La langue, toujours la Langue...

Le Bredouillage comme acte de Liberté

Digression depuis un mot à une maman remuée

Tribune libre


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Bonjour dame Denise,
-* «Y’en a qui ont le coeur si large qu’on y entre sans frapper.»
-* Le grand Jacques, [1967]
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—> Un moment d’attendrissement
Billet du 13 mai 2017, Journal de Montréal / de Québec
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Vous avez ému une «vieille âme», madame.
Et elle vous en remercie.
Cela dit, et puisque j’y suis (France… Belgique... Suisse et Québec: même combat en l'occasion), permettez que je vous aiguille vers un court commentaire qui rejoindra en l'espèce, madame, nos préoccupations communes: www.bvoltaire.fr/lorthographe-cle-succes-etudes/
Quand les facultés d’Éducation, en effet, forment des diplômés incultes et analphabètes (et ce, depuis au moins trente ans), le Système tout entier pédale alors, et allègrement encore, et en toute bonne conscience au surplus, dans la semoule de la médiocrité ainsi reconduite / reproduite mécaniquement, systématiquement, obstinément.
Ainsi nos sociétés actuelles, le Québec au tout premier chef, engendrent et perpétuent en boucle la déficience intellectuelle généralisée — résultat obligé d’une pensée handicapée par une langue rachitique et déglinguée jusqu’à l’inintelligible. Une langue sérieusement blessée. Peut-être même mortellement, d’ores et déjà. Une langue outragée, très certainement. Pour dire le moins.
Une langue-sabir qui par définition éradique le génie et assomme l’intelligence.
Et ce, quoi qu’en pensent (...?) les Marc Cassivi, les Patrick-André Mather et autres Anne-Marie Beaudoin-Bégin de ce monde.
Comme si — ô dérisoire coup d’épée dans les chimères chez qui prétend transgresser joyeusement ce qu’il méconnaît avec superbe — on pouvait s’affranchir de ce que notre ignorance empressée, satisfaite et volontaire nous a, au préalable, formellement interdit de connaître. Ah! le génie du cri, de l’ânonnement, du marmonnement, du baragouin, de la convulsion et de l’onomatopée: «Crachouille-le sur le mur, on va le lire!», disait l’un de mes frères, naguère. Vive le babillage de l’infante, son «p’tit pot» sous le bras. L’Aufhebung en absence de toute négativité, ou effort, s’esclafferait, en sanglots, l’ami Hegel…
Hallucinant, absolument hallucinant, messieurs/dame. Dont le même unique sophisme amphigouré (le saint bredouillage comme acte de saine liberté) fait à chaque fois - angélisme, aveuglement volontaire et pensée magique à la clé, y compris entre les lignes, de poudre, aux yeux - office d’argumentaire.
Déficience intellectuelle tout azimut, donc. Désormais entendue comme référence… d’originalité, sinon de compétence. Et de liberté! Pour peu bien sûr qu’elle acceptât au passage de se voir fortement anglaisée (autre flanc, comme on sait, celui de l’englissement, offert résolument à la mise à mort tranquille sinon réclamée - par «ouverture d’esprit» - des peuples et des communautés d'expression française).
La boucle, dis-je. Qui tue. Par asphyxie. L’espoir, l’intelligence, l’avenir. Comme si, enfin, les «helpers» de la France micron de M(iste)r Macron pouvaient, soudain champions de la chromométrie, inoculer en ces ténèbres autre chose qu’une énième nuance de gris. Mais je m’égare, me soufflent à l’instant à l’oreille mes regrettés maîtres de Mégare.
Non, certes. Ce n’est pas Brel (bouclons, ce disant, une autre forme de boucle) qui aujourd’hui se plaindrait d’être parti trop tôt. J’en suis persuadé. Ou quasi. Face au vide abyssal et vertigineux de l’obscurité partout envahissante de notre temps (l’incapacité à dire - et ce n’est point là vaseuse théorie, snobisme élitiste moins encore - conduit de fait, et inexorablement, à la ténèbre d’un monde pour le coup devenu inintelligible), et ce, voire surtout, jusqu’au sommet même de l’État, il y a de ces trépas («libres» ou contraints, peu importe en dernière analyse) qui sonnent et résonnent - prodromes aux fins de civilisation - comme de véritables libérations.
C’est tout en pastel et en poésie, en gémissements contenus aussi, ô langueurs monotones, que les coeurs tendres vous en passent un papier. Vélin.
Jean-Luc Gouin
depuis Stadaconé, à l’occasion de ce 14 de mai, Jour anniversaire, madame, de votre statut - sinon statue - de maman
cc : à une amie française des «vieux pays» (plus jeunes d’esprit d'ailleurs, bien souvent et à bien des égards, que le soi-disant «nouveau monde»: Qui a peu de racines, je pense, ne connaît point les ivresses des cimes)

