Demandeurs d'asile: l'opposition déçue par les gains de Québec

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Les revendications de Couillard contre Ottawa n'impressionnent personne

Les engagements pris par Ottawa à l'issue de la neuvième rencontre du groupe de travail intergouvernemental sur la migration irrégulière sont insatisfaisants, clament le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ).


Le gouvernement fédéral a accepté d'examiner la demande de remboursement de 146 millions $ du Québec pour la prise en charge des demandeurs d'asile en plus de prendre une série de mesures pour alléger le fardeau de la province.


Des énoncés d'intention qui sont insuffisants aux yeux de la vice-chef du PQ, Véronique Hivon, qui dit être restée sur son appétit. "On a vu un bel exercice de diplomatie fédéraliste canadienne, a-t-elle ironisé lors d'un point de presse à l'Assemblée nationale, jeudi. Pour ce qui est des résultats concrets, je pense qu'il va falloir être très vigilants."


Le Québec a reçu 25 000 migrants irréguliers en 2017, soit la moitié de toutes les entrées de ce type au Canada. Il s'attend à en recevoir plus l'été prochain: le rythme de 250 passages irréguliers par jour par le chemin Roxham pourrait doubler, selon les projections du gouvernement.


Devant la "saturation" des ressources du Québec, Ottawa a accepté de mettre en place un processus de triage des demandeurs d'asile à la frontière pour savoir dans quelle province ils désirent aller et leur permettre de s'y rendre.


Ceux qui ne tiennent pas à rester à Montréal seront dirigés vers d'autres régions du Québec où il y a des pénuries de main-d'oeuvre selon leurs compétences.


L'octroi de leur permis de travail sera accéléré pour qu'ils puissent se trouver un emploi le plus rapidement possible et assumer leurs frais de subsistance.


De plus, 74 millions $ des 173 millions $ alloués dans le dernier budget fédéral pour gérer les arrivées irrégulières à la frontière serviront à accélérer le traitement des demandes d'asile par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié.


Mais Ottawa annonce du même coup la création d'une autre structure à l'intérieur du groupe de travail intergouvernemental sur la migration irrégulière pour analyser la demande de remboursement du Québec.


"Tout ce que (le ministre québécois de l'Immigration, David Heurtel) a réussi à obtenir, c'est la création d'un groupe de travail à l'intérieur d'un groupe de travail qui existe déjà", s'est indignée la députée caquiste Nathalie Roy.


Par ailleurs, rien n'est réglé pour l'avenir, a renchéri Mme Hivon. Sa formation politique revendique la suspension de l'entente sur les pays tiers sûrs, qui oblige actuellement les migrants à passer par les bois au lieu de se présenter aux postes frontaliers.


En vertu de cette entente, les réfugiés doivent demander l'asile au premier des deux pays où ils arrivent. Pour plusieurs migrants, il s'agit des États-Unis. S'ils essaient de se rendre ensuite au Canada par un poste frontalier, ils sont refoulés dans le premier pays où ils ont demandé l'asile. Mais s'ils franchissent la frontière de façon irrégulière, il est possible pour eux de demander le statut de réfugié au Canada.


Une motion du PQ appelant à la suspension de l'entente a fait mouche à l'Assemblée nationale, les libéraux trouvant inopportun d'exiger des changements au moment même où le Canada peine à renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) avec les États-Unis.


"Au contraire, s'est exclamée la vice-chef péquiste. Je pense que le climat et le contexte sont tout à fait là pour ça, et on n'a jamais entendu d'éléments de remise en cause spécifiquement de fermeture par rapport à ça du côté des États-Unis."


Le sujet des demandeurs d'asile a une fois de plus suscité les débats lors de la période des questions, jeudi.


Le ministre Heurtel a soutenu que les engagements pris par Ottawa dans ce dossier sont "un pas dans la bonne direction".


"On s'est levé debout, on est allé chercher des solutions", a-t-il dit, saluant au passage le changement de ton et "l'ouverture" du gouvernement fédéral.


"Apparemment le ton est devenu très amical là maintenant, c'est tant mieux", a pour sa part réagi le premier ministre Philippe Couillard.


De passage au Lac-Saint-Jean, il a réitéré que le Québec est un endroit accueillant, "mais il faut que ce soit fait correctement".