La source du problème des postes en résidence

17. Actualité archives 2007

Le Québec souffre d'une pénurie désormais chronique d'effectifs médicaux. Dans ce contexte, la quête de solutions pour améliorer l'accessibilité des soins et des services de santé est au coeur des préoccupations de toutes les instances du réseau. Récemment, c'est le débat entourant l'accueil de médecins étrangers au Québec qui a refait surface, et tous ont jeté le blâme sur le voisin pour décrier le nombre restreint de ces candidats acceptés en résidence.
Qui, du Collège des médecins du Québec, des facultés de médecine, des établissements de santé ou du ministère, est responsable du fait que des médecins étrangers, qui ont démontré leurs compétences pour entreprendre une résidence, sont refusés? Selon nous, tous ont une responsabilité, tous ont une volonté de trouver une solution, mais le dossier est complexe et les solutions sont loin d'être évidentes.
De surcroît, cette année, le Québec n'arrivera pas à pourvoir les postes de résidence disponibles. Certes, ce déficit d'admissions en résidence est inadmissible dans les circonstances. Cependant, bien qu'il soit trop tôt pour dégager une tendance à cet égard, le gouvernement pourrait être en voie de démontrer que la façon qu'il a choisie pour gérer la formation médicale et la pratique de la médecine au Québec est non seulement inefficace mais aussi néfaste à plusieurs égards. Examinons de plus près les raisons qui ont pu entraîner la désaffection de 77 étudiants en médecine formés au Québec, qui ont préféré poursuivre leur formation ailleurs, principalement en médecine familiale.
De nombreux irritants
- Le gouvernement ne cesse d'instaurer des mesures restrictives qui mènent les médecins en formation à examiner d'autres options que celles offertes au Québec. Si le nombre de places disponibles dans certaines spécialités est limité à l'entrée en résidence, pourquoi ne pas tenter sa chance ailleurs?
- Malgré l'harmonisation des formations et des examens de certification entre le Collège des médecins du Québec et les collèges canadiens, la durée de la formation dans deux de ces spécialités de base, soit la médecine interne et la pédiatrie, est de cinq ans au Québec alors qu'elle n'est que de quatre ans ailleurs au Canada.
- Quant aux plans régionaux d'effectifs médicaux (PREM), on ne peut qu'insister sur le fait que la modification constante et la rigidité des règles entourant la répartition des effectifs médicaux au Québec exacerbent les inquiétudes des médecins résidents et les poussent à explorer d'autres avenues. On restreint l'installation dans certaines régions qui présentent de vrais besoins en limitant le nombre de postes aux plans régionaux d'effectifs médicaux (PREM). Et ces mesures sont de plus en plus connues des médecins en formation à l'extérieur du Québec. D'ailleurs, on note cette année une diminution du nombre d'admissions de candidats provenant de l'extérieur du Québec dans les facultés québécoises.
- Les conditions de travail difficiles des médecins au Québec en raison de la pénurie de main-d'oeuvre dans le réseau ainsi que l'adoption de lois spéciales limitant le droit à la négociation et la rémunération sont aussi des raisons qui influencent le choix des médecins en formation.
- La pratique actuelle, avec le manque de ressources et de disponibilité de certains plateaux techniques et humains, devient aussi un irritant de taille, forçant parfois les médecins à pratiquer dans plus d'un établissement ou même à quitter le Québec.
Les solutions à cette pénurie
Trois solutions ont été mises en place pour contrer la pénurie de médecins. D'abord, la maximisation du nombre d'entrées en médecine. À cet égard, les facultés de médecine ont rapidement comblé leurs places d'accueil mais ont dû développer des campus satellites et des unités de médecine familiale à travers tout le Québec pour répondre à la demande, amenant ainsi les médecins résidents à être formés sur l'ensemble du territoire québécois. Deuxième solution: favoriser davantage l'émission de permis restrictifs à des médecins étrangers sur une base annuelle. Troisième solution: l'accueil en formation postdoctorale de diplômés de l'extérieur du Canada et des États-Unis. Le Québec en accueillera 54 cette année, comparativement à trois il y a à peine quatre ans. Déjà, la FMRQ en compte 160 dans ses rangs, soit 7 % de la totalité de ses membres, alors qu'en 2000, il n'y en avait que quelques-uns.
Cependant, malgré toutes ces mesures, certaines normes doivent être respectées. Ainsi, les mesures mises en place pour vérifier la qualité de la formation des candidats potentiels à une formation postdoctorale au Québec ou à un permis restrictif sont essentielles. De plus, il faut favoriser leur intégration au sein d'un réseau de santé souvent très différent de celui au sein duquel ils ont préalablement évolué. Le Collège des médecins et les facultés de médecine ne font que leur devoir. Le ministre Couillard n'a pas le droit de les blâmer alors que celles-ci ont fait plus que leur part malgré un manque évident de ressources.
Il est souhaitable que le gouvernement continue de dépenser ses énergies pour attirer et mieux intégrer les médecins étrangers. Ses efforts seront futiles s'il ne s'attarde pas également à retenir la relève médicale formée au Québec.
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Martin Bernier, Président de la Fédération des médecins résidents du Québec


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