(En)jeu afghan

Afghanistan - une guerre masquée

Trois décès en moins d'une semaine. Les militaires de Valcartier n'ont pas attendu longtemps avant de payer le prix fort pour leur présence en Afghanistan. Un sacrifice lourd, mais que le premier ministre Stephen Harper n'a pas cru bon relever lors de son passage à Victoriaville dimanche. Il s'est contenté de remercier vaguement les hommes et les femmes «qui se portent "bénévoles" [sic] et se retrouvent à des endroits dangereux pour défendre nos valeurs et améliorer la vie de nos semblables». Le mot «Afghanistan» n'a même pas franchi ses lèvres.
C'est pourtant la moindre des choses, quand on prend la décision grave d'envoyer ces mêmes hommes et femmes au combat, de reconnaître leur tribut autrement qu'en passant. C'est la moindre des choses aussi, quand on connaît l'opposition farouche qui persiste au Québec à l'endroit de cette mission, d'y expliquer avec courage les raisons qui justifient le maintien de ces troupes en Afghanistan. M. Harper y croirait-il moins? Ou jugerait-il sa politique afghane moins rentable politiquement à la veille d'élections partielles?
Depuis la fin de juin, on ne sait plus trop en effet à quelle enseigne loge M. Harper. Lui qui disait au printemps dernier qu'on ne pouvait se donner un échéancier arbitraire pour mettre fin à la mission de combat a dit à la fin de la session parlementaire qu'il faudrait maintenant un consensus du Parlement pour poursuivre la mission afghane au-delà de février 2009. Mais quelle mission? Car il a ajouté quelques jours plus tard que le mandat pourrait changer après cette date et ainsi permettre de maintenir une présence militaire en Afghanistan. On a beau lire et relire ses déclarations, il est toujours impossible de savoir clairement autour de quel mandat précis il voudrait amener les parlementaires à s'entendre. Ou encore quelle serait sa préférence pour l'après-février 2009.
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Peu importe ce qu'on pense de la position des autres partis, elles ont le mérite, elles, d'être claires, contrairement à ce que certains croient. Sans égard à la réputation du Canada vis-à-vis de ses alliés, le NPD exige le retrait immédiat de toutes les troupes canadiennes d'Afghanistan. Il ne veut pas discuter d'un hypothétique nouveau mandat. Si le gouvernement en propose un, il en jugera à ce moment-là, mais pour l'instant, il estime que l'opération militaire tourne à l'échec.
Le Bloc québécois, qui n'a aucun vote à gagner ailleurs au pays, aurait pu s'en tenir à des calculs électoraux et défendre le retrait immédiat que souhaite la majorité des Québécois. Il a plutôt choisi la cohérence. Le Bloc a appuyé dès 2001 la participation du Canada à la mission multilatérale en Afghanistan. Il s'est opposé cependant à ce que la mission de combat dans la province de Kandahar se prolonge au-delà de février 2007. Trop de questions restaient sans réponse, disait son chef Gilles Duceppe. Les conservateurs et une poignée de libéraux en ont décidé autrement au printemps 2006. L'engagement étant pris jusqu'en février 2009, le Bloc a défendu son respect mais exigé la fin du volet offensif une fois cette échéance passée.
Cette exigence n'est toutefois pas synonyme de retrait complet de l'Afghanistan. Le Bloc parle de «rééquilibrage de la mission». Les troupes pourraient être déployées ailleurs mais en appui à une approche canadienne mettant l'accent sur les volets diplomatique et humanitaire. Gilles Duceppe est revenu à la charge la semaine dernière, à l'issue de la réunion de son caucus. Il a averti le gouvernement Harper que tout nouveau discours du Trône devra annoncer la fin de la mission de combat à Kandahar et non seulement la tenue d'un vote. Sinon, le Bloc votera contre le plan conservateur, quitte à provoquer des élections précipitées.
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Les libéraux, divisés au printemps 2006 lors du vote sur la prolongation de la mission de combat, offrent un front uni depuis l'élection de Stéphane Dion à la direction du PLC. Leur position se distingue de celle du Bloc de deux manières. D'abord, les libéraux exigent que le gouvernement avise immédiatement l'OTAN de la fin de la mission de combat canadienne en février 2009 afin de permettre à l'alliance de planifier la relève. Ce n'est qu'ensuite, explique le porte-parole libéral en matière de défense, Denis Coderre, que le parti discutera d'un éventuel mandat ultérieur des forces canadiennes en Afghanistan. En conférence de presse à la veille du Sommet de Montebello, le chef Stéphane Dion a dit être ouvert à un autre genre de mission «en Afghanistan ou ailleurs dans le monde». Il a évoqué la formation de l'armée afghane et le maintien de la sécurité dans certaines provinces, mais il n'a pas donné plus de détails.
Quoi qu'en pense le ministre Michael Fortier, c'est quand même le Parti conservateur qui joue sur tous les tableaux à la fois dans ce dossier. Aux opposants à la mission, en particulier au Québec, le gouvernement rappelle que la mission ne pourra être prolongée sans un vote favorable des députés, ce qui est à peu près impossible. Ainsi, pour calmer la majorité des Québécois, le gouvernement conservateur remet le sort de la mission entre les mains des autres partis et évite de se commettre. Du même coup, les conservateurs ménagent la susceptibilité des supporteurs de la mission de combat, dont bon nombre appuient le PC. Ces partisans pourront donc éventuellement blâmer l'opposition pour la remise en question de la mission actuelle.
Il est difficile de trouver cette attitude courageuse. Que le gouvernement veuille respecter la volonté du Parlement est à son honneur, mais il a aussi le devoir d'exposer la proposition qu'il compte soumettre au vote. L'électeur qui doit se prononcer au cours des trois élections partielles en cours au Québec ne sait pas, pour l'instant, ce qu'un éventuel député conservateur fera dans ce dossier. Il promet la tenue d'un vote, mais sur quoi? La réponse viendra peut-être dans un éventuel discours du Trône, mais le contenu de ce dernier, s'il survient, ne sera connu que quelques semaines après les partielles du 17 septembre.
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mcornellier@ledevoir.com


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