Réforme du système financier

La position de Harper frustre Charest

Crise mondiale — crise financière



Chouinard, Tommy - Québec - Le froid qui s'est installé entre Stephen Harper et Jean Charest au cours de la campagne électorale s'étend maintenant au remède à apporter à la crise financière. Pendant que le premier ministre du Canada prend ses distances du projet ambitieux de Nicolas Sarkozy de "refonder le capitalisme", Jean Charest appuie sans réserve cette proposition.
Dans les coulisses du Sommet de la Francophonie, qui a pris fin hier, l'entourage de M. Charest a manifesté sa frustration devant la position défendue par le gouvernement Harper. Ottawa doit cesser de s'aligner sur George W. Bush, qui est réfractaire au projet de M. Sarkozy, a dit une source à La Presse.
Interrogé à deux occasions, Stephen Harper a refusé d'aller aussi loin que le président français, qui parle de "refonder" et de "moraliser" le capitalisme.
Européens et Américains ne s'entendent pas sur l'ampleur que devrait avoir la réforme du système financier. Nicolas Sarkozy demande un renforcement du mandat du Fonds monétaire international et l'instauration d'une supervision mondiale des marchés. George W. Bush n'est pas chaud à cette idée.
Stephen Harper a néanmoins souligné que des règlements plus sévères dans chaque pays ne suffiraient pas à éviter une autre crise. Selon son attaché de presse, Dimitri Soudas, le premier ministre "est ouvert aux discussions, mais il ne tient pas pour acquis que toutes les institutions internationales (le FMI, par exemple) ont besoin de réformes".
Selon Stephen Harper, chaque pays doit cependant encadrer de près ses institutions financières.
Stephen Harper a prévenu les pays développés de ne pas adopter des mesures protectionnistes, qui nuiraient aux pays en voie de développement. "Il faut mieux réglementer le système financier, mais en même temps le Canada va rejeter les propositions des autres pays du Nord selon lesquelles le protectionnisme serait la solution."
"Leadership" de l'Europe
Dans une entrevue accordée à TV5, Jean Charest a vanté le projet de M. Sarkozy. "Derrière l'idée de M. Sarkozy, il y a une grande idée: humaniser le phénomène de la mondialisation. C'est ce que nous voulons", a-t-il affirmé.
Selon lui, Nicolas Sarkozy a envoyé "un signal fort", et l'Europe est en train d'"affirmer son leadership". "Ce qu'il dit ne signifie pas qu'on est contre le capitalisme. Mais il faut le rééquilibrer, l'encadrer, de manière à ce que le système capitaliste soit équitable et mette en valeur l'investissement réel au lieu de mettre en valeur les spéculateurs."
Selon le premier ministre français, François Fillon, la France souhaite "une régulation du système financier qui soit cohérente et harmonieuse sur l'ensemble des territoires de la planète".
"Actuellement, certaines banques d'affaires ne sont pas régulées. Des paradis fiscaux échappent à toutes les règles. Il y a des règles qui ne sont pas les mêmes d'un État à l'autre, d'un continent à l'autre, ce qui crée des déséquilibres. Nous voulons une régulation plus efficace, plus transparente", a-t-il expliqué.
La crise financière a occupé une large place dans l'ordre du jour des chefs d'État des pays de la Francophonie. Le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, a même dû rassurer des journalistes africains et indiquer que les autres sujets n'avaient pas été négligés. "On a parlé de façon très équilibrée de la crise financière, de la crise énergétique, de la crise alimentaire", a-t-il affirmé.
Dans la déclaration finale rendue publique hier, les pays de la Francophonie s'engagent à "participer activement au renforcement du système financier international afin de le rendre plus cohérent". Ils promettent de "soutenir une réforme visant la transparence, la solidité bancaire, l'intégrité et l'amélioration de la gouvernance économique mondiale".
La Francophonie a aussi appuyé la tenue d'un sommet international sur le sujet.
Jean Charest a salué la proposition du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, de tenir la première rencontre sous les auspices de l'ONU. Les pays du Sud seront ainsi entendus, et "on tiendra compte des besoins de l'ensemble de la planète", a-t-il noté.
À l'initiative de Jean Charest, les premiers ministres provinciaux et territoriaux se réunissent aujourd'hui à Montréal afin de discuter de la crise financière. Stephen Harper a décliné l'invitation de M. Charest de prendre part aux discussions.


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