L’austérité, ça ne marche pas!

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Vigile le répète depuis 2010

Les Grecs l’ont crié sur tous les tons. Ils savaient de quoi ils parlaient car ils l’ont vécue, cette austérité, depuis des années, dans leur vie quotidienne, marquée par la perte des emplois, le manque à gagner, l’impression pour ce peuple si fier d’être à la charge des autres peuples de l’Europe, un sentiment qui les tuait à petit feu. Les Grecs n’ont jamais été un peuple à genoux. Comment je le sais ? J’ai eu un cours complet sur la fierté grecque le jour de ma rencontre avec mon amie Melina Mercouri.

Ça m’attriste de penser que bien des jeunes d’aujourd’hui ne doivent même pas connaître son nom. Melina Mercouri était grecque jusqu’au bout des doigts. Elle était à Paris quand je l’ai rencontrée la première fois. Cette femme, comédienne connue par le théâtre et le cinéma à travers le monde, menait de Paris une lutte acharnée contre la junte des « Colonels » qui s’étaient emparés du pouvoir à Athènes et qui l’empêchaient de retourner chez elle pour soigner son vieux père qui allait mourir. Le pouvoir la craignait en Grèce, car elle y était aimée et respectée.

Je ne suis jamais allée en Grèce. D’abord par amitié pour Melina qui m’avait fait jurer de ne pas y mettre les pieds tant et aussi longtemps que son peuple ne serait pas libéré. J’ai juré et j’ai tenu parole malgré mon désir de connaître son pays dont elle parlait les larmes aux yeux.

Le temps a passé. Les « Colonels » ont été renversés et pendant que je devenais ministre au Québec, Melina devenait ministre de la Culture en Grèce. Je lui ai écrit pour la féliciter. Elle m’a répondu dans les jours qui ont suivi m’invitant à lui rendre visite pour qu’elle me fasse enfin connaître son pays et qu’on puisse voir si on pouvait s’entraider dans nos nouvelles fonctions. Je parcourais le Québec à ce moment-là pour expliquer la réforme de l’assurance automobile, et je lui ai répondu que je viendrais dès que je pourrais. Melina était une femme de gauche. Pas de la gauche radicale comme celle qui a été élue la fin de semaine dernière, mais la gauche que ses amis français souhaitaient, celle d’Yves Montand et Simone Signoret par exemple. Je crois malgré tout qu’elle serait heureuse de l’élection qui vient d’avoir lieu pour le cri de liberté qu’il représente contre les abus de ceux qui possèdent le pouvoir et qui en abusent trop souvent.

Si le monde entier s’interroge aujourd’hui sur « l’austérité » qui, comme par hasard, frappe d’abord les plus pauvres de nos sociétés, la réponse de la Grèce dans un mouvement de rejet pourrait bien être le début de la recherche véritable d’une autre solution et même d’une autre façon de vivre.

L’austérité, ça ne marche pas ! S’il nous fallait un exemple frappant, la Grèce vient de reprendre cette affirmation haut et fort en portant au pouvoir un premier ministre issu de la gauche radicale, malgré une campagne de peur et de menaces de toutes sortes véhiculées sans retenue par des partis politiques ayant déjà exercé le pouvoir et qui ont choisi, il y a quelques années, l’austérité comme remède à la situation financière désastreuse de la Grèce. Les citoyens grecs ont dit : c’est assez.

Malgré des coupes douloureuses qui ont été imposées aux citoyens, la reprise économique promise n’a pas eu lieu, les affaires ont périclité, des entreprises ont fermé leurs portes, les salaires des travailleurs du bas de l’échelle ont été réduits, les pensions aussi, les impôts des plus démunis ont augmenté alors que les plus riches ont continué de mettre des fortunes à l’abri dans des paradis fiscaux. Dans les derniers mois avant l’élection, le taux de chômage était à 26 % chez les adultes, et on a même parlé de 50 % chez les jeunes. La dette totale qu’on voulait réduire avait quand même augmenté au cours des dernières années malgré les coupes dans les services sociaux qui ont fait mal à une population en déroute.

Le jeune premier ministre grec, nouvellement élu, réussira-t-il ? Bien sûr, ce sera à surveiller et le monde entier aura les yeux tournés vers ce peuple qui vient de se remettre debout. Nous bénéficierons peut-être tous de son audace et de son courage, car nous venons juste d’entrer nous-mêmes dans le monde de l’austérité et qu’on le veuille ou non, il nous faut bien admettre que les décisions de notre gouvernement ont plus l’air d’une improvisation dangereuse que d’un plan de développement pour notre avenir. Surtout que nous savons tous que quand nos dirigeants parlent « des vraies affaires », ils ne pensent pas d’abord à notre bien-être et à notre développement intellectuel. Ils vont dépenser plus de 800 millions pour remplir les trous de mines laissés béants par des entreprises qui sont parties sans payer la facture et d’autre part, il n’y a pas d’argent pour les écoles et les garderies. Cherchez l’erreur.


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