Le Canada est une immense absurdité

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«Le Canada est le laboratoire de la postmodernité la plus délirante qu’on puisse imaginer »





Luc Lavoie n’est pas avare de formules tranchantes, non plus que d’analyses du même genre. Il en a encore fait la preuve en commentant très sévèrement la possibilité que Martine Ouellet se retrouve cheffe du Bloc Québécois à Ottawa. Quoi qu’on pense de Martine Ouellet, ce poste semble lui convenir assez naturellement : c’est une indépendantiste résolue, avec un leadership combattif. Elle critique mieux qu’elle ne propose. Ça tombe bien. Le Bloc Québécois est là pour ça. Il n’a pas pour mission de réformer de manière constructive le Canada mais de faire le procès d’un régime fondé sur la négation de la nation québécoise. Le rôle du Bloc, c’est de contribuer à sortir le Québec du Canada, c’est de révéler le rapport de subordination qui pèse sur notre peuple dans le régime canadien et vu l’état actuel de sa députation, il a tout avantage à miser sur un nationalisme décomplexé dans le procès du fédéralisme. L’avenir du Bloc se trouve dans un indépendantisme de combat. La décision appartient évidemment à Martine Ouellet, mais elle trouverait comme cheffe du Bloc un rôle à la hauteur de son immense talent.


Une fois cela dit, je me permettrai de revenir brièvement sur le commentaire de Luc Lavoie. Pour lui, Martine Ouellet risque d’enterrer le Bloc en s’y ralliant. En un sens, il y voit une bonne chose, car pour lui, le Bloc «qui a été l’une des grandes anomalies, une immense absurdité dans l’histoire du Québec». Étrange déclaration, aurait-on envie répondre. Faut-il rappeler dans quelles circonstances le Bloc est apparu dans la politique fédérale? On le fera pour les oublieux. En 1990, l’Accord du Lac Meech marquait la fin des tentatives sérieuses de réparation constitutionnelle, suite au coup de force de 1982. Les nationalistes québécois avec un minimum de dignité, à l’époque, ne pouvaient pas rester dans des partis fédéraux qui avaient trahi le Québec. Le Québec devait désormais parler de sa propre voix. Où était l’anomalie dans sa réflexe de dignité et de survie? Ils fondèrent le Bloc Québécois et ce parti s’imposa ensuite pour près de 20 ans dans la politique fédérale, avant d’être victime de la débandade plus globale du camp souverainiste depuis 2011.


En fait, on se demandera pourquoi les Québécois ont pris tant de temps pour fonder un parti capable de les représenter dans ce pays fondamentalement étranger pour eux qu’est le Canada. Plutôt que de se laisser intégrer dans les jeux de la politique canadienne, en consentant à la dissolution de son intérêt national dans l’intérêt national canadien, le peuple québécois aurait pu, il y a longtemps déjà, constituer un parti nationaliste sur la scène fédérale qui aurait pu veiller sur nos intérêts nationaux. L’idée est d’ailleurs revenue dans le débat public à quelques reprises au fil de notre histoire. Pourquoi serions-nous seulement un pion dans le jeu canadien? Le point de vue du Québec sur le Canada n’est pas celui d’une province parmi d’autres, devant simplement faire fonctionner le fédéralisme à son avantage. Pour peu qu’on suive l’actualité politique fédérale, on comprend d’ailleurs que l’effacement du Bloc depuis 2011 a contribué à l’effacement du Québec à Ottawa. À Ottawa, on traite le Québec comme une province parmi d’autres et le nationalisme québécois comme un résidu historique appelé à disparaître.


Reprenons les mots de Luc Lavoie tout en les détournant un peu: c’est le Canada qui est une immense absurdité dans l’histoire du Québec. Il y a quelque chose d’absurde et d’humiliant pour un peuple comme le nôtre à exister dans l’espace réduit que le Canada lui laisse. Pourquoi demeurer dans un pays où nous sommes structurellement minoritaires et subordonnés? Notre appartenance à ce pays artificiel, qui est en fait le laboratoire de la postmodernité la plus délirante qu’on puisse imaginer, est une anomalie historique et politique. Pourquoi s’entêter à demeurer dans un pays dont la constitution nous nie et qui programme notre dissolution dans les paramètres d’un multiculturalisme extrême, qui nous transforme en étrangers chez nous? Ce qui est absurde, ce n’est pas de se donner les moyens politiques de sortir du Canada mais d’y demeurer aux conditions insensées qu’il nous impose. Le Canada n’est pas notre pays et à moins de consentir à une forme de suicide national, il ne le sera jamais. Un jour, nous en sortirons.




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