Israël et le Québec - La bêtise de nos élites

Géopolitique du Proche-Orient

Les réactions actuelles, au Québec, envers la guerre entre le Hezbollah et Israël sont pleines de leçons. Nos défauts nationaux s'y révèlent, comme sous un verre grossissant.
Ces dernières semaines, on aura célébré complaisamment les «valeurs québécoises». Tout le monde il est beau, tout le monde il est Québécois ! Tout le monde ? À quelques exceptions près, en particulier celles d'Israël et des États-Unis, puisque au nom de ces prétendues valeurs on s'est autorisé à vomir sur les Israéliens et sur les Américains.
Car ce vertuisme puéril a ses côtés sombres. Dieudonné->1209], l'homme du «Isra-Heil», est traité tel un demi-dieu chez nous (que le Québec branché en entier, Pierre Falardeau et Guy A. Lepage en tête, rie des blagues de ce sinistre antisémite est un signe accablant !); [Amin Khadir, l'un des chefs incontestés de la gauche québécoise, avoue, sans se gêner, ne pas écarter «la théorie voulant que les attentats du 11 septembre aient été le résultat d'un vaste complot» (La Presse du 7 juin 2006); et tandis que la haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, la Québécoise [Louise Arbour->1295], laisse entendre que les Israéliens sont des criminels de guerre, nos manifestants pro-Hezbollah pratiquent, dans les rues de Montréal, d'odieux amalgames. «Pire que les nazis», lisait-on sur une pancarte bilingue (en français et en arabe); «Israël a appris d'Hitler et l'élève a dépassé le maître», en disait une autre ! [...]
Dimension religieuse
Comment expliquer notre haine de l'État hébreu ? Il y a une dimension religieuse. L'antisémitisme, ce crime contre la première personne de la Sainte Trinité, s'enracine dans une erreur théologique. Beaucoup de catholiques, pratiquants ou non, sont imprégnés d'une espèce de marcionisme inconscient. Cela est très frappant dans le clergé actuel et chez les catholiques de gauche. Ils opposent, sans même toujours le savoir, l'Ancien Testament (considéré comme violent et belliciste) au Nouveau (qui serait doux et pacifiste).
Un reniement du Père est au coeur du mal québécois et le rejet de l'Ancien Testament ainsi que l'aversion envers Israël symbolisent cette haine du père, fondatrice de la société matriarcale québécoise née bien avant la Révolution tranquille, mais confortée par elle.
Les grands médias témoignent éloquemment de l'interminable puberté politique d'une nation parricide. Dans une candide lettre ouverte (Le Devoir du 22 juillet 2006), aussi enfantine qu'infantilisante, l'ex-premier ministre [Bernard Landry->1284] a conjuré Stephen Harper de se «concentrer sur la paix et de laisser à d'autres les attitudes agressives et simplistes qui ne correspondent pas à la vision de la nation québécoise dans la recherche de l'harmonie universelle». Mais le comble de la niaiserie fut peut-être atteint par André Boisclair, le chef du Parti québécois, qui, dans une lettre remplie de fautes d'orthographe et de syntaxe envoyée à une famille de Montréal terriblement éprouvée par la guerre, s'est empressé «d'ajouter [sa] voix au concert de ceux qui réclament une fin immédiate des hostilités» (sic).
«Les Québécois sont des gens de paix», soutient-il, après Landry et tant d'autres. Rien de plus sordide que la flatterie nationale. Non, ce n'est pas vrai, nous n'aimons pas la paix. Notre pacifisme est moins amour de la paix que haine de nous-mêmes, refus de notre identité occidentale et chrétienne.
Le pélagianisme politique québécois s'enracine davantage dans la détestation de la liberté et de ce qu'elle exige que dans l'amour de la paix. Ne pas croire au mal, ce n'est point s'en protéger ! Nos pacifistes sont d'ores et déjà les fossoyeurs de nos libertés. La mentalité antimilitariste et gauchisante québécoise forge en définitive un outil idéal pour l'islamisme et ses sbires.
