L’époque du « ferme ta gueule »

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L'antiracisme totalitaire veut gommer le passé


Ça ne vous inquiète pas, vous, de voir dans quelle époque de censure on vit ? Laissez-moi vous raconter une histoire hallucinante qui s’est produite aux États-Unis, et qui est très représentative de cette époque absurde.


FRAPPER LE MUR


Il y avait depuis 1936 sur les murs du Washington High School de San Francisco, une grande fresque montrant des images peu reluisantes de l’histoire américaine. Constituée de 13 immenses panneaux, l’œuvre intitulée La vie de George Washington montre le premier président des États-Unis comme un propriétaire d’esclaves et dépeint les premiers colons comme des génocidaires marchant sur le cadavre d’un autochtone mort.


Il est clair pour n’importe qui avec une tête sur les épaules (une espèce très rare en voie de disparition), que cette murale est profondément antiraciste. Elle ne glorifie pas l’esclavage, elle le dénonce ! Elle ne banalise pas le meurtre d’autochtones, elle le déplore !


Mais pour la génération des petits étudiants fragiles de 2019 (et des adultes qui les surprotègent), c’est trop lourd à supporter d’être exposés jour après jour, dans leur école, à des images d’esclaves enchaînés ou d’autochtones assassinés. Des parents et des élèves ont dénoncé la murale, la trouvant « raciste et dégradante ».


Alors la commission scolaire a annoncé qu’elle allait effacer la murale en peignant par-dessus. Devant le tollé, elle s’est ravisée et a décidé que des panneaux de bois viendront carrément cacher la murale.


La commission scolaire a expliqué que la murale était dommageable pour les étudiants « historiquement marginalisés ». J’avoue que c’était la première fois que j’entendais cette expression.


Alice Walker, l’auteure de The Color Purple, dont la fille a fréquenté cette école, a déclaré : « Si vous voulez vraiment éduquer les gens, laissez ça là et enseignez aux enfants ce que ça signifie. C’est très ignorant et rétrograde de penser qu’on peut effacer l’histoire, effacer la réalité en détruisant de l’art. »








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Le plus ironique, c’est que l’œuvre a été peinte en 1936 par Victor Arnautoff, un immigrant russe communiste, qui voulait dénoncer haut et fort le côté sombre de l’histoire des États-Unis. Et ce gars-là se fait traiter de raciste ?


Bari Weiss, une chroniqueuse absolument formidable que j’adore, a écrit dans le New York Times un texte pour dénoncer ce qui est à ses yeux rien de moins que de la censure. « Qu’est-ce qui va arriver quand un étudiant va suggérer que le fait de regarder des images du massacre de My Lai (un crime de guerre américain au Vietnam) dans les cours d’histoire est trop traumatisant ? »


Dans le magazine en ligne Areo, une autre chroniqueuse plutôt rigolote a suggéré qu’on ferme carrément Washington High School et qu’on en fasse un Musée de la rectitude politique, qui serait rempli d’œuvres d’art jugées trop offensantes pour les âmes sensibles.


PASSER NOTRE ÉPOQUE À LA MACHINE


Ça commence dans les écoles, où on couve les jeunes pour qu’ils ne soient jamais exposés à des images dérangeantes. Ça se poursuit au cinéma, dans les journaux, à la télé.


Partout, tout le temps, il faut sortir la gomme à effacer, laver à l’eau de Javel toute représentation qui dérange, toute opinion qui diverge, toute action qui détonne.


Vous ne trouvez pas ça débile ?