L'affrontement se poursuit

l'«accommodement raisonnable»

L'École de technologie supérieure (ETS) de l'Université du Québec a mis cinq jours à réagir à la décision de la Commission des droits de la personne dans le dossier des lieux de prière pour les musulmans. Poursuite d'un côté, réponse sibylline de l'autre, il est difficile de croire qu'un compromis sera trouvé dans les 60 jours accordés par la Commission.

Dans la décision qu'elle a rendue la semaine dernière, la Commission des droits de la personne avait rejeté trois des quatre plaintes portées en 2003 par un groupe de 113 étudiants de religion musulmane. Non, les cadres de l'ETS n'avaient pas tenu de propos discriminatoires; non, le refus de reconnaissance officielle d'une association religieuse et la présence de pictogrammes interdisant de se laver les pieds dans les lavabos n'étaient pas discriminatoires.
En revanche, la Commission reprochait à l'ETS de ne pas avoir fait le nécessaire pour faciliter la tenue de la prière dans des conditions acceptables. Malgré sa mission laïque, précisait la Commission, l'ETS reste soumise à l'obligation d'«accommodement raisonnable» en matière de pratique religieuse considérée comme un droit fondamental par la charte.
Devant une décision que l'on pourrait qualifier dans son ensemble de plutôt favorable à la direction de l'établissement compte tenu de l'importance des accusations, on se serait attendu à ce que celle-ci réagisse avec ouverture et propose une solution que les étudiants ne pourraient pas refuser. Or ce qui transpire du communiqué et des propos tenus lors de la conférence de presse d'hier laisse présager le contraire. Tout ce que dit le communiqué, c'est que 56 salles de cours sont libres pour un total de 1300 heures par semaine, avant de conclure laconiquement que «cette grande disponibilité des locaux fait en sorte que l'ETS estime fournir un accommodement raisonnable».
Or, l'accommodement raisonnable exige un peu plus. Pas un local exclusif, mais un minimum d'organisation. Par exemple, l'école pourrait choisir un local qui serait désormais réservé pour le recueillement, comme cela se fait ailleurs. Si ce n'est pas possible, elle pourrait facilement concevoir un horaire de réservation de salles de classe disponibles aux heures nécessaires, et l'indiquer à l'entrée du local pour éviter que des étudiants ne s'y installent pour travailler en équipe.

L'attitude réfractaire de la direction de l'ETS est-elle due à l'absurde poursuite en dommages de plus d'un million de dollars intentée par les étudiants ? Peu importe, c'est à la direction de l'Université qu'il appartient de répondre aux exigences de la Commission et c'est elle qui contrôle la logistique.
Quant aux étudiants, ils ont aussi leur part de responsabilité. D'abord, celle d'accepter toute proposition raisonnable qui pourrait leur être faite par l'Université; ensuite, celle de prendre contact avec la mosquée située à proximité de l'ETS pour étudier la possibilité d'en faire ce lieu de prière idéal. Quand on a les moyens d'entreprendre une action en justice contre son université, on a certainement les moyens de contribuer au financement de sa mosquée.
Avec les jugements récents de la Cour suprême et l'accroissement rapide du nombre d'immigrants croyants, certains Québécois s'imaginent revenus cinquante ans en arrière. Or, au lieu de chercher l'affrontement, il vaut cent fois mieux mettre son énergie à défendre et à promouvoir les autres droits fondamentaux, tels que la liberté d'expression et l'égalité des sexes, qui imposent leurs propres limites à certaines pratiques religieuses discriminatoires et obscurantistes.


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