L’Ontario tentera de quitter le marché du carbone, dit Doug Ford

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Doug Ford affronte Trudeau

Pièce maîtresse dans la réduction des gaz à effet de serre, la tarification du carbone a gagné 45 pays dans le monde, mais elle n’a pas sa place en Ontario, croit son premier ministre désigné, Doug Ford, qui s’est donné pour mission vendredi d’orchestrer sa disparition.


Élu à la tête d’un gouvernement conservateur dont les promesses vont de l’abaissement du prix minimum de la bière à la diminution du prix de l’essence, M. Ford a annoncé que « les jours de la taxe carbone sont comptés », sans toutefois révéler les détails de l’opération.


Le nouveau dirigeant du gouvernement a dit que l’Ontario aviserait le Québec et la Californie, dont les systèmes de plafonnement et d’échange d’émissions sont interreliés, qu’il allait quitter le trio.


« Éliminer la taxe sur le carbone et le système de plafonnement et d’échange des droits d’émission de GES, c’est la bonne chose à faire et c’est une mesure clé de notre plan visant à réduire le coût de l’essence de 10 ¢ le litre », a affirmé M. Ford.


Le gouvernement fédéral donne aux provinces jusqu’au 1er janvier 2019 pour implanter un système de tarification du carbone, à défaut de quoi Ottawa se réserve le droit d’en imposer un. Le gouvernement Trudeau souhaite que le prix que paient les entreprises pour l’émission d’une tonne métrique de carbone passe de 10 $ en 2018 à 50 $ en 2022.


La dernière vente aux enchères de crédits à laquelle ont participé les émetteurs québécois a permis de générer un prix de 18,44 $ la tonne.


Saluée par les conservateurs fédéraux et albertains, l’annonce de M. Ford a été reçue avec un mélange de déception et d’incompréhension parmi les groupes écologistes et les promoteurs de la tarification du carbone.


« Sans les détails, il est impossible de comprendre comment un “retrait ordonné” peut être effectué », a écrit l’Institut Pembina. « Les ventes aux enchères de droits ont tout vendu, et les droits déjà acquis par les entreprises représentent plus de 2,8 milliards en revenus pour le gouvernement de l’Ontario. »


L’Institut Pembina a rappelé que le Manitoba a obtenu un avis juridique ne laissant aucune place au doute quant à la possibilité qu’a le gouvernement fédéral d’imposer sa volonté auprès des provinces qui pourraient refuser de rentrer dans le rang.


La tarification du carbone peut prendre la forme d’une taxe ou d’un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission. Les entreprises reçoivent un certain nombre de droits du gouvernement, mais le plafond diminue graduellement. Celles qui excèdent leur plafond doivent acheter des droits alors que les autres peuvent les revendre.


Le Québec a mis sur pied son système en 2013 et prévoit qu’il générera des revenus de 3,3 milliards d’ici 2020. Les sommes sont versées au Fonds vert pour financer des projets devant contribuer à la diminution globale des émissions de GES.


« Tant et aussi longtemps que ce gouvernement fédéral est en place, la tarification du carbone va se faire », a récemment dit au Devoir le professeur Chris Ragan, qui enseigne à l’Université McGill et préside la Commission de l’écofiscalité du Canada. « Si ça ne se passe pas au niveau des provinces, ça va se passer au niveau fédéral. »


Dans une récente entrée de blogue, la Commission a formulé l’hypothèse voulant que les conservateurs ontariens n’ont pas besoin de tout abandonner, mais qu’ils pourraient « recycler les revenus d’une manière qui soit compatible avec leur vision de la province ».


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