Des étudiants musulmans ont gain de cause

ETS - Religion et intégration


Les prières dans les cages d'escalier tirent à leur fin pour les étudiants musulmans du Québec. La Commission des droits de la personne a déclaré hier que l'École de technologie supérieure (ETS) de Montréal doit permettre aux musulmans «de prier, sur une base régulière, dans des conditions qui respectent leur droit à la sauvegarde de leur dignité».
L'université n'a pas à réserver un local aux musulmans, faute de quoi elle devra faire de même pour les bouddhistes, les hindous ou les catholiques. Une lieu multiconfessionnel serait un très bon «accommodement raisonnable», estime la Commission.
Reste à savoir si un local servira exclusivement à la prière ou si les musulmans devront se contenter de classes vides. L'ETS dispose de 60 jours pour proposer une solution aux 113 étudiants musulmans qui ont porté plainte pour «discrimination fondée sur la religion et l'origine ethnique ou nationale», en avril 2003. La Commission fournira une «aide professionnelle» visant à faciliter l'accord.
«Les étudiants musulmans ont le droit de ne pas avoir à choisir entre la pratique de leur religion et la fréquentation d'une université comme l'ETS», a dit hier en conférence de presse Marc-André Dowd, président par intérim de la Commission. La liberté de religion inclut sa mise en pratique, si bien que «la prière est protégée» par la Charte des droits et libertés de la personne, a-t-il ajouté.
Pour sa défense, l'ETS a fait valoir son caractère laïque. Il ne la dispense pourtant pas «de son obligation d'accommodement envers les étudiants de religion musulmane», a tranché la Commission.
Une mosquée à 200 mètres
«Nous allons analyser la situation avec nos procureurs de façon très attentive», a indiqué Jean Morin, directeur des communications de l'ETS. «Il y a des éléments qui nous paraissent d'une clarté assez évidente», a-t-il précisé. Plus de détails sur la position de l'institution seront donnés lundi, lors d'une conférence de presse.
«Tout va bien à l'ETS, a ajouté M. Morin. Nos salles de cours sont disponibles de 7h le matin à 22h en soirée (pour la prière). Et il y a une mosquée tout près de l'ETS, à moins de 200 mètres.» Le bail du local qui abrite cette dernière est toutefois renouvelé tous les mois, ce qui n'en assure pas la pérennité, a précisé M. Dowd. Quant aux classes, elles sont souvent fermées à clé ou occupées par d'autres étudiants, selon les musulmans.
C'est depuis 1997 qu'un lieu de prière est réclamé par les musulmans à l'ETS, selon l'enquête de la Commission. Les étudiants priaient alors dans un local vide ou dans les escaliers, une pratique informelle tolérée par la direction. En 2002, l'ETS a demandé de libérer l'escalier en tout temps. Elle a ensuite empêché un étudiant de garder les tapis de prière dans sa case, sous prétexte que cette dernière n'était pas cadenassée. Les relations entre les deux parties se sont envenimées.
Pour les musulmans, il est obligatoire de prier cinq fois par jour, à des temps précis de la journée. Des ablutions (lavage du visage, des mains et des pieds) doivent précéder le recueillement, bien que certains se contentent de gouttes d'eau symboliques. Dans les toilettes de l'ETS, un pictogramme indique que le lavage des pieds est interdit, ce que les 113 plaignants percevaient comme discriminatoire. Cela n'a pas été retenu par la Commission.
L'affiche était toujours en place hier à l'ETS. Un étudiant musulman rencontré par La Presse, qui a refusé de s'identifier de peur de représailles, s'est réjoui de la décision de la Commission. «C'est une bonne nouvelle, a dit l'homme portant la barbe. Que nous ayons à partager un local avec des gens d'autres religions, c'est ce que nous demandons depuis le début. L'essentiel, c'est que nous puissions faire la prière. On ne demande rien d'extraordinaire.»
Khaled Ameur, autre étudiant musulman, ignorait qu'une salle de prière était réclamée. «Pourquoi favoriserait-on une religion plutôt qu'une autre? a-t-il demandé. Qu'il n'y ait pas de salle de prière ne me pose pas de problème. Il n'y a d'ailleurs pas d'église, ici.» Un local multiconfessionnel trouverait toutefois grâce à ses yeux.
Yannick Taracona, étudiant non musulman, n'y voit quant à lui aucun mal. «Qu'il y ait une salle de prière, pourquoi pas? a-t-il dit. Il y a bien une salle de musculation!»


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