L’insaisissable réforme

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Appui à la réforme du mode de scrutin : un sondage bidon !


Dans Les règles de la méthode sociologique, Émile Durkheim, considéré comme le père de la sociologie française, écrivait : « Un tout n’est pas identique à la somme de ses parties, il est quelque chose d’autre et dont les propriétés diffèrent de celles que présentent les parties dont il est composé. »


Cet axiome se vérifie en politique. À en croire les sondages, une majorité de Québécois souhaiteraient que le Québec ait le pouvoir exclusif de collecter les impôts sur son territoire, d’adopter les lois qui s’y appliquent et de signer les traités internationaux qui l’engagent, ce qui est le propre d’un État souverain.


Pourtant, quand on leur demande s’ils voteraient pour ou contre la souveraineté à l’occasion d’un référendum, ils se rangent clairement dans le cas du non. Dans leur esprit, elle correspond manifestement à une réalité différente, plus négative que la somme de ses composantes.


Le Mouvement Démocratie Nouvelle (MDN) s’est réjoui des résultats du récent sondage que Léger Marketing a réalisé à sa demande, y voyant « un appui incontestable » aux principes invoqués par les partisans d’une réforme du mode de scrutin. Là encore, le tout ne semble pas identique à la somme de ses parties.


Faut-il se surprendre qu’à des degrés divers, 89 % des 2,506 personnes interrogées désirent « un système simple et accessible » ou encore que 84 % souhaitent le voir « refléter le plus possible le vote populaire de l’ensemble des Québécoises et des Québécois » ? L’appui à la tarte aux pommes serait sans doute du même ordre.


 

 

Il n’est pas étonnant que 60 % des personnes interrogées estiment que le mode de scrutin actuel pose un « problème », quand la question souligne lourdement que « notre mode de scrutin cause un écart entre le pourcentage de votes qu’un parti politique obtient à l’échelle du Québec et le nombre de sièges que ce même parti détient à l’Assemblée nationale du Québec ».


On peut cependant penser qu’ils auraient cité un autre problème, si on leur avait suggéré qu’un mode de scrutin proportionnel risquait d’engendrer des gouvernements plus instables ou que le tracé des nouvelles circonscriptions, sensiblement plus vastes, respecterait peut-être moins les « communautés naturelles ». C’est précisément ce qui avait provoqué une levée de boucliers quand la Commission de la représentation électorale avait proposé de fusionner la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques avec une partie de Westmount–Saint-Louis.


Demander à des électeurs s’ils tiennent à ce qu’un gouvernement tienne ses promesses ne peut qu’entraîner une réponse positive. On n’a cependant pas jugé utile de leur demander s’ils souhaitaient changer le mode de scrutin. On préférait peut-être ne pas poser la question.


Selon le MDN, les résultats du sondage sont suffisamment clairs pour dispenser le gouvernement Legault de tenir un référendum. Il doit simplement déposer un projet de loi d’ici le 1er octobre, comme le premier ministre s’y est engagé, et faire en sorte qu’il soit adopté assez rapidement pour entrer en vigueur dès l’élection de 2022. « Sinon vous allez avoir des problèmes », a averti son président, Jean-Pierre Charbonneau.


 

 

On peut très bien être d’avis que l’appui de trois des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale est suffisant pour aller de l’avant, mais un sondage qui ne présente que les avantages de la réforme projetée ne constitue pas un argument décisif. D’autant qu’il laisse penser que la population demeure peu informée de ses tenants et aboutissants.


On a posé la question suivante : « Au cours des dernières semaines, avez-vous lu, vu ou entendu des reportages à la télévision, dans les journaux, à la radio ou sur les réseaux sociaux portant sur la réforme du mode de scrutin au Québec » ? La réponse a été non dans une proportion de 63 %. Bref, on ne sait pas vraiment ce que pense la population.


La valse-hésitation à laquelle le premier ministre s’est livré au cours des derniers jours a de quoi inquiéter les partisans de la réforme. S’il y a un référendum, ses opposants vont s’employer à cultiver la méfiance que suscite toujours l’inconnu et ce qu’on entend des députés caquistes ces jours-ci ne donne pas l’impression qu’ils s’échineront à leur donner la réplique.


M. Legault n’est pas le premier chef de parti à devoir composer avec des députés qui se sentent menacés par un nouveau mode de scrutin, mais il est de loin celui dont l’autorité est la moins contestée. René Lévesque a acquis une telle stature dans la mémoire collective qu’on a oublié à quel point il rencontrait de la résistance au sein de sa propre équipe. En réalité, l’avenir de la réforme ne dépend que de la volonté du premier ministre.









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