Journalistes sous surveillance aux États-Unis

L'emprise sioniste sur les médias us.



Richard Hétu, collaboration spéciale - (New York) Quoi de plus inoffensif qu'un gazouillis, n'est-ce pas? Cela dépend vraiment des circonstances, comme vient de le constater la journaliste Octavia Nasr, dont la carrière à la chaîne d'information CNN a pris fin après l'envoi d'un gazouillis - message de 140 caractères ou moins - sur le site de socialisation Twitter.
«Triste d'avoir appris la mort de Sayyed Mohammad Hussein Fadlallah... Un des grands hommes du Hezbollah que je respectais beaucoup», a écrit Nasr, Américaine d'origine libanaise, au sujet de cette personnalité éminente de l'islam chiite, inscrite à tort ou à raison par les États-Unis sur leur liste de «terroristes internationaux».
La réaction à ce gazouillis a été «immédiate, extrême et constitue une bonne leçon sur les raisons pour lesquelles 140 caractères ne doivent pas être utilisés sur des questions controversées ou sensibles, particulièrement celles sur le Moyen-Orient», a plus tard écrit la journaliste dans un texte publié sur son blogue, où elle tentait de sauver son poste à CNN. Elle a notamment fait valoir qu'elle appréciait chez l'ayatollah Fadlallah «sa position singulière et pionnière au sein des religieux chiites sur les droits de la femme».
«Cela ne signifie pas que je le respectais pour toute autre chose qu'il ait faite ou dite», a-t-elle précisé.
Peine perdue. Trois jours après la publication du gazouillis, CNN a licencié Octavia Nasr, présente sur la chaîne depuis 1990, estimant que «sa crédibilité en tant que journaliste spécialiste du Moyen-Orient a été compromise».
Son départ a suscité un malaise chez plusieurs journalistes américains, d'autant plus qu'il intervenait peu après ceux de deux autres confrères accusés d'avoir formulé des opinions inacceptables sur un site de socialisation ou dans des échanges privés. Il y a un mois, Helen Thomas, doyenne des correspondants de la Maison-Blanche, a décidé de prendre sa retraite après la diffusion sur YouTube d'une entrevue controversée dans laquelle elle a déclaré que les Juifs d'Israël devaient «foutre le camp de Palestine» et rentrer «en Pologne, en Allemagne, en Amérique et n'importe où ailleurs».
Deux semaines plus tard, le blogueur David Weigel du Washington Post a offert sa démission après la publication de messages privés concernant certaines personnalités conservatrices, dont Matt Drudge, fondateur du site Drudge Report, et l'animateur radiophonique Rush Limbaugh. Il a notamment écrit que Matt Drudge devrait s'immoler par le feu. Sa démission a été acceptée par ses patrons.
«En tant que journaliste qui utilise Twitter, je dois dire que cette tendance aux carrières qui prennent fin sur un microbillet est très troublante», a écrit David Carr du New York Times dans un gazouillis publié peu après le licenciement d'Octavia Nasr.
Comme d'autres journaux américains, le Times a adopté une politique sur ce que peuvent publier ses journalistes sur des médias sociaux comme Twitter et Facebook, ou sur leurs blogues personnels. «Faites attention de ne rien écrire (...) que vous ne pourriez écrire dans le Times - par exemple, ne signez pas d'éditoriaux si vous travaillez dans la section des nouvelles. Tout ce que vous publiez en ligne pourrait être disséminé publiquement, et peut être dénaturé par ceux qui veulent nuire au Times ou à vous-mêmes», a écrit un responsable du Times dans une note envoyée aux journalistes du quotidien à l'automne 2008.
Peu de journalistes américains ont défendu les opinions de Nasr, Weigel et Thomas. Mais plusieurs d'entre eux ont déploré la facilité avec laquelle les employeurs de leurs confrères ont cédé aux critiques, surtout dans les cas de Nasr et Weigel, des journalistes dans la force de l'âge dont le professionnalisme est reconnu. Glenn Greenwald, blogueur au site progressiste Salon.com, a notamment vu dans la «capitulation» de CNN une illustration d'une politique de deux poids, deux mesures répandue dans les médias américains.
«La chaîne, qui emploie depuis 15 ans comme principal chef d'antenne Wolf Blitzer, ancien responsable de l'AIPAC (lobby pro-Israël aux États-Unis), justifie sa décision en affirmant que la "crédibilité" de Nasr a été "compromise". On trouve dans cet épisode plusieurs leçons sur l'"objectivité" des médias et la façon dont est circonscrit l'éventail des opinions permises», a écrit Greenwald sur son blogue.
Suivant la même logique, David Weigel aurait peut-être survécu à ses messages privés s'il s'était moqué de personnalités progressistes comme le documentariste Michael Moore ou l'animateur de télévision Bill Maher, les lobbys de gauche rugissant beaucoup moins fort que ceux de droite aux États-Unis.


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