REPLIQUE

J’aurais voté oui, mais quoi ?

VIGILE - Stratégie ouverte et Politique autrement - 2011

« Si un lion pouvait parler, nous ne pourrions le comprendre. »
_ L. Wittgenstein
« Ce qui manque à tous ces messieurs, c’est la dialectique. »
_ F. Engels

Ce texte fait référence à celui de Stéphane Robitaille, J’aurais voté oui, mais…, publié en Tribune libre de Vigile le 1er juin 2011
Il faudrait pouvoir expliquer ce qui nous amène à prendre la plume pour répondre à un texte. Pour ma part, j’y vois un certain mystère. Car, il faut bien le dire, votre texte est dans l’ensemble assez déprimant. Aussi déprimant qu’un éditorial d’André P ratte mais, contrairement à l’éditorialiste de La Presse, vous me semblez courageux et de bonne foi, il faut bien le dire. Vous prenez en effet la peine de vous justifier, ce qui est honorable. Il est bon quelques fois de douter.
Par ailleurs, vous êtes manifestement pour le bien de l’humanité (mais n’y sommes pas tous favorables ?) Je rêve aussi d’un monde meilleur. D’autant que j’ai moi-même une certaine affection pour l’anarchisme. N’est-ce pas le dernier bastion de l’utopie ? N’est-elle pas en effet la seule encore qui n’a pas encore subi l’épreuve, si l’on peut dire, du réel ? C’est en somme une idée bien attachante.
Mais pourtant un monde nous sépare.
Vous auriez tout aussi bien pu écrire une seule ligne : « Je ne suis pas nationaliste (et pas vraiment indépendantiste) car je suis anarchiste ». Cela aurait eu le mérite de la clarté et nous aurait épargné quelques moments d’agacement.
Rien de plus agaçant, en effet, que ces convertis qui se croient obligés de cracher sur ce qui les a, pour un moment, tentés ou retenus (je tiens à souligner que je n’ai pour ma part jamais affiché de drapeau québécois sur les murs de ma chambre). Votre opposition relativement primaire au PQ et à ses politiques est par ailleurs assez formidable. Le parti Libéral de Robert Bourassa et de Jean Charest surgit, de vos analyses, armé d’une blancheur éclatante.
Il y a pour moi des énormités considérables dans votre texte. A commencer lorsque vous affirmez sans hésiter que « la nation n’existe pas ». Peut-être avez-vous oublié que cette chère Mme a déjà énoncé une chose assez semblable : « la société n’existe pas », disait-elle, toute souriante. Il s’agissait bien évidemment d’un point de vue néolibéral. Le vôtre, cependant, est anarchiste. Il est vrai qu’on peut toujours douter de tout, y compris de la table sur laquelle j’écris. J’admets qu’il s’agit ici de représentations conceptuelles. Comme la société, l’amour, la parenté, la justice, etc. Quoi qu’il en soit, il est toujours malaisé de constater à quel point il est facile pour certains d’escamoter les concepts qui cadrent mal avec l’idéologie qu’ils défendent.
Mais, après tout, n’est-il pas vrai que « les sentiments nationalistes conduisent souvent aux pires horreurs » ? On pourrait en dire autant des races, des sexes, des religions, etc. C’est bien malheureux mais on ne résout que rarement une contradiction en éliminant l’un des termes de cette contradiction. Il est en effet assez confondant d’observer des personnes évidemment bien intentionnées, comme vous l’êtes certainement, n’imaginant pas mieux que de croire que les difficultés liées aux différences, quelle qu’elles soient, puissent disparaitre, comme par magie, simplement en niant ces différences ou alors leur légitimité. C’est, disons-le, un tour de force pitoyable.
Nous admettons sans mal que le terme « nation » doive être soigneusement défini. Dans le cas contraire nous demeurons dans la plus grande incertitude. Le concept recouvre évidemment une grande variété de situations objectives (et subjectives, puisqu’il y a une grande part de subjectivité collective : une autoreprésentation) : nation ethnique, culturelle (mono culturelle, pluriculturelle, multiculturelle), civique, historique, sociopolitique, inclusive, exclusive, etc. Tout n’est pas négatif là dedans, loin de là. Malheureusement, chacun s’attache à sa propre définition sur mesure, qu’il croit exclusive, ce qui n’est pas nécessairement plus utile au dialogue. S’il est impératif de savoir de quoi l’on parle, il est toujours commode de caricaturer dans ce domaine et on ne s’en lasse pas, apparemment.
