Encore la réforme...

Éducation au Québec — effondrement du système



Au débat endémique qui sévit dans les médias relativement à la réforme de l'éducation, et particulièrement à l'apprentissage du français, j'ose apporter ma modeste contribution pour vous dire mon exaspération de lire et d'entendre le discours abscons de certains savants didacticiens, spécialistes patentés de l'éducation, d'autant plus écoutés qu'ils planent très haut dans les sphères éthérées de la maïeutique, de l'heuristique, de la praxis pédagogique, et qui expérimentent depuis 40 ans, sur les élèves du Québec, des théories fragiles qu'on a parfois abandonnées ailleurs.

Bien que les intentions soient bonnes -- assurer la réussite du plus grand nombre --, on a cru nécessaire de jeter ce qui fonctionnait et de le remplacer par l'improvisation, les essais, suivis de ratés successifs et d'un décrochage qui oscille encore autour de 40 % dans certaines régions.
Voici ma petite expérience. J'ai eu la chance d'aller à l'école avant l'ère des réformes. La théorie se résumait alors au sens commun. On nous faisait donc commencer par la base de la langue: lettres, voyelles, consonnes, leur assemblage en sons puis en mots. La lecture venait après. Puis la grammaire. Un peu plus tard, nous avions des dictées, presque tous les jours. Lors de la correction, l'institutrice nous expliquait le sens des mots, les règles de grammaire, nous indiquait l'orthographe et ses raisons. Nous nous corrigions nous-mêmes, ou bien deux voisins échangeaient leurs cahiers. De plus, on nous faisait lire. À l'âge de 13 ans, ce régime m'avait permis, à moi comme à d'autres, d'écrire en phrases convenables et généralement sans faute.
Québec laboratoire
Plus tard, je devins président de commission scolaire et je découvris la frénésie du changement, assaisonné parfois de relents marxistes. Pour le français, il y eut les méthodes «globale», puis «dynamique», puis «sablier», etc. Pour l'arithmétique, on n'exigeait plus des élèves qu'ils mémorisent les tables de multiplication et autres: la calculette ou les doigts faisaient l'affaire. L'enseignement de l'histoire se perdit dans les marécages de l'indifférence... Mettre en place un projet-pilote avant d'implanter un nouveau programme était considéré comme une perte de temps. Le Québec était devenu un vaste champ d'expérimentation.
Par la suite, chez des étudiants de tous niveaux -- secondaire, collégial, universitaire -- et aussi dans mon milieu de travail (la santé), je découvris l'échec du laxisme du système et des théories fumeuses qu'on avait essayées pour apprendre aux jeunes à s'exprimer par écrit. Malgré moi, les circonstances m'amenèrent à devenir, pour plusieurs, un mentor, voire un précepteur, tellement il y avait parfois du retard à rattraper: articulation de la pensée, vocabulaire, structure de la phrase, syntaxe, orthographe. Ma mère, qui avait dû abandonner l'école à 10 ans, avait appris à lire et à écrire selon la méthode traditionnelle, jugée aujourd'hui «dépassée». Elle exprimait néanmoins sa pensée clairement, avec peu de fautes, ce que pourraient lui envier bien des diplômés d'aujourd'hui. C'est dire!
Les jeunes d'aujourd'hui et leurs enseignants ne sont pas moins pourvus de talent que ceux d'autrefois. Je perçois cependant un profond malaise chez les enseignants. Bien sûr, il y a les problèmes récurrents: classes nombreuses, manque de ressources spécialisées pour les enfants en difficulté, indifférence de certains parents, difficulté aussi de comprendre le nouveau langage... Mais ce qui ressort clairement, c'est la confusion autour de la réforme en cours. Et la confusion émane principalement du ministère de l'Éducation.
Confusion ministérielle
C'est la tergiversation, l'atermoiement continu du haut en bas du système. Les enseignants reçoivent des avis contradictoires, du matériel pédagogique qui paraît souvent improvisé; ils participent à des réunions qui tournent en rond, faute de directives claires. Bref, rien pour les motiver. Pendant ce temps, nos enfants de quatrième année du primaire, issus de la réforme de l'éducation, sont moins bons que leurs prédécesseurs en lecture (voir le classement du Programme international de recherche en lecture scolaire). Alors, que faire?
Avec raison, la réforme en cours en inquiète plusieurs. Pourquoi ne pas y surseoir pour un temps, afin de permettre aux enseignants de respirer un peu et aux dirigeants de mieux se préparer à une implantation réussie? Beaucoup souhaitent revenir aux bases de l'éducation, garder ce qui a fait ses preuves, sortir du charabia des théoriciens: socioconstructivisme, compétences transversales et autres vocables hermétiques que seuls les initiés comprennent. À cet égard, j'estime qu'on doit d'abord mettre l'accent sur les connaissances et que les compétences viendront après.
Quant au bulletin, il doit d'abord être clair. Pour que tout le monde s'y retrouve, l'évaluation des connaissances devrait y apparaître en chiffres. Mais pour les compétences, qui sont l'application des connaissances acquises, une évaluation chiffrée, qui reflète vraiment la réalité, est impraticable. Comment, en effet, quantifier des observations qui sont par nature principalement d'ordre qualitatif?
On devrait donc utiliser des lettres, assorties d'explications appropriées. Il faut remettre la dictée à l'honneur. Si elle doit être fréquente, elle n'a pas besoin d'être longue, quelques phrases suffisent. L'important, ce sont la correction et les explications qui l'accompagnent. Enfin, il faut favoriser dès le plus bas âge l'amour des livres et, par tous les moyens, la lecture à la maison et à l'école. Selon un récent rapport d'un organisme de l'ONU, 49 % des Québécois seraient analphabètes fonctionnels. Nous devons faire mieux!
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Benoît Lafontaine, Québec
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