pas sa loi antiassociation mafieuse, une loi beaucoup plus contraignante que la loi antigang canadienne.
Un dossier négligé
Le procureur Gratteri accuse les autorités canadiennes de ne pas avoir pris au sérieux pendant longtemps la menace que constitue cette mafia pour notre économie.
« Ça fait plus de 10 ans que nous disons aux Canadiens de faire attention parce que la 'Ndrangheta est très présente au Canada, surtout à Toronto. On n'avait pas une bonne collaboration avant avec la police canadienne. On nous a très peu écoutés. » — Le procureur Gratteri
Le responsable de la lutte antimafia en Ontario pour la GRC, Kevin Harrisson, a admis au Toronto Star avoir négligé pendant quelques années la 'Ndrangheta, la priorité étant donnée à d'autres groupes du crime organisé.
De fait, l'enquête ontarienne O'Peggio, instituée en 2008 et semblable à l'opération Colisée au Québec, a été abandonnée après un an sans que l'on sache pourquoi. Mais ses informations peuvent toujours servir, assure le patron de la lutte antimafia de la GRC au Canada, Wayne Jacquard.
« Même si un projet ou une opération cesse, l'information qui a été recueillie par cette enquête-là n'est jamais perdue. Ça rentre dans nos banques de données et on continue à en faire l'analyse », affirme M. Jacquard.
Après des années de tensions, la collaboration a repris entre le Canada et l'Italie. La GRC a placé au sommet de sa liste de priorités la 'Ndrangheta canadienne et son infiltration dans notre économie, surtout à Toronto.
Avec des informations d'Alain Gravel
La loi, en Italie et au CanadaSelon le code pénal italien, appartenir à une association de type mafieux constitue un délit. Une telle association possède les caractéristiques suivantes : ses membres, au nombre de trois ou plus, profitent de leur force d'intimidation pour commettre des délits, acquérir le contrôle d'activités économiques, nuire au libre exercice du droit de vote ou fournir des votes à eux-mêmes ou à quelqu'un d'autre lors d'une consultation électorale. En plus de peines de prison pour les membres et les dirigeants, les biens de la mafia peuvent être saisis.
Au Canada, une organisation criminelle est définie comme un groupe d'au moins trois personnes qui vise à commettre ou faciliter des infractions graves qui pourraient lui procurer un avantage matériel, notamment financier.
Le fait de participer à une activité d'une telle organisation qui lui permet d'accroître sa capacité à commettre un acte criminel est passible de cinq ans de prison. Commettre un crime au profit d'une organisation criminelle peut entraîner un emprisonnement de 14 ans, et commander un tel crime, la prison à perpétuité.


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