Dans la même veine, affirmer que la nation est l’ennemie de la diversité me semble assez malhabile. Ce faisant, vous réduisez la nation à l’état-nation du 18e siècle et même au jacobinisme. Il est au contraire possible d’affirmer que l’état-nation moderne est, à l’heure de la mondialisation, un rempart important contre l’uniformisation culturelle; que la nation est un moyen irremplaçable pour un individu d’accéder au monde et même, j’ai l’outrecuidance de le dire, de lui donner la possibilité d’éprouver une empathie réelle pour les autres cultures (précisément parce qu’elles sont autres et qu’elles sont signifiantes), empathie ne pouvant se développer qu’à partir du moment où nous prenons conscience de notre propre culture, que nous nous identifions fortement à elle et qu’on la sait assurée et solide.
Votre méfiance à l’égard de la nation (probablement liée à votre méfiance envers l’état et les frontières) vous incite à lui substituer le concept de « communauté culturelle ». Il semblerait donc que celle-ci existe, contrairement à la nation. L’idée n’étant ni claire ni suffisamment exposée, je peux me tromper mais je suis toutefois enclin à penser que ce concept d’une appartenance strictement basée sur la culture (la langue ?) ressemble étonnamment à celui de nation culturelle. Une des faiblesses du concept est que les membres de cette collectivité ne peuvent pas former, globalement, une véritable communauté politique (quoique d’un point de vue anarchiste, peut-être cela est-il un avantage). Outre la difficulté de définir qui fait partie de cette communauté (s’agit-il de la langue d’usage, de la langue parlée à la maison, de l’histoire commune, d’un sentiment d’appartenance, de la culture au sens plus large ?), une autre est sa relative inutilité. En ce qui concerne les Québécois, cette notion nous ramènerait sensiblement, je pense, à ce qu’on avait coutume d’appeler la nation canadienne-française (il est vrai que vous l’élargissez au continent). Dans la mesure, espérons-le, où cette dernière serait inclusive, on distingue difficilement ce que l’on gagnerait à opérer cette substitution. Dans la mesure où celle-ci serait exclusive, il s’agirait bien sûr d’un recul.
J’ajouterais que la substitution que vous proposez semble d’autant plus superflue que le problème principal qu’elle est censée résoudre, soit le traitement approprié des rapports entre une majorité et des minorités (que celles-ci soient des communautés culturelles minoritaires ou des minorités nationales n’y change rien) doit forcément se poser de la même manière dans les deux cas, à moins de considérer, ce qui serait proprement aberrant, un découpage territorial strict basé sur la différence en cause où chaque communauté vivrait, en quelque sorte, dans des lieux parallèles.
Aussi, votre idée de « communauté culturelle francophone d’Amérique » me semble encore davantage fantaisiste. Une langue ne fait, faut-il le dire, pas toute la culture. Hormis cette langue, que peut-il bien y avoir de commun entre un Cajun et un francophone de l’Alberta ? Je ne vous apprendrai certes rien en disant que, dans le contexte francophone en Amérique, seul le Québec peut vraisemblablement aspirer à devenir une « société globale » en devenant souverain. A cet égard, le fait que le Québécois constituent une nation et disposent d’un territoire n’est-il pas plutôt encourageant ? Pour ce qui concerne les langues autochtones, sujet qui semble vous inquiéter particulièrement, il serait certainement possible d’en aménager la diversité à l’intérieur de nos frontières. La Charte de la langue française, si je ne m’abuse, le fait d’ailleurs déjà.
Votre définition de la culture est loin d’être éclairante. Parler de culture « multiple, complexe, perméable, faite d’un ensemble d’éléments plus ou moins choisis, parfois liée à différents espaces géographiques mais très souvent non » ne nous avance pas beaucoup. Écrire que « le meilleur étant la possibilité de se réaliser dans des appartenances culturelles riches et variées n’ayant que peu à voir avec l’endroit où nous sommes nés en dehors de la langue maternelle ou de l’amour du sirop d’érable » est assez sommaire. Ne confondez-vous pas identité individuelle et culture ? Cette insistance flagrante sur le mélange, le choix, etc. me semble relever davantage de l’individualisme contemporain (i.e. consommateur, choix d’un style de vie) que de l’homme (permettez le mot), de son histoire et de son milieu. Je crois pour ma part que nous sommes bien (et malgré nous) d’un lieu géographique, que nous le portons en nous, et même que celui-ci a besoin de nous pour exister. Aussi, parler, comme vous le faites implicitement, de « culture anarchiste » est d’une inutilité triomphante. L’idée de culture « profonde » (au sens anthropologique) semble vous avoir échappé. On ne change pas de culture comme de chemise.
Passons sur le « lavage de cerveaux » à propos de l’époque qui précède la révolution tranquille : une simple bêtise.
