Immigration: et si la solution passait par les villes?

Commission BT - le rapport «Fonder l’avenir - Le temps de la conciliation»


Porter, Isabelle - Québec - Confrontées à d'urgents besoins de main-d'oeuvre, les villes cherchent à prendre des initiatives dans le dossier de l'immigration. Des efforts encouragés par Gérard Bouchard et Charles Taylor dans leur rapport. La question est maintenant de savoir si cela fonctionne.
MM. Bouchard et Taylor se demandent si les régions et villes ne pourraient pas en faire davantage. «Est-il irréaliste de penser que le ministère [...] pourrait, dans un esprit de décentralisation, déléguer davantage de responsabilités à des instances régionales?», écrivent-ils. «Il en résulterait une plus grande motivation dans les régions pour accueillir les immigrants.»
Le hasard faisant bien les choses, cet enjeu était justement discuté hier lors des Rencontres Champlain-Montaigne de l'Université Laval en présence d'experts français et québécois. Lors des échanges, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a déclaré que le recours aux villes pourrait contribuer «à faire reculer l'idéologie et à faire triompher un peu plus le pragmatisme» en ces matières.
Pour le politologue Christian Poirier, qui prononçait hier une allocution à l'Université Laval, il s'agit d'une avenue très prometteuse. «Je suis extrêmement optimiste par rapport au développement de ce nouveau modèle», a déclaré le professeur, qui a agi comme consultant à la Ville de Gatineau, où on vient de se doter d'une nouvelle «Politique de gestion de la diversité culturelle».
Après Montréal, Gatineau est le plus grand pôle d'immigration au Québec et le taux de rétention des immigrants y atteint les 94 %, souligne-t-il. «Ils ont voulu anticiper certains problèmes qui pourraient surgir. Le débat sur les accommodements raisonnables est apparu et ils voulaient ne plus être en mode réaction [...] On veut mettre en contact les immigrants avec les structures d'accueil, les intégrer dans le système... »
Voilà de belles intentions qui laissent le milieu communautaire perplexe dans la mesure où les villes et les régions n'ont pas de pouvoirs en tant que tels en matière d'immigration. «Le gouvernement fait des efforts pour décentraliser depuis trois ou quatre ans à travers des ententes avec les régions, mais ça reste assez faible, constate Stephan Reichhold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). On se demande si l'objectif ne vise pas tout simplement à refiler la facture aux instances régionales.»
Certains craignent en outre que l'arrivée de nouveaux acteurs dans le dossier ne rende tout cela plus compliqué. «Avec l'entrée récente des villes et pouvoirs locaux, est-ce qu'on n'est pas en train de devenir encore un peu plus confus?», demandait la directrice de la CRE de Québec, Josée Tremblay, hier.
À Québec, où le taux de chômage est très bas mais les immigrants peu nombreux, le sujet suscite énormément d'intérêt. Si la politique du maire Régis Labeaume se fait toujours attendre, la Conférence régionale des élus (CRE) est plus avancée. Au terme d'un examen approfondi, l'organisme, qui couvre un territoire s'étirant de Portneuf à La Malbaie, en a conclu qu'il fallait surtout soutenir les services qui existent déjà à l'échelle locale. «Nous avons compris que l'intégration passe d'abord par le local, qui vise à élaborer des stratégies précises», a expliqué Mme Tremblay lors du colloque, en précisant que la CRE avait décidé avant tout de «miser sur l'expérience du milieu communautaire».
Forts de cette expérience, les principaux intéressés répondent qu'on ne récolte rien sans efforts soutenus. «Pour offrir des services d'immigration en région, ça coûte beaucoup plus cher parce que c'est à une plus petite échelle, souligne Stephan Reichhold. C'est un choix de société: est-ce qu'on est prêt à investir ou on préfère donner un peu d'argent et laisser les gens se débrouiller?»


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