La proposition principale de l’équipe Ouellet

Un projet qui contraste avec le monotone débat provincial actuel

115974bf7b860660e3a3eabc7cadee15

Tribune libre

C’est une première : un projet politique global est offert au Bloc québécois.  Il part d’une dénonciation du statut politique du Québec dans le régime canadien pour présenter une solution constitutionnelle républicaine.  Cette nouvelle perspective évacue forcément le discours des lamentations stériles qu’implique la simple et traditionnelle défense des intérêts provinciaux, soit sur la colline Barrack de l’ancienne Bytown transformée naguère en capitale artificielle par la reine Victoria comme mauvais compromis entre deux peuples distincts, soit sur la colline parlementaire inféodée de Québec.  La mission du Bloc québécois est donc double.  Il doit démontrer aux citoyens du Québec le caractère bancal et destructeur du régime canadien afin de libérer notre foyer collectif de toutes les prétentions et interventions fédérales.  Simultanément, il doit faire rayonner le phare de l’indépendance à l’échelle du Québec dans tous les domaines de la vie collective en invoquant les diverses solutions fécondes applicables seulement dans un pays libre.


Le riche document d’une soixantaine de pages produit par l’équipe de Martine Ouellet favorise l’amorce d’une réflexion et d’une discussion collectives.  Voici un échantillon d’éléments qui illustrent le ton vigoureux et innovateur du projet :



  • La Cour suprême du Québec pour appliquer la Constitution de la République du Québec.

  • La laïcité et la neutralité religieuse de l’État et des institutions publiques.

  • La décentralisation administrative de l’État et l’intégration des fonctionnaires fédéraux, notamment dans la région de l’Outaouais.

  • Un monorail électrique à grande vitesse entre la capitale et la métropole.

  • L’implantation de l’Internet large bande sur tout le territoire national.

  • L’intégration de cliniques d’infirmières dans les CLSC ouverts 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

  • L’agrandissement du territoire du Québec aux eaux de la mer d’Hudson et de l’océan Arctique, selon les règles internationales. 

  • Un plan intégré pour mettre fin à la dépendance au pétrole d’ici 2050.

  • L’abolition de la clause de l’ALENA permettant aux investisseurs de poursuivre les gouvernements, ce qui constitue une atteinte à la souveraineté de l’État québécois, donc du peuple.


Découlant de la souveraineté populaire, source de l’autorité légitime, une démarche constituante préparera la Constitution de la République du Québec, selon l’équipe Ouellet.  Étant entendu que le processus d’accession à l’indépendance sera déclenché par un gouvernement souverainiste à Québec.  Le projet prévoit néanmoins une constitution initiale, c’est-à-dire provisoire, qui serait appliquée dès le lendemain d’un référendum positif.  Personnellement, je favorise plutôt la préparation d’une constitution républicaine par l’ensemble des citoyens avant la tenue du référendum, afin qu’une constitution permanente entre en vigueur au moment même où le référendum est gagné.


Afin de dissuader les adversaires du peuple québécois de toute tentative de contrer par la violence sa volonté d’affranchissement, il faudra toutefois élaborer une politique complète de défense du peuple et du territoire, qui devra être mise en œuvre dès l’accession au pouvoir d’une majorité de députés souverainistes à Québec.



Featured a6ffdaabb020e27b022cd10be786d3b6

Marc Labelle28 articles

  • 20 130

Se voulant agent de transformation, Marc Labelle présente sur les valeurs et les enjeux fondamentaux du Québec des réflexions stratégiques, car une démarche critique efficace incite à l’action salutaire. Ses études supérieures en sciences des religions soutiennent son optique de penseur libre.





Laissez un commentaire



4 commentaires

  • Gilles Verrier Répondre

    26 avril 2018

    M. Labelle,


    Permettez-moi de revenir succinctement sur ce qui m'apparaît l'essentiel.


