Le bien commun

CHUM


vendredi 7 janvier 2005
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Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ne veut pas prendre position en faveur d'un quartier ou d'un autre de sa ville comme lieu d'accueil du futur CHUM, mais il n'est pas nécessaire d'être devin pour comprendre qu'il favorise la gare de triage d'Outremont lorsqu'il parle de «concept intégré» du savoir. Pourtant, tous les projets sur la table «intègrent» à leur façon l'enseignement, la recherche et la pratique médicale.
Après plusieurs semaines d'hésitation, Monsieur le maire a finalement pris position en faveur d'un «concept» et non d'un site propice à la construction du futur CHUM. Pour le maire, le gouvernement doit faire «un pas en arrière» et se demander quel genre de projet est nécessaire pour propulser Montréal au sommet des grandes villes nord-américaines en matière de recherche et de développement scientifiques. On reconnaît là l'obsession visionnaire du défenseur des fameuses grappes industrielles, une obsession qui lui fait honneur.
Cela étant dit, la question demeure : est-il nécessaire de déplacer le CHUM du centre-ville vers Outremont pour obtenir l'impact souhaité et ce, quel qu'en soit le prix ? Pour le moment, les études et les avis produits par le CHUM, l'Agence régionale des services de santé, la commission Mulroney-Johnson et les fonctionnaires du ministère en arrivent tous à la conclusion que ces objectifs peuvent être atteints à moindre coût autant sur le site actuel de l'hôpital Saint-Luc qu'à Outremont.
Depuis que le gouvernement Charest a abandonné le projet du 6000 Saint-Denis (coin Rosemont) au profit de Saint-Luc, il a rompu le fragile consensus élaboré difficilement entre médecins des trois hôpitaux fusionnés, l'université et l'administration du CHUM. Une erreur magistrale amplifiée tout récemment par le bureau du premier ministre lorsqu'il a entre-ouvert la porte au projet grandiose du recteur Lacroix, dont les appuis très influents sont venus vicier le processus décisionnel légitime.
S'il est une chose dont on aurait pu se passer, c'est bien du retour de ces guerres intestines au CHUM dont la journée d'hier nous a fourni un bel exemple. Désormais, les membres du conseil qui représentent l'UdeM et plusieurs médecins ne jurent plus que par le mégaprojet du recteur. Voilà qui est d'autant plus malheureux que jamais il n'avait été question de déménager les facultés universitaires de leur emplacement actuel vers le site du CHUM. À McGill où la question a déjà été posée, la communauté universitaire elle-même a rejeté cette hypothèse d'entrée de jeu, jugeant primordial de maintenir les fonctions d'enseignement sur le campus, à proximité des autres facultés de sciences fondamentales. Pourquoi le déménagement des facultés serait-il devenu soudainement un argument déterminant en faveur d'Outremont ? Envisage-t-on sérieusement de déménager la plupart des facultés des sciences de la santé vers la cour de triage ? Si oui, que ferait-on des centaines de milliers de mètres carrés laissés vacants dans leurs bâtiments d'origine, en plus des deux hôpitaux abandonnés du centre-ville ?
L'Université prétend qu'elle est prête à attendre 10 ou 15 ans si nécessaire pour réaliser ce rêve d'un campus des sciences à proximité de l'hôpital. Soyons sérieux : rien ne justifierait le déplacement du CHUM à Outremont sans la construction simultanée d'un campus universitaire à cet endroit !
Pour le moment, l'université n'a aucunement besoin de tant d'espace supplémentaire et n'a surtout pas les moyens de ses ambitions. Le recteur Lacroix rêve de laisser un grand héritage à son université avant la fin de son mandat, mais toutes nos universités ont besoin d'argent pour répondre à leurs priorités. Qu'on cesse de nous faire miroiter cette idée d'un mégacampus des sciences et de la santé qui ne verrait pas le jour avant 20 ans et qu'on s'attaque enfin à la construction de ce grand hôpital universitaire promis depuis dix ans !
Plus on étudie la question, plus on en arrive à la conclusion que le projet de l'Université de Montréal est à la fois excessif, coûteux et improvisé. S'il n'avait reçu le soutien actif, mais combien pernicieux, d'un réseau tissé serré de ce que le Québec compte de plus puissant parmi son élite financière, ce projet n'aurait jamais franchi le seuil de l'analyse préliminaire. Malgré ces pressions dont on ne peut douter de l'importance pour le parti dont M. Charest est le chef politique, à titre de premier ministre, celui-ci doit garder la tête froide et décider en toute lucidité en fonction du bien commun de tous les Québécois.
j-rsansfacon@ledevoir.ca


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