Un gaspillage éhonté avalisé par Ottawa et la Chambre de commerce

Détruire l'aérogare de Mirabel pour céder les terrains aux spéculateurs

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Et dire que PET a dépensé des milliards dans cette affaire qui n'a non seulement jamais profité au Québec, mais qui a nui à son développement économique

Le conseil d'administration de l'Aéroport de Montréal (ADM) préfère détruire l'aérogare de Mirabel pour vendre les terrains aux spéculateurs plutôt que de lui donner une vocation utile et profitable à toute la région. Une destruction à laquelle s'était pourtant fermement opposé le maire et président de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) Denis Coderre.

Quatre des quatorze membres du conseil d'ADM, désignés par le Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), ont néanmoins endossé ce choix honteux. Leurs trois collègues choisis par la Chambre de commerce de Montréal et celui qui a été nommé par le gouvernement du Québec, Raymond Reid, ont également accepté qu'ADM dépense plus de 15 millions de dollars pour détruire cet immeuble construit au coût de $500 millions en 1975.

Les membres choisies par le CMM et tout de même favorables à la démolition sont Danielle Laberge, professeure au département de management à l'UQAM; Albert Bouchard ancien v-p chez Bell: Yves Fillion ancien cadre de Hydro-Québec et Mario Messier, un dirigeant de société immobilière. Ceux désignés par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain sont la femme d'affaires Mélanie Kau, l'ancien président de la Banque Nationale Réal Raymond et le président du Grand Prix Normand Legault.

La décision d'ADM a été dénoncée par le maire de la ville de Mirabel, Jean Bouchard qui a vainement tenté d'obtenir un sursis pour lui permettre de trouver une nouvelle vocation à l'aérogare, mais le grand patron d'ADM James Cherry a refusé net. Selon lui, le projet soumis par M.Bouchard «ne répond pas aux normes» et entraînerait d'importantes dépenses pour la mise à niveau de l'immeuble.

Floués par le gouvernement Trudeau lors de l'expropriation d'un immense territoire agricole dans les années 70, les municipalités et les habitants de cette région le seront encore une fois par Ottawa. En effet, il permet à ADM de démolir l'aérogare sans tenir compte des besoins régionaux. Tout ce qu'ADM a offert c'est de céder l'aérogare à la Ville pour $1. mais en conservant le terrains. Un marché de dupes puisque Mirabel se voyait ainsi privée des revenus requis pour adapter l'immeuble à d'autres fonctions.

Les autres membres du conseil d'ADM en faveur de la démolition ont été nommés par Ottawa, ce sont l'ancienne candidate de la CAQ Maud Cohen et l'avocat Pierre Pilote. Les représentants des transporteurs aériens Jean-Jacques Bourgeault et Daniel Poudrette, deux anciens cadres d'Air Canada, ont adopté la même position.

Fatigué de se battre quasiment seul contre le bureaucratie fédérale, le maire Bouchard a lancé la serviette lors de la réunion de son conseil du 14 octobre. Au cours d'un entretien avec Vigile il s'est montré déçu et amer face à l'intransigeance du conseil d'ADM.

«Nous n'avons jamais eu l'écoute du propriétaire (le gouvernement fédéral) et personne au conseil d'ADM n'a appuyé notre demande. Je n'ai jamais rencontré ou entendu un mot de la part des soit-disant représentants de la Communauté métropolitaine de Montréal. Aucun d'eux n'a communiqué avec nous», dit M. Bouchard.

Rappelons que le ministre responsable a refusé d'intervenir dans cette affaire en prétextant que ADM était une société totalement indépendante. Une affirmation qui n'a guère de rapport avec la réalité puisque c'est le gouvernement fédéral qui a la main haute sur les aéroports et qui nomme les principaux dirigeants. C'est Ottawa qui encaisse d'ailleurs les bénéfices.