    Le projet péquiste - paradigme repris intégralement par QS et le BQ - avec des modalités qu'essaie d'aplanir le OUI Québec - est de détruire toute trace de la nation canadienne-française socio-historique, la seule à détenir la véritable légitimité constitutionnelle. Cette nation, identifiée par les Pères de la Confédération comme « les descendants des vaincus » ( une désignation formulée en assemblée constituante ) détient la légitimité qui revient aux fondateurs du Canada, une entreprise humaine dont le succès tient à ses alliances avec les peuples indigènes qui ouvrirent les portes du continent aux Français et Canadiens. À l'opposé, c'est 150 ans plus tard que les anglo-saxons s'imposèrent sur cette société naissante au terme d'une conquête militaire, un acte de guerre. Ces derniers refusent toujours, 250 ans plus tard, de renoncer à leur supériorité sur les premiers par leur refus de reconnaître l'égalité constitutionnelle des nations au Canada.  Sur cette question, il faut en référer au droit international coutumier qui serait loin de reconnaître la légalité d'un pouvoir constituant sur des populations soumises par la violence ? Enclenchée vers la fin des années 1960, l'effort de  destruction de la nation canadienne française occulte les traces de l'oppression primitive et ne permet plus de se positionner avec toute la solidité voulue pour contester les survivances contemporaines du colonialisme anglo-saxon. Le contentieux historique qui fait de nous des subordonnés ne peut être renversé en faisant fi de l'ignorer.


    Nous sommes de la traditrion des créateurs d'alliances. La revendication de l'égalité constitutionnelle des nations concerne non seulement les Canadiens-français ( Québécois ) mais aussi les Acadiens et les Premières nations. C'est un combat qui peut rejoindre la majorité par voie d'alliance. La négociation avec le Canada est incontournable peu importe les scénarios envisagés. Il ne faudra s'asseoir à la table qu'à titre d'égaux. Ce qui ne fut jamais fait ni tenté.


    Cordialement / GV



  • Gilles Verrier Répondre

    26 avril 2018

    M. Labelle,


    Permettez-moi de revenir succinctement en ne revenant que sur ce que sur l'essentiel.


    Le projet péquiste - paradigme repris intégralement par QS et le BQ - avec des modalités qu'essaie d'aplanir le OUI Québec - est de détruire toute trace de la nation canadienne-française socio-historique, la seule à détenir la véritable légitimité constitutionnelle. Cette nation, identifiée par les Pères de la Confédération comme « les descendants des vaincus » ( une désignation formulée en assemblée constituante ) détient la légitimité qui revient aux fondateurs du Canada, une entreprise humaine dont le succès tient à ses alliances avec les peuples indigènes qui ouvrirent les portes du continent aux Français et Canadiens. À l'opposé, c'est 150 ans plus tard que les anglo-saxons s'imposèrent sur cette société naissante au terme d'une conquête militaire, un acte de guerre. Ces derniers refusent toujours, 250 ans plus tard, de renoncer à leur supériorité sur les premiers par leur refus de reconnaître l'égalité constitutionnelle des nations au Canada.  Sur cette question, il faut en référer au droit international coutumier qui est loin de reconnaître la légalité d'un pouvoir constituant sur des populations soumises par la violence ? Enclenchée vers la fin des années 1960, l'effort de  destruction de la nation canadienne française occulte les traces de l'oppression primitive et ne permet plus de se positionner avec toute la solidité voulue pour contester les survivances contemporaines du colonialisme anglo-saxon. Le contentieux historique qui fait de nous des subordonnés ne peut être renversé en faisant fi de l'ignorer.


    Nous sommes de la traditrion des créateurs d'alliances. La revendication de l'égalité constitutionnelle des nations concerne non seulement les Canadfiens-français mais aussi les Acadiens et les Premières nations. C'est un combat qui peut rejoindre la majorité par voie d'alliance. La négociation avec le Canada est incontournable peu importe les scénarios envisagés. Il ne faudra s'asseoir à la table qu'à titre d'égaux. Ce qui ne fut jamais fait ni tenté.


    Cordialement / GV 


  • Marc Labelle Répondre

    23 avril 2018

    Monsieur Verrier, voici mes remarques succinctes :




    1. Il est faux d’affirmer que nous avons été vaincus.  Nous avons été cédés en 1763 par la France comme suite aux négociations avec l’Angleterre.  Je trouve d’ailleurs humiliant que l’on applique à soi-même la désignation de George Brown : « descendants de vaincus ».  Si le but de la reprise de cette expression consiste à nous faire jouer un rôle de victime pour appuyer des revendications de toute façon condamnées d’avance, je dis non merci.  Seule l’indépendance procure la dignité collective.

