Influence, argent : ces affaires qui ont mené à l’inculpation de Benyamin Nétanyahou

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Le procureur général d’Israël, Avichaï Mandelblit, a finalement retenu tous les chefs d’inculpation avancés contre le premier ministre dès le mois de mars, dans l’acte qu’il a rendu public, jeudi 21 novembre. Benyamin Nétanyahou est poursuivi dans trois affaires distinctes, une fois pour corruption, et par trois fois pour fraude et abus de confiance.


Dans la plus grave, le « dossier 4 000 », il est accusé d’avoir fait modifier le cadre juridique régulant le marché des télécoms israélien, offrant à l’opérateur Bezeq un lourd avantage financier. En échange, son ancien propriétaire, le magnat Shaul Elovich (également inculpé), aurait facilité une couverture positive de M. Nétanyahou dans son média en ligne Walla !. L’accusation de corruption pourrait lui valoir dix ans de prison.


Jeudi soir, le premier ministre s’est indigné des méthodes d’interrogatoire employées par les enquêteurs dans cette affaire, sous l’autorité de l’ex-patron de la police, Roni Alsheikh, ancien numéro deux du service de sécurité intérieur, le Shin Bet. « Ils ont écrasé » le principal témoin, Nir Hefetz, ancien conseiller médiatique de la famille Nétanyahou. « Ils ont menacé de détruire sa famille, de lui prendre tous ses biens. Ils lui ont affirmé que ses enfants ne lui adresseraient plus la parole », a martelé le premier ministre.


M. Mandelblit estime que l’homme d’affaires et le premier ministre étaient liés par « une compréhension mutuelle : l’un et l’autre avaient des intérêts significatifs, que l’autre partie avait les moyens de faire progresser ». M. Nétanyahou aurait du reste fourni aux enquêteurs « des informations partielles et trompeuses » sur cette relation, cherchant à en masquer la nature.


Dans la seconde enquête, le « dossier 2 000 », le procureur a également retenu les accusations de fraude et d’abus de confiance, passibles de trois ans de prison. Cette affaire est fondée sur des conversations téléphoniques enregistrées par M. Nétayahou et par son interlocuteur, le patron de presse Arnon Mozes, lui aussi inculpé.


Il avait promis au propriétaire du grand quotidien Yediot Aharonot, une réduction, par le Parlement, de la circulation d’un rival, le journal gratuit de la droite, Israel Hayom. Cette entente n’était qu’éphémère. M. Nétanyahou n’a finalement échangé aucune faveur avec cet homme d’influence, auquel il s’est targué d’oser « faire la guerre », contrairement à ses prédécesseurs. Mais M. Mandelblit a conclu que ce jeu de dupes n’en était pas moins illégal.


Le « dossier 1 000 », enfin, résume le rapport complexe de M. Nétanyahou à l’argent. Le procureur estime qu’il a établi, avec son épouse, « une sorte de ligne d’approvisionnement » en biens de luxe – des cigares, du champagne, des bijoux et des voyages – en échange de faveurs rendues aux milliardaires israélien Arnon Milchan et australien James Packer. L’ensemble est évalué à 180 000 euros.


Habitué, dès les années 1980, à un style de vie flamboyant, grâce à l’aide de mécènes, M. Nétanyahou dispose d’une fortune personnelle évaluée à 12,6 millions d’euros par l’édition israélienne du magazine Forbes. Le premier ministre n’a jamais nié avoir profité des dons pour lesquels il est poursuivi. Il demeure cependant convaincu de n’avoir pas failli, selon son biographe, Anshel Pfeffer.


Au contraire, en servant son pays, en assumant des fonctions publiques aux salaires plafonnés, M. Nétanyahou a affirmé, par le passé, avoir sacrifié une carrière prometteuse dans le privé, aux Etats-Unis. Celle-ci l’aurait placé au rang des très riches hommes d’affaires qu’il aime à fréquenter. Durant une audition devant les policiers, il avait divisé ces donateurs en « frères », « amis », « admirateurs » et « croyants ».