«L'harmonie universelle» de M. Landry, mantra défaitiste qui appelle sans le savoir l'instauration d'un État ami des terroristes et ennemi de la liberté, consiste précisément à se draper de bonnes intentions plutôt que de considérer la nature des choses et de scruter un réel indépendant de nous, susceptible de contredire nos sentiments et nos inclinations. Derrière l'angélisme exterminateur d'un Landry ou d'un Boisclair se dissimule un secret espoir, que l'on peut bien nommer, pour épater la galerie, volonté d'harmonie universelle, mais dont la nature véritable est ce désir inavoué d'esclavage propre aux sociétés désagrégées par l'anomie et par l'angoisse qui lui succède toujours.
Le Québec fusionnel attire la barbarie avec le sourire béat de victimes pas tout à fait innocentes. [...] Cette société matriarcale qui se croit immunisée contre la violence augure le contraire de ce qu'elle pense prévenir. Le bouclier du Québec, sa muraille de Chine, sa ligne Maginot, c'est-à-dire son aveuglement politique abyssal, peut le protéger de tout, sauf de la réalité. [...]
Israël est un rempart. Le soldat israélien, au péril de sa vie, préserve nos libertés. Ce petit État, qui n'est pas sans faute (je crois, avec Daniel Pipes et Guy Millière, qu'il a eu tort au cours de la dernière décennie de ne pas suffisamment se faire craindre par ses ennemis), défend avec héroïsme les principes éternels de la civilisation. Et nous, ne sommes-nous pas les enfants ingrats de Jérusalem ? Le Québec appartient-il encore à l'Occident ? [...]
En choisissant de facto le Hezbollah, l'élite québécoise, bêtifiée autant que bêtifiante, s'est placée aux côtés des ennemis de la civilisation. Les Québécois, qui ne s'agenouillent plus devant Dieu, sont visiblement prêts à s'écraser devant les terroristes. Cette propension à inviter, à cajoler, à soutenir et à flatter les égorgeurs nous prépare, à moins d'un sérieux coup de barre que rien n'annonce, un avenir proprement désastreux. Nulle part en Amérique, un renouvellement des élites n'est plus urgent qu'au Québec.
Jean Renaud
_ Directeur de la rédaction, revue Égards
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Réplique
Beaucoup trop loin
Laurent Émond
_ Québec
Le Devoir lundi 7 août 2006
M. Jean Renaud, directeur de la revue Égard. Le Devoir recevra sans doute beaucoup de lettres pour vous répondre. Je n'avais pas le goût d'en ajouter une. Mais vous avez été trop loin, beaucoup trop loin.
La soeur d'une de mes amies québécoises d'origine libanaise est actuellement piégée au Liban. Je voudrais, au nom de tous les miens, m'excuser de certains de vos propos.
Je passe sur vos grands talents de psychanalyste de notre âme québécoise. Il y a plus important actuellement.
En votre nom et au nom de votre revue, vous avez affirmé : «Israël est un rempart. Le soldat israélien, au péril de sa vie, préserve nos libertés. Ce petit État, qui n'est pas sans faute (je crois, avec Daniel Pipes et Guy Millière, qu'il a eu tort au cours de la dernière décennie de ne pas suffisamment se faire craindre par ses ennemis), défend avec héroïsme les principes éternels de la civilisation. Et nous, ne sommes-nous pas les enfants ingrats de Jérusalem ? Le Québec appartient-il encore à l'Occident ?»
Je ne sais pas à quelle civilisation vous appartenez, mais ce n'est sûrement pas la mienne, ni de celles et de ceux que j'aime.
Aujourd'hui, j'espère seulement, naïvement je le sais, que les germes de la violence et de la haine n'étendront pas davantage leurs tentacules. J'espère seulement, avec beaucoup de candeur et de naïveté, qu'après autant de peurs et de souffrances, il y aura une petite place pour la paix.
Je vous laisse la défense de votre civilisation et je me contente d'espérer un peu d'amour et de tendresse entre les humains.

Est-ce faire preuve d'aveuglement que de croire que les Israéliens ne pourront vivre en sécurité et en paix tant que les Palestiniens n'auront pas droit à un pays et que les droits à la vie et la sécurité des Libanais seront bafoués ?


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