Vous parlez d’oppression nationale avec une certaine légèreté. Remarquez qu’il en va ici comme de la nation. Chacun a sa définition de l’oppression. Pourtant, les Américains ne sont-ils pas devenus indépendants en dénonçant la « tyrannie » britannique ? Toutes les colonies de ce monde sont devenues indépendantes en désirant échapper à la subordination. Appelez ça comme vous voudrez. Vous semblez croire que nous ne sommes pas vraiment des victimes : ah, vous avez besoin de victimes ? Cherchez-vous donc du sang ? Méfiez-vous donc, on pourrait de façon similaire retourner l’argument contre vous, en rendant inopérantes vos idées sur l’anarchie.
Il y a aussi des banalités, une juxtaposition d’idées convenues et de bonnes intentions. Qui voudra sérieusement s’opposer aux idées « écologistes, pacifistes et humanistes » ? Qui donc n’est pas attaché à une vision d’un Québec « écologiste, humaniste, antimilitariste, respectueuse des autochtones, etc. » ? Certes un peu lénifiant mais louable, bien évidemment.
L’idée que le pays soit un contenant, comme vous la formulez, ou, en d’autres termes, que l’indépendance ne soit qu’un moyen, est assez répandue. Il va de soi que nous préférerions vivre dans notre province actuelle plutôt que dans un futur pays fasciste (par exemple). Au-delà de l’inévitable cliché, il faudrait tout de même réaliser que l’indépendance ne peut pas être comprise que comme un simple moyen : elle doit être à la fois un moyen et une fin. Il faut être libre pour agir, il faut agir pour manifester cette liberté. De même, le nationalisme et l’indépendantisme devraient être les revers d’une même médaille. C’est parce que nous existons en tant que nation que l’idée d’indépendance a du sens; et c’est l’indépendance qui nous permettrait d’exister pleinement en tant que nation. Il n’y a donc pour moi pas de sens à se dire favorable à l’indépendance du Québec sans faire référence, au moins implicitement, à une nation québécoise. De même, un nationaliste conséquent ne pourra pas ignorer, dans le contexte canadien, la nécessité de l’indépendance du Québec.
Vous n’êtes pas le premier, ni le dernier, à opposer ces deux aspects fondamentaux de la vie collective : le social et le national. Rien de nouveau à cet égard (le problème est d’ailleurs bien documenté). L’indépendance, le pays : que des moyens, des coquilles vides. Vous subordonnez la question nationale au projet de société. Votre défense du statu quo est implicite. Il y a là, je crois, un dédain un peu ridicule de votre part. On vous offre la liberté (relative, j’en conviens, mais tout de même…) et vous haussez les épaules. Vous avez de bien plus grandes espérances. Vous êtes ailleurs, au dessus de notre mêlée, bien haut : vous n’êtes plus de notre monde. Une sorte de refus « aristocratique », si je peux me permettre.
Je vous reproche en somme, vous l’aurez deviné, de tourner les coins ronds à propos de la question nationale. C’est malheureux mais le procédé est sans doute de bonne guerre : il est toujours tentant de caricaturer le point de vue de l’adversaire. Nous en sommes presque tous coupables. L’idée ou l’idéologie à laquelle on s’oppose doit être simplifiée pour servir de repoussoir. Nous admettons bien la complexité des idées que nous défendons mais nous la refusons souvent aux idées auxquelles nous nous opposons. Ainsi faites-vous avec le nationalisme. Et vous n’êtes pas le seul, loin de là.
Vous savez pourtant bien que cette idée qui vous est chère, l’anarchie, pourrait facilement être réduite en cendres. Il suffirait de mentionner l’anarcho-capitalisme, de citer Max Stirner (égoïste suprême), de rappeler les attentats anarchistes du 19e siècle ou la part d’utopie qu’elle comporte. Il ne s’agit pas de relativisme, il s’agit d’honnêteté à soi-même. Ayez donc l’honnêteté intellectuelle de dire que vos priorités ne sont pas les nôtres, ce qui ne rend toutefois pas les nôtres moins désirables ou plus coupables.
Vous dites rechercher le dialogue mais tout indique qu’il ne peut s’agir que d’un dialogue de sourds : chacun porte ses combats. Chacun a ses points aveugles, chacun s’accroche à ses béquilles, à chacun ses rêves. Voilà qui est, avouons-le, passablement déprimant.
Vous m’apparaissez à néanmoins sensible à certaines idées qui me plaisent. Vous aspirez à un monde radicalement autre (et meilleur). Contrairement à vous cependant, je crois sincèrement que le nationalisme et l’indépendance du Québec y participent pleinement. Mais je crains que nous ne puissions nous comprendre.
Sylvain Maréchal


