Droit de prière à l'ETS: une «victoire partielle»

Par Caroline Touzin

ETS - Religion et intégration


Farid Ghanem est amer. L'ex-étudiant de l'École de technologie supérieure (ETS) est à l'origine de la plainte pour discrimination fondée sur la religion contre son ancienne université. Il se dit «très déçu» d'avoir perdu «deux précieuses années de sa vie» pour une «victoire partielle» devant la Commission des droits de la personne.
La Commission a exigé mercredi que l'ETS permette aux musulmans «de prier, sur une base régulière, dans des conditions qui respectent leur droit à la sauvegarde de leur dignité». Ces derniers, faute de local de prière, ont prié dans les escaliers de l'université jusqu'en 2002. À partir de 2002, la direction leur a demandé d'en libérer l'accès en tout temps.
Pour M. Ghanem, ce n'est pas suffisant. «La décision de la Commission envoie un mauvais message aux institutions publiques:» Vous pouvez violer les droits des musulmans et les harceler et vous ne risquez rien. On vous donne un délai de trois ans pour faire l'enquête, puis si la preuve est incontestable, on vous donne 60 jours pour redresser les choses. «Et c'est tout. Même pas une motion de blâme», a-t-il dit en conférence de presse, hier, à Montréal.
Le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) a déposé deux plaintes à la Commission en 2003, respectivement au nom de Farid Ghanem et de 113 étudiants. Il souhaitait quatre «mesures de redressement». Une seule a été retenue, soit l'espace de prière, déplore-t-il.
La Commission a donné raison à l'ETS de ne pas accorder un statut officiel à l'association des étudiants musulmans en raison de sa mission laïque. Le CRARR aurait aussi voulu l'adoption d'une politique institutionnelle contre le racisme, une compensation financière pour les dommages subis par M. Ghanem (35 000 $) et les 113 étudiants (10 000 $ chacun) ainsi que des excuses publiques de l'ETS.
«Nous avons la nette impression que la Commission a voulu éviter une décision controversée qui aurait pu coûter cher à l'ETS», a dit le directeur général du CRARR, Fo Niemi.
À l'époque, M. Ghanem, 32 ans, a abandonné son doctorat à l'ETS pour protester contre l'attitude de l'université. Il avait alors une excellente moyenne, soit A. «Lorsque je venais à l'ETS, j'avais l'impression d'aller sur un terrain de combat et non pas pour faire de la recherche scientifique.»
Le musulman a un message à lancer aux Québécois qui ne comprennent pas la raison de sa plainte. «Ce sont les valeurs du Québec et du Canada que nous défendons. (...) Il faut que toutes les communautés aient accès aux institutions québécoises de manière égale», a-t-il lancé. L'homme se retire du combat pour finir son doctorat dans une autre université, l'Institut national de la recherche scientifique.
Ce sera donc au CRARR de s'asseoir avec l'ETS pour trouver un accommodement raisonnable. Le Conseil musulman de Montréal, aussi présent à la conférence de presse, est d'accord pour «repartir à zéro» avec l'ETS afin de devenir un «modèle de collaboration», selon son président Salam Elmenyawi.
La direction de l'ETS tiendra une conférence de presse lundi pour commenter en détail la décision de la Commission.


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