Le gouvernement fédéral a une dette morale envers la population des Basses Laurentides puisque les expropriations abusives et démesurées décrétées par le gouvernement Trudeau ont chassé des centaines de familles de leurs terres et de leurs villages. Celles-ci ont été forcées de se battre pendant des années avant de recevoir une compensation partielle pour la perte de leurs biens.

La Ville de Montréal a pour sa part perdu des dizaines de milliers d'emplois en raison du maintien en activité de l'aéroport de Dorval pendant que Mirabel tentait de se faire une place sans autoroute ou train rapide pour amener les passagers vers l'éléphant blanc du tandem Trudeau-Lalonde.

Dans un blogue publié récemment sur le Huffington Post, Normand Beaudet dénonçait ainsi les demi-vérités d'ADM face aux revendication de la Ville de Mirabel:

«Comment peut-on sciemment omettre les faits élémentaires d'un tel dossier? Aéroports de Montréal a détourné la vocation du site de l'aéroport après les expropriations, mais les terres génèrent 30 millions de bénéfice par année grâce à la location de 6 000 acres à des entreprises aéronautiques. Ces données expliquent le fait que Aéroports de Montréal a amplement les moyens de payer les 50 millions que coûtera probablement la démolition, et d'étaler encore les millions pour les réfections de pistes aux bénéfices des entreprises aéronautiques. A-t-on ici définitivement cédé un actif public aux entreprises privées?

Le simple transfert aux dirigeants locaux de cette formule établie pour générer des revenus suffirait amplement pour soutenir la conversion de l'installation vers n'importe quel projet local. Bref, les projets au bénéfice de la population (centre de foires, installations sportives ou autres) n'intéressent pas ADM. Pourquoi ne pas souligner que Transports Canada n'a rien à faire dans la gestion d'un parc industriel régional? Et qu'une telle décision, ainsi que la gestion du site de l'aéroport, devrait être la responsabilité d'une autorité régionale? C'est pourtant une évidence, compatible avec la vision du gouvernement actuel!

Les revenus générés par les 6 000 acres loués suffisent amplement pour assumer tous les frais de réfection du bâtiment, de transformation pour un autre usage et d'aménagement pour en réduire les coûts d'opération. Qu'on parle de retirer l'amiante ou de la sceller dans le bâtiment (comme on l'a fait au Palais des congrès de Montréal), de refaire les systèmes électriques, d'effectuer la mise à niveau de la plomberie, et mettre à niveau les systèmes de sécurité, d'améliorer l'efficacité énergétique du bâtiment?... Les revenus actuels du parc industriel sur le site sont assez garantis et récurrents. Où est le problème?

Le gouvernement fédéral, qui reçoit les redevances annuelles et qui atteint présentement l'équilibre budgétaire, n'a qu'à prendre la décision administrative de transférer la propriété du site de Mirabel. Un transfert simple à nos élus régionaux, par exemple, la Conférence des élus des Laurentides.

ADM prétend n'avoir trouvé aucune offre viable pour le site. Rectifions les faits! L'agence n'a pas réussi à trouver d'entrepreneur en mesure de démontrer la possibilité de faire de l'argent avec le bâtiment et de lui faire des chèques pour augmenter les revenus de location. Comble de l'arrogance, au lieu de voir à quoi pourrait servir l'installation, l'agence qui rend des comptes au fédéral, s'empresse de lancer un appel d'offres pour la démolition. Ce geste n'a laissé qu'un été aux représentants de la région pour évaluer des projets « rentables » au bénéfice de la population. Les études sont présentement en cours, elles regardent des options de revenus autonomes et ces délais ne laissent pas le temps d'évaluer toutes les options. Qui sont ces gens pour imposer de telles contraintes et continuer d'empocher les revenus?»

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Gilles Paquin32 articles

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Ancien directeur de la section politique au quotidien La Presse. Journaliste pendant 35 ans, il a aussi travaillé à la radio et à la télé de Radio-Canada ainsi qu'aux quotidiens Le Droit à Ottawa et au Montréal-Matin. Il a été correspondant et envoyé spécial dans de nombreux pays en Europe, en Afrique, en Amérique latine et en Asie.





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