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6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    6 juin 2011

    Monsieur Robitaille,
    J'ai de fortes sympathies souverainistes et anarchistes. Les questions que vous vous posez sont toutefois depuis quelques temps résolues dans mon esprit, grâce à un débat que j'ai eu la chance d'étudier.
    Je vous suggère de lire, en ordre :
    "La nouvelle trahison des clercs", de Pierre Trudeau (originellement publié dans Cité libre, 1962)
    et la réplique de Hubert Aquin, intitulée "La fatigue culturelle du Canada français" (disponible dans le recueil de textes d'Aquin intitulé "Blocs erratiques"). Si vous les avez déjà lus, ce qui est fort probable, je crois que certains débats auxquels vous faites références y sont abordés.
    Ensuite, rien de moins sûr qu'un 'ressac' identitaire en cas de séparation politique. Ce ressac me semble plutôt l'effet du statu quo, les Québécois se sentant toujours infériorisés et menacés. L'indépendance ne permettrait-elle pas de déplacer le débat vers le terrain politique (plutôt que culturel)?
    Enfin, et surtout, le PQ n'a pas le monopole de l'indépendantisme. D'ailleurs, 45% de souverainiste et le PQ ne réussit pas à se faire élire.
    Ne nous laissons pas voler nos convictions par un parti politique.

  • Archives de Vigile Répondre

    5 juin 2011


    Monsieur Maréchal,
    J'ai fait trente ans de recherches comme géographe spécialisé en géopolitique afin de définir d'une manière précise tous les termes employés dans un problème d'indépendance, de Nation avec ou sans majuscule et d'État.

    J'ai publié chez Guérin en 1994 Géopolitique et avenir du
    Québec et Le Monde Diplomatique, qui a reconnu la
    crédibilité de mes propos,m'a accordé une mention
    spéciale.
    Si personne ne le lit ou plus important encore, ne se
    donne la peine de l'étudier, je n'y peux rien.

    J'ai perdu $150,000 dans ces recherches faites à
    mes frais, ce qui n'a aucune importance.
    Je ne parviens pas à faire entrer dans les têtes
    les définitions rigoureuses que j'apporte. Avec l'individualisme ambiant, chacun y va de son opinion et même une certitude est confondue avec l'opinion.
    J'enseignais géopolitique à Toronto lorsque j'ai terminé
    ce livre. Les collègues en ont reconnu le sens mais ont
    ri en me disant que personne au Québec ne se donnera
    la peine de le lire.
    Je viens d'en terminer un autre sur les problèmes reliés
    aux statuts à reconnaître et faire reconnaître. Il sera publié cet automne aux Éditions du Québécois. Je ne me
    fais aucune illusion quant à savoir si on va le lire
    et encore moins l'étudier.
    Salutations
    René Marcel Sauvé, géographe

  • Archives de Vigile Répondre

    5 juin 2011

    Monsieur Robitaille,
    Depuis le dernier référendum, les promoteurs du projet souverainiste et les intellectuels, atteints d'une sorte de mauvaise conscience (les critiques pressantes les ayant mis en face d'une dichotomie trompeuse: nationalisme ethnique (=mauvais) ou alors nationalime civique (=bien)), ont commencé à mettre de l'avant une forme de nationalisme davantage civique que culturelle, c'est-à-dire de fondements plus juridiques (citoyenneté, charte des droits) que culturels. Il est vrai que cette conception fait aussi appel, heureusement, à une part de culture commune publique qui comporte la langue française. Mais d'autres éléments de la culture, la mémoire historique par exemple, ont tendance à être évacués.
    Comme les éléments identitaires ont une faible part dans cette conception, elle devrait être plus acceptable pour ceux qui pensent que les droits collectifs de la majorité risquent de nuire, dans un Québec souverain, aux communautés culturelles, aux autochtones et aux anglophones. Une telle conception devrait pouvoir vous rassurer. Elle ne satisfait cependant pas ceux qui pensent que le nationalisme québécois devrait s'appuyer sur une base mémorielle plus solide et pour qui l'identité reste au coeur des revendications québécoises.
    Je suis loin de craindre la crispation identitaire que vous craignez. Je suis porté à penser que, sur ce plan, l'avantage est à l'oubli de soi plutôt que du repli sur soi. Je n'ai pour ma part pas vu de "mobilisation nationaliste" dans la crise des accomodements raisonnables. Je n'y ai vu ni crispation ni xénophobie mais souci de démarcation et de mise au point de certaines valeurs.

  • Archives de Vigile Répondre

    4 juin 2011

    Monsieur Maréchal,
    J'admets qu'il existe plusieurs définitions de la nation et que celle-ci peut parfois impliquer la diversité culturelle. La question demeure de savoir laquelle de ces nations devrait se sentir interpellée par un projet souverainiste si les tenants du projet ne posent pas eux-mêmes leur propre définition. Sur ce point votre réplique ne m'éclaire pas encore.
    Ce flou me porte à craindre, dans l'éventualité d'une nouvelle campagne référendaire, une certaine crispation identitaire de beaucoup de Québécois. Une crispation qui n'aiderait pas la culture, même d'un point de vue anthropologique. Est-ce que cette crainte est fondée? Je suis loin d'en être certain et mon interrogation ne saurait être plus sincère.
    En fait, j'espère seulement que la mobilisation nationaliste autour des « accommodements raisonnables » n'était pas un avant goût de ce qui pourrait suivre.
    J'apprécierai de vous lire sur cette question ou encore d'être dirigé vers un texte qui pourrait y répondre.
    Stéphane Robitaille

  • Yves Claudé Répondre

    3 juin 2011

    À propos du texte de Stéphane Robitaille, je partage entièrement le point de vue de Sylvain Maréchal. Quelques précisions cependant.
    Comme je l’ai évoqué dans mes commentaires, ce texte échevelé ne mériterait pas que l’on s’y arrête s’il ne représentait un spécimen d’un prêt-à-penser qui constitue une recomposition de la symbolique rouge du dogmatisme “marxiste-léniniste” de la génération précédente, dans la symbolique noire d’un pseudo-anarchisme actuel. Cette mouture idéologique en vogue chez certains jeunes issus principalement de la petite-bourgeoisie, s’abreuve à des fantasmes de l’aristocratie russe de la fin du 19e siècle (cf un Bakounine décontextualisé, etc.), assortis des débris d’un éclatement identitaire revendiqué plus ou moins clairement à travers l’adhésion à un relativisme culturel à la fois naïf et extrême, puisqu’il procède à la fois de la haine de soi et de l’adhésion à toutes sortes de régressions antimodernes et néotraditionnelles (cf les accommodements déraisonnables, etc.).
    Tout cela, renforcé d’ailleurs par l’influence de l’individualisme postmoderne, autorise à jeter aux poubelles de l’Histoire la nation, mais aussi la mémoire de la Résistance nationale, tout autant que la société et l’État. Notons que cet État est démonisé comme s’il était encore l’État tsariste, mais qu’on le reconnaît en même temps comme le destinataire privilégié de diverses revendications sociales et économiques !
    Dans cette ineffable confusion, il n’est pas étonnant que l’on voie certains de ces pseudo-anarchistes ennemis d’une nation québécoise – qui n’existe pas ! – voter allègrement NPD en occultant cette fois la nation néobritannique à laquelle on fait implicitement allégeance.
    Parmi les diverses dérives antisociales du pseudo-anarchisme actuel, notons les adeptes de la secte antipolicière, qui se spécialisent dans la complicité plus ou moins ouverte avec le capitalisme barbare, c’est à dire le crime organisé ethnique/sous-culturel. Les pseudo-anars les plus pittoresques de cette mouvance sont ceux du groupe Hors d’Oeuvre, qui célèbrent avec un cynisme marqué leur propre décadence.
    Une autre néotribu sectaire du dogmatisme noir regroupe les « Invisibles », qui s’inspirent de mythes bibliques (Apocalypse, etc.) pour prêcher une désintégration insurrectionnelle de la société au profit d’une régression communautariste néo-hyppie.
    Comme on peut le constater, ce “trip” urbain est passablement éloigné de l’esprit anarchiste et libertaire qui anime les luttes ouvrières et populaires depuis plus d’un siècle sur tous les continents, et qui prend son inspiration dans les révoltes des esclaves du monde antique.
    Yves Claudé – sociologue
    ycsocio[arobas]yahoo.ca

  • Archives de Vigile Répondre

    3 juin 2011

    Monsieur Maréchal,
    Votre réplique est assez dure, mais je n'en souhaitais pas moins en plaçant mon texte sur Vigile. Et sans être masochiste, je reconnais déjà l'éloquence d'une bonne part de vos arguments. Ils méritent d'ailleurs que je prenne le temps de réfléchir avant de m'avancer plus loin.
    Pour l'instant, je mets seulement en doute votre conclusion selon laquelle nous ne pouvons nous comprendre. Autrement je risque de devenir encore plus déprimant!
    Stéphane Robitaille