L'eau contaminée de Fukushima dans la mer - Les irresponsables

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L'apocalypse à petites doses

Propriétaire de la centrale nucléaire située à Fukushima, la compagnie Tepco gère l’avalanche des coups de butoir conséquents au tsunami de mars 2011 avec une indolence, c’est le moins qu’on puisse dire, d’autant plus révoltante que la radioactivité - le cheval de Troie de la mort - est le coeur de sa fonction. Après avoir nié pendant des semaines que de l’eau « atomisée » prenait le chemin du Pacifique, elle a fini par l’admettre. Bref, l’irresponsabilité est l’ADN de Tepco.
Au premier jour du pire désastre depuis Tchernobyl, si ce n’est le pire, la direction de Tepco a menti. Au deuxième également. Au troisième, le pli était pris. Depuis lors, elle n’a pas cessé de mentir et d’éluder, d’escamoter et d’emberlificoter. Ce faisant, les autorités si peu concernées ont fait le lit de tous les vices ou effets pervers inhérents à l’atome. À telle enseigne que le coefficient de difficulté propre à l’administration de ce dossier que l’on sait être délicat entre tous a augmenté à vitesse grand V. En un mot, le drame a accouché de matières physiques caviardées par les propriétés de l’atome et qui se sont propagées aux quatre coins cardinaux de cette région du Japon et au-delà.

À ce propos, le site Mediapart vient de dresser l’inventaire, au demeurant très inquiétant, des écueils rencontrés récemment par Tepco. Le voici : « Tepco avait déjà dû admettre en avril que près de 120 tonnes d’eau contaminée avaient fui des conteneurs. En mai, des mesures réalisées sur la côte près de l’usine avaient montré des taux de strontium, hautement solubles, alarmants. En mai, la firme avait découvert de l’eau qui contenait 10 fois le taux maximal de tritium. En juin, des mesures réalisées près du réacteur numéro 2 montraient des taux de strontium-90 plus de 30 fois supérieurs au taux normalement admis au Japon. » Quoi d’autre ? Le président de cette entreprise nationalisée dans les semaines suivantes au drame a formulé un acte de contrition pour accompagner la confidence suivante : 400 tonnes d’eau contaminée entamaient quotidiennement les entrailles du Pacifique.

Après avoir martelé des semaines durant que les particules radioactives restaient dans la terre, Naomi Hirose, c’est le nom du président, a donc admis le mardi 6 août que ceci était un mensonge en ces termes : « Je suis rempli de profond regret. […] Nous avions les données, mais étions incapables d’en faire quelque chose. » Bon… On précisera que ce revirement a été effectué après les élections sénatoriales remportées par le Parti libéral démocrate du premier ministre Shinzo Abe, qui est un partisan de l’énergie nucléaire.

Cette histoire, et notamment son dernier épisode, a ceci de révoltant qu’elle lève le voile sur la réalité suivante : les patrons de Tepco ainsi que les leaders politiques traitent Fukushima aujourd’hui comme ils l’ont traité hier, soit sans peu de souci pour la rationalité, soit en niant le principe de réalité avec tous les contrecoups que cela suppose. On s’explique. Grâce au rapport publié en décembre 2011 par la commission d’enquête, les Japonais savent que si leur pays est rythmé géographiquement par les tremblements de terre et les tsunamis, les autorités, publiques comme privées, n’avaient jamais élaboré un plan déclinant les interventions à faire après un désastre.

Pire, n’eût été un reportage du New York Times publié huit mois après le tsunami, les personnes dirigées vers telle ville pour échapper au brouillard radioactif de telle autre y seraient probablement encore, alors que c’est là où on les avait envoyés qu’il y avait le plus de radioactivité.

Cet épisode, déjà lointain, ainsi que le plus récent, soit la fuite d’eau deux ans et des mois plus tard, prouvent, comme si besoin était, que les autorités ont combiné l’incompétence avec l’indifférence pour leurs concitoyens et ceux qui travaillent sur le site de la centrale.


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