Un cadeau au privé avec l'argent du public

Une nouvelle piste de $50 millions à Mirabel

Incapable de trouver des locataires pour l'aérogare de Mirabel et son stationnement, le conseil d'ADM démolit le complexe de 500 millions $ pour économiser l'entretien

6ec92c51d8f092d692295a3ab52fe0a4

La gabegie fédérale


Dans quelques mois, il ne restera plus rien de l'aérogare de Mirabel et de son stationnement en hauteur construit au coût de 500 millions $. Le Conseil d'administration d'Aéroports de Montréal a décidé de démolir ce complexe plutôt que de l'entretenir en attendant de trouver des locataires. Un étrange calcul qui semble injustifiable aux yeux des simples contribuables, mais acceptable pour le gouvernement fédéral qui a sanctionné l'opération ainsi qu'un investissement de $50 millions pour reconstruire une piste.
Selon le directeur général d'ADM James Cherry, le simple maintien de l'immeuble vide coûtait trois millions par année depuis 10 ans. La restauration de ce vaste complexe, pour le «mettre aux normes», était pour sa part évaluée à 25 millions $. ADM prévoyait donc dépenser $16 millions pour la démolition de l'aérogare et du stationnement étagé, mais le tout aura finalement coûté 9 millions $ de plus en raison d'une erreur d'évaluation, avoue piteusement ADM.
Ainsi, au terme de cet incroyable gaspillage, ADM aura dépensé 25 millions $ pour faire disparaître un immeuble plutôt que d'investir la même somme afin de restaurer ce vaste édifice, déplorent les citoyens de la région. Avec un immeuble rénové, croit-ils, ADM aurait été en mesure d'attirer de nouvelles entreprises et d'encaisser des revenus de location pendant des années. En dépit de l'opposition du maire de Montréal et de nombreux élus de la région, ADM a refusé de laisser aux autorités locales le temps de trouver une autre solution.
Lorsque les montagnes de gravats et de métaux tordus auront été retirées du site cet automne, ADM se retrouvera avec 200 000 mètres carrés de terrains vacants à louer ou à vendre. La direction refuse cependant de dévoiler l'usage qu'elle compte en faire, mais selon des sources du secteur des transports, une grande société de cargo aérien songe sérieusement à en faire la plaque tournante de son réseau pour la côte Est des États-Unis. ADM refuse de confirmer ou de nier cette hypothèse, mais souligne qu'elle aura de bonnes nouvelles à annoncer plus tard cette année.
Depuis que Mirabel a cessé de recevoir des vols de passagers le 31 octobre 2004, les deux pistes de l'aéroport servent exclusivement à une vingtaine de transporteurs aériens spécialisés dans les vols «cargo» ainsi qu'aux vols d'essais techniques des entreprises aéronautiques, notamment Bombardier et Bell Hélicoptères. L'aéroport fantôme a enregistré seulement 250 mouvements d'avions par semaine en 2015, (atterrissages et décollages), un nombre insuffisant pour y maintenir des contrôleurs aériens. Aéroport de Montréal a néanmoins décidé d'y injecter 50 millions $ de plus cette année pour refaire à neuf la piste 06-24 qui était demeurée inchangée depuis l'inauguration en 1975.
Lorsqu'on demande à l'administration pour qui reconstruit-on cette piste qui ne fait pas ses frais? «Ces travaux étaient déjà prévus dans notre plan d'exploitation», répond Stéphanie Lepage des relations publiques. C'est peut-être exact, mais la dépense demeure difficile à justifier avec un si faible taux de fréquentation. La nouvelle piste fait cependant l'affaire de Bombardier et des transporteurs des États-Unis tels que Fedex ou UPS qui peuvent se poser à Mirabel 24 heures par jour alors que les aéroports près des zones urbaines limitent les vols de nuit, sont encombrés et coûtent cher.
Depuis que le gouvernement fédéral a confié en 1992 la gestion des aéroports de Montréal à un conseil d'une quinzaine de personnes «indépendantes» qui n'ont pas de comptes à rendre à la population, ADM a dépensé 2 milliards $ pour tenter d'améliorer l'aérogare de Dorval. Ottawa a perçu de centaines de millions en taxes et en loyer, imposé le nom de Pierre Trudeau aux Montréalais et laissé les voyageurs se débrouiller avec un aéroport en travaux perpétuels et un nombre de liaisons très restreint vers les autres continents.

Featured b40a5d1b481c526fc08f3db3fa46b483

Gilles Paquin32 articles

  • 150 809

Ancien directeur de la section politique au quotidien La Presse. Journaliste pendant 35 ans, il a aussi travaillé à la radio et à la télé de Radio-Canada ainsi qu'aux quotidiens Le Droit à Ottawa et au Montréal-Matin. Il a été correspondant et envoyé spécial dans de nombreux pays en Europe, en Afrique, en Amérique latine et en Asie.





Laissez un commentaire



2 commentaires

  • Marcel Haché Répondre

    2 juin 2016

    L’aéroport de Mirabel n’aurait jamais pu être renommé l’aéroport Pierre Elliot Trudeau. Les lâches qui ont renommé Dorval le savaient bien.
    Pour que toute l’industrie aéronautique du Québec ne déménage pas dans l’ouest du Canada comme un butin de guerre (celle gagnée en 1995… et réclamé par l’ouest canadien,) il a fallu que les pistes de Mirabel soient reconverties et accessibles en particulier à Bombardier.
    Sans l’Indépendance du Québec, Bombardier et toute l’immense industrie de la sous-traitance qui supporte et qui est instaurée par cette entreprise, plutôt que d’être le « fleuron » qu’on voudrait Nous faire croire, cette entreprise se transformera petit à petit, mais inexorablement, de cancer économique à cancer politique, ce qui est bien plus grave pour notre société. Ce cancer Nous aura été inoculé par Pierre Elliot Trudeau.
    J’espère qu’un jour l’aéroport Pierre Elliot Trudeau s’appellera l’aéroport René Lévesque…

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    1 juin 2016

    A troud'eau usque ad trouduc
    Pas tant de chiffres que ça, quand même! Des électeurs payeurs peuvent comprendre ça! Quand les fédés veulent noyer l'éléphant, ils ont l'habitude de le caler sous une carapace de nombres comptables enduits de rationalités enfouies dans des enveloppes administratives récurrentes mais non concurrentielles dans les faits.
    Monsieur Paquin, vous nous démontrez que les plaies du viol commençaient à guérir par granulation puisqu'il y avait eu nécrose du tissus mais que nos bourreaux sont revenus sur les lieux du crime pour agir avec un objet contondant, le manche de notre propre marteau!
    Y a-t-il encore quelqu'un qui ignore que l'argent gaspillé par les fédés est le nôtre à 20%... Et quand il sert à nous isoler, politiquement, économiquement, culturellement... à nous réduire à minorité négligeable dans ce pays détestant le français, à preuve la langue du petit troud..., la démonstration est faite que Nous sommes de parfaits ignares de persister à endurer ce gouvernement de trop!