Dion s'attire les moqueries

Ses attaques contre le budget lui explosent au visage

F7d240827f4bea0f521ee6748c386743

Stéphane Dion - "clairement", la fin des haricots

Ottawa -- Le chef libéral Stéphane Dion s'est attiré les moqueries des autres chefs de parti fédéraux hier en critiquant en termes très forts le budget conservateur qu'il a décidé de laisser quand même passer. Tous lui reprochent un manque de crédibilité.
Au lendemain du dépôt du budget conservateur, Stéphane Dion a tenté de jouer son rôle de leader de l'opposition officielle à la Chambre des communes, par tradition opposé aux énoncés budgétaires du gouvernement, en s'en prenant avec virulence au bébé du ministre des Finances, Jim Flaherty. Ses attaques lui ont explosé au visage. «Après une décennie de dur labeur des Canadiens et de saine gestion libérale, ce gouvernement conservateur avait hérité d'une situation financière solide qu'il a dilapidée en deux ans», a lancé M. Dion à la Chambre des communes. «Le premier ministre réalise-t-il que son budget d'hier n'aurait pas été aussi modeste s'il avait fait preuve de leadership, de vision et de prudence dans la gestion des finances publiques?»
La réponse du premier ministre est arrivée, cinglante. «J'aimerais parler de leadership, de vision et de crédibilité. J'aimerais dire au leader de l'opposition officielle que, lorsqu'il fait ses attaques féroces contre un budget qu'il a l'intention de laisser passer, il n'est tout simplement pas crédible.»
Le constat de Stephen Harper était partagé par ses homologues bloquiste et néo-démocrate, qui ne se sont pas fait prier pour se payer la tête de Stéphane Dion.
Gilles Duceppe s'est dit «un peu surpris par le ton plutôt agressif, les dénonciations du budget. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a une incohérence entre le discours et le geste posé. Les Anglais disent: "He doesn't walk the talk."»
De son côté, Jack Layton estime que les libéraux ont eu peur de la défaite électorale. «C'est évident que les libéraux et M. Dion mettent en avant leurs propres emplois [de députés] au lieu, par exemple, des emplois des travailleurs, qui sont en train de perdre le leur.» M. Layton croit que les électeurs se rebelleront contre un parti qui permet à Stephen Harper de procéder avec son ordre du jour conservateur.
Son lieutenant politique au Québec, Thomas Mulcair, en a rajouté. «Il y a des gens qui ont jadis voté pour le Parti libéral du Canada qui commencent à être terriblement gênés et ils vont donner leur appui au NPD parce que nous, au moins, on a des positions claires sur un ensemble de dossiers qui affectent les familles dans leur vie de tous les jours.»
Un vote assuré
Le premier vote sur le budget aura lieu ce soir. Il portera, comme la procédure parlementaire le veut, sur un sous-amendement présenté par le Bloc québécois stipulant que les surplus budgétaires auraient dû être utilisés pour aider les travailleurs, les personnes âgées ou encore pour financer l'éducation postsecondaire.
La Chambre devra ensuite se prononcer sur l'amendement libéral, qui a la même valeur qu'un vote de confiance. Son libellé, selon lequel le budget contient «quelques initiatives qui tentent d'imiter la politique sensée et intelligente du Parti libéral» mais «démontre, comme le NPD, une absence de prudence fiscale», fait sourire par son ingénuité. Cet amendement devra être défait par la Chambre des communes pour que le gouvernement puisse rester en poste.
On ignore encore si les libéraux resteront une fois de plus assis sur leur siège parlementaire au moment du vote final sur le budget lui-même ou s'ils voteront contre tout en s'assurant d'être en nombre insuffisant pour renverser le gouvernement de Stephen Harper. «Nous trouverons une façon de ne pas renverser ce gouvernement tout en exprimant notre mécontentement», s'est borné à dire M. Dion. Les libéraux occupent à l'heure actuelle 93 sièges à la Chambre des communes, contre 126 pour les conservateurs, 49 pour le Bloc et 30 pour le NPD.
La plupart des libéraux ont salué la décision de leur chef de ne pas provoquer une bataille électorale dans cette situation. Le sénateur David Smith, par exemple, grand et influent argentier du Parti libéral, se réjouissait. «Il la provoquera lorsqu'il pensera que nous sommes en mesure de gagner. C'est une décision stratégique. Nous ne leur [les conservateurs] offrirons pas les élections qu'ils désirent sur un plateau d'argent. Je crois qu'il a pris la bonne décision. Nous sommes prêts. Serons-nous encore plus prêts dans quelques semaines? Oui. Mais nous sommes prêts.»
M. Smith s'était fait remarquer en déclarant publiquement le week-end dernier que le PLC n'était pas prêt à aller en campagne électorale, un aveu candide que certains avaient trouvé démoralisant pour les militants. «Nous avons fait beaucoup de progrès en deux semaines», a dit M. Smith hier pour expliquer cette apparente contradiction.
Stéphane Dion a joué aussi la carte de la stratégie. «Nous choisirons notre moment et ce pourrait être n'importe quand», a-t-il dit à la sortie de la réunion de son caucus. «Ce gouvernement ne mérite pas la confiance des Canadiens. Il faut le remplacer et nous choisirons notre moment. J'ai dit cela en décembre et je le répète aujourd'hui.»
Le Bloc a sauvé ses sous
Les élections évitées, les partis politiques ont donc remisé, pour l'instant du moins, leurs préparatifs électoraux. Au Bloc québécois, par exemple, les photos officielles du chef avaient été prises. Mais M. Duceppe s'est félicité que les derniers préparatifs coûteux, comme l'impression des affiches et la transformation des autobus de campagne, n'avaient pas été mis en branle. «On n'a pas actionné le bouton», a-t-il dit. La dernière fausse alerte électorale de mai 2005 avait coûté près de 600 000 $ au Bloc québécois. «On ne l'a pas fait. Ça n'a rien coûté cette fois.»


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé