Immigration : pour un débat éclairé

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« Le Québec reçoit beaucoup plus d’immigrants qu’il ne peut en accueillir (...) »


Il y avait manifestement quelques lacunes dans la réforme du PEQ par Simon Jolin-Barette (SJB), ce qui a obligé le gouvernement à reculer pour retourner à sa planche à dessin – on pensera notamment à l’absence d’une clause de droits acquis, comme cela a été reconnu dès la première journée. Si la réforme de ce programme est nécessaire, elle avait besoin d'ajustements significatifs. Que le ministre les fasse. 


Mais on ne se trompera pas: si la charge contre SJB était aussi forte, c’est parce qu’il s’est aventuré sur un terrain jugé interdit par une bonne partie du commentariat et par certains corporatismes puissants: celui de l’immigration. Quiconque s’y engage sans répéter le discours diversitaire est accusé de verser dans le «populisme», pour reprendre l’insulte utilisée par un éditorialiste radio-canadien.  


Le message est clair: on ne saurait vouloir ramener les seuils d’immigration à la baisse ou resserrer les critères d’entrée au pays sans basculer dans le registre du repli identitaire. Il s’agirait toujours d’une basse manœuvre pour flatter les plus viles passions. Plus encore, il s’agirait d’une décision économique calamiteuse. Une bonne partie de nos élites, au fond d’elles-mêmes, souhaiterait surtout augmenter les seuils. Ces dernières y voient l’expression d’une rationalité économique indiscutable. Leur logique, c'est celle du toujours plus. 


L’objectif de cette charge médiatique est évident: il faut dissuader le gouvernement de revenir d’une manière ou d’une autre sur la question de l’immigration. Il s’agit de le traumatiser et de refaire de l’immigration une question interdite, sauf lorsqu’il s’agit de toujours ouvrir davantage les frontières, pour des raisons que l’on dit à la fois économiques et humanitaires. Les corporatismes consacrés vont même plus loin: le Québec se ferait mal lui-même en abordant ce dossier autrement. 


Toujours, on mettra de l’avant des témoignages qui se veulent bouleversants, et qui seraient révélateurs du manque d’humanité des autorités. Assurément, certains témoignages méritent d’être entendus, et le politique doit en tenir compte. La fermeté n’est pas l’inflexibilité. Il ne s'agit évidemment pas de diaboliser les immigrés - une telle posture serait odieuse. On ne remettra pas non plus en questions les ambitions légitimes des nouveaux arrivants qui veulent d'abord et avant s'installer ici pour améliorer leur situation en rejoignant une société prospère, dynamique et généreuse. Mais pour l'instant, personne ne verse dans ce travers. Et cela dit, on ne saurait renoncer aux grandes visions d’ensemble et aux choix politiques nécessaires aux intérêts du Québec. 


Le Québec reçoit beaucoup plus d’immigrants qu’il ne peut en accueillir, et l’échec à grande échelle de l’intégration le confirme, comme on le constate avec l’anglicisation de Montréal et de Laval. Mais puisqu’on ne cesse de ramener à la baisse les critères pour définir la réussite de l’intégration, on ne parvient pas à nommer cette réalité. La séparation de plus en plus marquée entre la région métropolitaine et le reste du Québec devrait pourtant nous inquiéter - pour le dire d'un euphémisme.  


Faut-il dire que le gouvernement ne s’appuie pas sur un tel constat pour justifier ses réformes, comme si pesait encore la censure sur les effets politiques et culturels de l’immigration massive. Peut-être n'est-il pas convaincu lui-même par les arguments qui se situent sur ce registre? Il préfère s’en tenir à un argumentaire économique en liant la politique migratoire aux besoins du marché du travail, sans oser remettre en question le mythe de la pénurie de main d’œuvre. Il a au moins le mérite de définir sa politique selon sa vision de nos intérêts nationaux. On peut remettre en question ses choix, évidemment, mais on ne saurait douter de sa bonne volonté. 


Le gouvernement du Québec, s’il doit mieux se préparer, ne doit pas se laisser intimider. Le politique est en droit d’agir sur ce domaine de notre vie collective. S’il veut mener à terme sa réforme, le gouvernement du Québec devra toutefois accepter qu’elle ne fera pas l’unanimité. Il aura contre lui la droite patronale et la gauche multiculturaliste, et plusieurs lobbies qui d'une manière ou d'une autre, tirent avantage de la situation actuelle. C’est en les affrontant sans hargne mais avec fermeté et avec l'objectif de servir les intérêts du Québec qu’il saura délivrer l’espace public de la pesante idéologie qui inhibe le débat démocratique.