La crise étudiante ne fait pas partie d’une stratégie électorale

Jean Charest en veut pour preuve l’entente conclue avec les enseignants pour reprendre la session d’hiver

M... comme un dentiste...


Robert Dutrisac - Jean Charest n’était pas peu fier d’annoncer hier la conclusion d’une entente avec les enseignants pour assurer la reprise de la session d’hiver. Le chef libéral y a vu la démonstration que son gouvernement ne cherche pas à tirer profit du conflit étudiant pour se faire réélire.
Sherbrooke – Jean Charest a nié que les votes de grève à venir dans les collèges et les universités puissent représenter un avantage stratégique pour son parti lors de la campagne électorale.
Lors du point de presse, le chef libéral a sorti de sa manche l’entente qui venait tout juste d’intervenir entre le gouvernement et la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN). Cette entente est une preuve de la volonté du gouvernement que la rentrée se fasse paisiblement, a soutenu le chef libéral. « La démonstration des efforts que nous faisons pour que tout se passe bien, c’est la conclusion de l’entente avec les syndicats sur la rentrée », a-t-il soutenu.
« Je ne souhaite pas qu’il y ait des perturbations. Je veux que ça se fasse dans l’ordre. Et je demande aux Québécois de respecter les lois et surtout de respecter le droit d’un autre citoyen de pouvoir étudier », a affirmé Jean Charest en parlant de la reprise, à la mi-août, de la session du printemps dans les 14 cégeps qui étaient en grève et dans certains départements et facultés universitaires.
« Il me semble qu’il y a un signal d’envoyé. Si on est capable de s’entendre avec les représentants syndicaux, on doit être capable de s’entendre avec tout le monde normalement. Ça n’a pas été le cas le printemps dernier », estime le chef libéral.
Tombé entre les mains du PQ au début de juin, un document qui a servi à une réunion préélectorale de députés libéraux et du personnel politique décrivait la stratégie électorale du parti qui reposait sur l’association de Pauline Marois et du PQ à la rue et à la violence. Les libéraux se posaient en défenseurs de la loi et l’ordre et en champions de l’économie et du Plan Nord. En théorie, tout dérapage lors de la rentrée pourrait renforcer ce lien entre les troubles et les troupes de Pauline Marois dans l’esprit de l’électorat.
Concrètement, Jean Charest s’attend à ce que la loi 12 (le projet de loi 78 adopté en juin) assure que les étudiants qui veulent suivre leurs cours le fassent sans entrave. Il a dit souhaiter que la loi 12 soit respectée et qu’aucun étudiant gréviste n’empêche quiconque de suivre ses cours. « Je me bats durant cette campagne électorale pour défendre l’étudiant qui veut aller à ses cours parce qu’il en a le droit. Et ça, c’est la différence entre Pauline Marois, François Legault et moi », a-t-il fait valoir.
Dans cet ordre d’idées, son gouvernement refusera de se conformer à l’avis de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). Dans cet avis rendu public à la mi-juillet, la CDPDJ estime que 19 articles de la loi spéciale « portent atteinte directement ou indirectement aux libertés de conscience, d’opinion, d’expression, de réunion pacifique et d’association garanties par la Charte ». C’est aux tribunaux de trancher, a soutenu Jean Charest. Déjà en juin, une première décision, signée par le juge François Rolland de la Cour supérieure, a débouté les avocats des étudiants qui arguaient que la loi 12 brimait le droit de manifester.

Grève ou boycott?
Lors du point de presse, le chef libéral a livré une petite bataille sémantique avec un journaliste autour du mot « grève ». Le chef libéral a insisté pour que le mot « boycott » soit employé pour désigner la grève étudiante.
S’il défend le droit à l’éducation, Jean Charest considère que le droit au travail - le droit de gagner sa vie - est d’un autre ordre. Ainsi, au Québec, en vertu des dispositions antibriseurs de grève du Code du travail, un travailleur qui n’a pas voté pour la grève doit suivre le mot d’ordre de son syndicat et cesser de travailler, ce qui n’est pas le cas dans plusieurs provinces canadiennes. « Il y a des gens qui veulent imposer dans l’éducation le régime de relations de travail que nous connaissons ici ou ailleurs. Ce n’est pas la réalité du monde de l’éducation », juge Jean Charest.
En soirée, à Sainte-Clotilde-de-Horton, Jean Charest, à son arrivée à une assemblée partisane, a été accueilli par une douzaine de manifestants protestant contre l’exploitation du gaz de schiste et la centrale nucléaire Gentilly 2. La maigre manifestation n’a donné lieu à aucun incident.


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