La patronne, c'est elle !

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Démission de Diane Lemieux

Pauline Marois savait sans doute qu'il ne lui serait pas facile de faire accepter à Diane Lemieux de quitter son poste de leader du Parti québécois à l'Assemblée nationale. Tous étaient conscients, depuis plusieurs semaines, que la nouvelle chef du PQ avait une décision difficile à prendre en cette matière, compte tenu des états de services et de l'efficacité de François Gendron comme chef intérimaire, depuis la démission d'André Boisclair.
Bien sûr, personne ne souhaitait non plus le départ de la députée de Bourget, reconnue pour son franc-parler, son style direct et sa grande combativité. Cette démission était-elle évitable? Les aspects humains du dossier ont-ils été correctement gérés? Les interprétations personnelles et les indiscrétions ne manqueront pas là-dessus au cours des prochains jours. Mais faut-il tout de suite monter aux barricades et accuser Pauline Marois, comme certains n'ont pas manqué de le faire, de maladresse ou de manque de tact?
Trop tôt
Il est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions et prédire avec certitude si elle sortira grandie ou affaiblie par le dénouement de cette mini-crise. Mais personne ne pourra lui reprocher d'avoir tardé ou hésité à trancher, quelles qu'aient pu être les raisons de son choix définitif.
Déjà, lors de l'annonce de sa candidature à la succession d'André Boisclair, Pauline Marois en avait surpris plus d'un par la fermeté de son propos sur la nécessité de changements en profondeur dans le programme du parti qu'elle souhaitait diriger. «C'est la corbeille de la mariée!», avait-elle déclaré sur un ton décidé. Et la ligne est restée la même par la suite, notamment le soir de son «couronnement» au Capitole de Québec.
Pour bien des sceptiques, néanmoins, rien n'indiquait que cette fermeté subsisterait quand viendrait l'heure des choix à faire entre les individus, puisque l'ancienne ministre des Finances a le plus souvent, dans le passé, donné l'impression de fuir les querelles et les débats difficiles, de chercher les compromis et de vouloir être aimée de tout le monde.
Or, il faut croire que certaines leçons ont été tirées des expériences douloureuses et des désillusions vécues depuis 2001. Pauline Marois sait pertinemment aujourd'hui, au moment de se lancer dans la bataille de sa vie, qu'elle ne doit rien à personne.
En même temps, elle apprend à la dure, - c'est arrivé à bien d'autres -, que la fonction de numéro UN dans un parti n'a rien de commun avec aucun des postes, pourtant extrêmement importants et sensibles, qu'elle a occupés jusqu'à maintenant. «Il faut savoir que le pouvoir change profondément celui qui l'exerce () la raison en est dans les nécessités du commandement, qui sont inflexibles», a écrit le philosophe Alain.
Il reste évidemment encore bien des étapes à franchir pour la nouvelle chef et les mois qui viennent seront à tous égards déterminants. Mais, quoi qu'on en dise et malgré les grincements de dents, Pauline Marois vient d'indiquer que dorénavant, la patronne, c'est elle. Dans l'immédiat, c'est la principale chose à retenir.
Cela ne doit pas conduire à ignorer les conséquences à court terme de ce qui vient de se passer. Ces conséquences n'ont d'ailleurs rien à voir avec les querelles et tensions qui secouent régulièrement le PQ. Mais il y aura certainement des moments, au cours de l'automne, à l'Assemblée nationale, où la bouillante intensité de la députée de Bourget manquera à ses collègues et à de nombreux observateurs de la scène politique. Après tout, le caucus péquiste n'est pas si fort qu'il puisse se passer facilement d'une ressource aussi expérimentée et aguerrie. Dommage que l'amour-propre et la fierté blessée l'aient si rapidement emporté sur tout le reste!
***
Martine Tremblay
Autrefois directrice de cabinet du premier ministre René Lévesque, puis haute fonctionnaire, l'auteure est conseillère spéciale affaires publiques et analyse stratégique chez HKDP et membre du conseil du Centre d'études et de recherches internationales.

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Autrefois directrice de cabinet du premier ministre René Lévesque, puis haute fonctionnaire, l'auteure est conseillère spéciale affaires publiques et analyse stratégique chez HKDP et membre du conseil du Centre d'études et de recherches internationales.





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