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Jean-Luc Gouin89 articles

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Chambrelan du verbe et indocile citoyen de la Cité (les dossiers de la Francité et de la « Question » nationale du Québec l’occupent – et le préoccupent – tout particulièrement), mais également docteur en philosophie diplômé de l'Université Laval et spécialiste nord-américain du penseur allemand Hegel, JLG a publié ouvrages et maint article portant pour la plupart sur celui-ci.



Hegel. De la Logophonie comme chant du signe, son dernier opus, fruit de trente ans de recherche, a été publié simultanément, en 2018, et aux PUL, à Québec, et chez Hermann à Paris.

 

Textes « citoyens » choisis de Jean-Luc GOUIN ( 1995-2018 )

( parmi quelques centaines, qui hélas ne vieillissent pas )

 

•• Les Bilinguistes. Grands sorciers des langues phagocytaires

•• Débat sur la langue dans le quotidien Le Devoir (Été de 1998)

•• Qui sort, digne ! Franchir le miroir de notre schizophrénie collective

•• Le Franc Pays. Québécois ou Québec coi ? (+ de 20 ans plus tard, rien n’a changé...)

•• Le Lys dans le lisier (Ou pourquoi l’Indépendance du Québec, en quelques mots)

•• Aux larmes citoyens ! (anthropoème en hommage à Gaston Miron)

•• Philippe Couillard : Le Philippe Pétain de notre temps (Lettre à mon premier sous - ministre)

•• Autres espaces de réflexion (Société, Culture, Politique... dont : Ouvrez le Feu ! , Liquider pour argent liquide , Halloween. Plaie ou plaisir de l’enfance ? , Interdit de ne pas fumer ! ...) 

•• De l’humain travesti en divin (modeste contribution au projet d’une Charte de la laïcité)

•• Précis sur la malhonnêteté intellectuelle (aussi nommée mauvaise foi)

•• L’Homme Prométhée (une forme de « CQFD » irrésistible aux textes qui précèdent...?)

 

 





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3 commentaires

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    16 mai 2017

    Vous avez bien raison, grand locuteur, il faut s'entraider à vulgariser cette langue qui s'est simplifiée, à travers son atrophie continue.
    Ainsi, "... pareille confusion dans la sémantique apparaît... tout à fait improbable. Même chez un locuteur peu soigneux de son verbe."
    ...puisque la "confusion" en question risque d'atteindre davantage le récepteur que l'émetteur... au lieu de dire un locuteur peu soigneux de son verbe...ne conviendrait-il pas plutôt d'en prévenir le "lecteur, ou auditeur distrait?"
    Toujours en questionnement confraternel.

  • Archives de Vigile Répondre

    15 mai 2017


    Bonjour M. Ouhgo,
    Cordonnier mal chaussé...
    Mais pas cette fois.
    J'imagine aisément Hegel «étranglé» simultanément par ces deux états combinés: la dérision et la douleur. Formulation, donc, ici sciemment retenue. Au reste, pareille confusion dans la sémantique apparaît d'office, si je puis dire, tout à fait improbable. Même chez un locuteur peu soigneux de son verbe.
    Quant à notre Azimut/s, la règle reste largement discutée. D'ailleurs, je pivote fréquemment d'une forme à l'autre (le singulier et/ou le pluriel). Selon l'humeur du moment.
    Belle tentative, toutefois, cher ami.
    Car il faut bien s'entraider avec cette langue hautement capricieuse.
    Et récalcitrante comme femme profondément aimée.
    JLG

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    15 mai 2017

    M. (et non Mr) Gouin,
    Pareil exercice littéraire attire l'attention: dans tant de belle écriture, le monsieur évite-t-il les pièges de notre belle langue maternelle?
    Deux questions donc:
    -Faites-vous un effet volontaire de voir Hegel s'esclaffer (proprement pouffer de rire) en sanglots?...
    -Vous échappe-t-il, comme à plusieurs, qu'il faut écrire: Tous azimuts...?
    Simple jeu, entre survivants...