       

    2. Il n’est pas question de nation civique dans la proposition principale.  La nation québécoise y est mentionnée à de nombreuses reprises, dont deux fois dans la constitution initiale.  C’est par anticipation que l’on qualifie la communauté anglaise de minoritaire.  Je suis à l’aise avec le terme québécois pour désigner la majorité française ; si des minorités ne le sont pas, c’est à elles d’adopter un nom avec trait d’union, par exemple communauté anglo-québécoise.

       

    3. L’égalité des nations française et anglaise au sein du Canada est une vaste chimère qui fait de la première une nation phagocytée par la deuxième.

       

    4. S’il le juge nécessaire, le régime canédiune n’hésitera pas à réanimer le pouvoir de désaveu pour achever l’absorption en cours.

       

    5. Le colonialisme est forcément structurel, mais je suis d’accord avec vous qu’il faut le dénoncer en le nommant systématiquement.  C’est non seulement important pour conscientiser le peuple québécois, mais aussi pour justifier notre démarche indépendantiste sur la scène internationale.



  • Gilles Verrier Répondre

    22 avril 2018

    M. Labelle, vous semblez vouloir nous intéresser à parler de ce nouveau programme du Bloc québécois, alors parlons-en.


    Le programme du BQ, quatre erreurs à corriger : 


    1 - Le document du Bloc québécois reconnaît onze nations ethniques autochtones mais ne reconnaît pas la douzième : la nation canadienne-française. Il s'agit d'une discrimination qui, parce qu'elle est commune passe inaperçue. Elle est néanmoins réelle. 


    Explication : Quand les Anglais ont pris le pouvoir - résultat d'une conquête militaire - tous les habitants qu'ils ont trouvé sur place - les vaincus - étaient sticto sensu des autochtones par rapport à eux. Selon moi, il faut revendiquer notre statut d'autochtone - de fondateurs du Canada - pour renverser la subordination politique qui nous prive toujours du droit d'assurer notre avenir.



    2- Le Bloc désigne la présence au Québec d'un section de la nation majoritaire et dominante comme une « communauté minoritaire de langue anglaise ». Très mauvaise désignation. En amalgamant la nation dominante canadian dans une imaginaire « nation civique » avec les « francophones », le Bloc masque le rapport de domination et nous prive d'une positionnement indépendant pour la défense de nos droits. Nous sommes une majorité démographique qui n'a jamais cessé d'être une minorité sociologique. La nation québécoise imaginaire, bien amalgamée avec la nation canadian nous éloigne du statut d'égalité, qui est le seul véritable objectif. 



    3- La constitution envisagée par le Bloc serait forcément une constitution à l'image des deux constats précédents, un Québec indépendant serait un modèle réduit du Canada. Je vois un peu cette quête de constitution québécoise comme une diversion, une façon de se défiler du vrai combat : la préparation et la revendication de vraies négociations constitutionnelles avec Ottawa sur une base d'égalité des nations.  



    4- Les positions précédentes du BQ, sont dans le droit fil du paradigme péquiste, un fiasco historique. Elles conduisent à ne pas défendre nos droits, à remplacer le combat légitime pour l'égalité nationale par une pédagogie qui tourne en rond, sans dénoncer le droit de veto - ou de désaveu de la nation canadian au Québec sur notre avenir.  


    L'abandon de toute notion de colonialisme, dans le nationalisme civique désormais épuré de rapports de domination, ne permet plus d'expliquer correctement le sens de notre lutte. Je vous signale que la presque totalité du programme du Bloc revendique un changement de statut pour le Québec en invoquant des dysfonctionnements structurels ou conjoncturels. Bien que réels, ces problèmes ne sont pas fondamentaux, ils existent dans tout pays et ne forment pas une cause suffisante pour réclamer l'indépendance. Le plaidoyer du Bloc s'inscrit dans la dénationalisation de notre combat. Il s'inscrit dans la continuité du fiasco historique du paradigme péquiste. 


    GV