La crédibilité de l'Assemblée nationale doit être restaurée

Par Hélène Pelletier-Baillargeon

Affaire Michaud 2000-2011





Libre opinion: Montréal, le 3 février 2005
Je tiens à féliciter M. Bernard Descôteaux pour son [éditorial sensé et courageux du 18 janvier dernier->813], consacré aux suites de «l'affaire Michaud». On n'en attendait pas moins du Devoir.
Les propos du directeur -- momentanément couverts par la tempête des écoles juives subventionnées -- rendent enfin justice à la teneur exacte et non discriminatoire des paroles réellement prononcées par Yves Michaud devant les États généraux de la langue française, le 13 décembre 2000.
Ils rappellent qu'au-delà de la décision récente de la Cour supérieure, relativement à l'étanchéité de l'immunité parlementaire accordée aux membres de l'Assemblée nationale, ces derniers n'échappent pas pour autant au devoir de reconnaître publiquement la grave erreur de jugement dont ils ont massivement fait preuve 24 heures plus tard, le 14 décembre 2000, en prononçant contre lui la motion de blâme que l'on sait.
La crédibilité de l'Assemblée nationale constitue l'assise même de la confiance que les citoyens accordent aux décisions prises par leurs élus. Depuis ce 14 décembre 2000, cette crédibilité se trouve sérieusement entachée et exige restauration. À cette condition seulement, les électeurs pourront se sentir prémunis contre la répétition de jugements aussi précipités que mal éclairés de la part de leurs représentants.
Double devoir au PQ
De la part du Parti québécois en particulier, ce devoir de réparation s'impose à un double titre : la pusillanimité apeurée dont son gouvernement a fait preuve au moment des événements, de même que les atermoiements qu'il manifeste actuellement, minent dangereusement la confiance de ses meilleurs militants dans la capacité d'un tel leadership de mener à bien, en dépit des obstacles, leur légitime projet de souveraineté.
Si, en effet, les dirigeants et les élus souverainistes doivent se trouver paralysés et muselés à la moindre insinuation de racisme susurrée par leurs adversaires, aussi bien renoncer tout suite à poursuivre la lutte ! De telles insinuations, soyons-en assurés, ne manqueront pas de se reproduire : c'est le talon d'Achille des Québécois dits «de souche», au passé religieux contraignant et parfois sectaire des années 30, que de se sentir encore plus ou moins consciemment coupables à la moindre allusion malveillante touchant ce sujet délicat entre tous.
Or cette vulnérabilité est depuis longtemps connue de ceux qui entendent faire échouer le projet d'indépendance du Québec. Nous en avons été témoins pas plus tard qu'au dernier débat des chefs qui a précédé les élections provinciales du 14 avril 2003 : il a suffi alors à M. Jean Charest de faire perfidement allusion aux propos d'un certain hebdomadaire régional -- selon lesquels M. Jacques Parizeau aurait tenu des propos analogues à ceux qui lui avaient été tant reprochés au soir du référendum de 1995 -- pour que M. Bernard Landry (qui, une fois de plus, n'avait pas eu le temps de prendre connaissance du texte de l'hebdomadaire en question) se trouve momentanément déstabilisé devant les caméras. On connaît la suite.
Du souvenir de la commission Keable sur les événements d'octobre 70 à la saga nauséabonde des commandites fédérales, il y a belle lurette, pourtant, que les souverainistes auraient dû apprendre de quel bois se chauffent leurs adversaires. Les attendre la tête froide et le pied ferme reste la seule attitude qui leur permettra de maintenir le cap.
Le premier pas à consentir dans cette direction salutaire est de faire publiquement amende honorable pour atteinte à la réputation d'Yves Michaud, que leur plaise ou non la sorte de rhétorique dont le pamphlétaire aime bien émailler ses prises de positions. Que l'on sache, la justice et l'honneur n'ont rien à voir avec les inclinations personnelles, les états d'âme et les sautes d'humeur de chacun.


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