De la politique avec intégrité et humanité

Louise Harel a expliqué hier qu'elle ne serait pas candidate lors des prochaines élections provinciales. Nous publions le texte lu par la députée péquiste lors de cette annonce.

Élection Québec - le 8 décembre 2008 - les souverainistes en campagne

Ainsi donc ma belle aventure, débutée en 1970 à la permanence du parti et poursuivie en 1981 comme députée, s'achève. Je ne solliciterai pas un huitième mandat pour siéger à l'Assemblée nationale du Québec.
J'ai follement aimé ce métier de députée que je pratique depuis 27 ans. Malgré le cynisme ambiant à l'égard des politiciens, je crois avoir prouvé que l'on peut faire de la politique avec intégrité, avec humanité et rester fidèle à ses idées.
Je ne me serais jamais autorisée à quitter si je pensais le Parti Québécois menacé ou danger. Je crois avoir démontré un sens du devoir qui m'aura guidé durant certaines époques d'adversité. Mais je suis convaincue que le Parti Québécois est entre bonnes mains avec Pauline Marois; elle sait qu'elle pourra compter sur mon appui.
Incubateur de transformation
J'ai été élue en 1981, dans un quartier ouvrier qui s'est profondément transformé au fil des années. Presque toutes les usines sont devenues des condos recherchés. J'ai choisi d'être toujours aux côtés de ceux et celles qui ont été les perdants de ces changements, non pas pour les plaindre mais pour leur donner le goût de secouer la fatalité, le goût d'espérer, le goût d'entreprendre plutôt que de subir, personnellement et collectivement.
Hochelaga-Maisonneuve a été un incubateur de transformation sociale, et je m'en suis beaucoup inspirée lorsque j'ai eu le pouvoir de décider au gouvernement.
Je leur suis aussi reconnaissante d'avoir exercé le métier de députée sans entrave et en toute liberté. Le courage quotidien de mes citoyens a renforcé mes convictions et mon engagement personnel en faveur de la solidarité sociale et de la souveraineté nationale. Faire du Québec un pays, voilà l'idéal de ma vie. Je continuerai à y contribuer de toutes les manières que je le pourrai.
Mme la doyenne
D'ailleurs, j'affirme que la recherche de la souveraineté nous a rendus et nous rend meilleurs comme société humaine, en nous obligeant à nous occuper de la nation en entier et de chacun des nôtres en particulier, sans tout abdiquer au marché et à l'économie. Le bilan parlementaire de ces 27 années? Je suis la doyenne toutes catégories des femmes élues dans un parlement.
J'ai siégé sous huit premiers ministres. Je fus aussi élue première femme à la présidence de l'Assemblée nationale et la première présidente de l'Assemblée des parlementaires de la francophonie.
Ce fut aussi une vie de ministre bien remplie dans six différents ministères, l'adoption de réformes dont je suis très fière: la loi sur l'équité salariale, le transfert de la main d'oeuvre et de 1100 fonctionnaires fédéraux, la création d'Emploi-Québec et des centres locaux d'emploi, les regroupements municipaux et la création de 63 nouvelles villes, le programme de logements abordables, la signature du premier contrat de ville entre Québec et Montréal et la désignation de 12 ex-quartiers ouvriers où des investissements urbains majeurs ont été réalisés.
L'incorrigible au combat
J'ai cependant certains regrets: l'abandon par l'actuel gouvernement du 1 % de la formation de la main d'oeuvre pour les travailleurs des petites et moyennes entreprises, la désorganisation de tout Montréal en villes morcelées, pour retenir l'ouest de l'île qui a quand même quitté, avec en bout de ligne un cadeau princier de 30 millions par année, en juin dernier.
J'étouffe encore rien qu'à y penser. Vous voyez bien que je suis incorrigible et que pour le reste de ma vie je ne cesserai pas d'être au combat.
Au cours de toutes ces années, j'ai souvent siégé en période de grande adversité. En partant, ce fut le rapatriement unilatéral de la Constitution, la récession de 1982, avec des fermetures d'usine dans mon comté ouvrier, des lois spéciales de mon propre gouvernement auxquelles je me suis opposée.
Puis le prétendu beau risque du fédéralisme, qui s'est terminé en queue de poisson, et la commission Bélanger-Campeau, sur laquelle j'ai siégé, qui a connu le même sort, le non à Charlottetown et le non crève-coeur à 49,5 % au référendum de 1995. [...]
Pour Catherine
Voilà, en raccourci, le bilan de ma vie politique et de la vôtre, en ajoutant mes nombreux combats pour le droit à l'égalité concrète des femmes et des hommes, et à l'intégration à notre vie démocratique des immigrants et des membres des communautés culturelles qui joignent les rangs de notre nation.
Contrairement à des dizaines de collègues masculins qui ont invoqué leur retour à la famille pour expliquer leur départ, j'ai au contraire le sentiment de n'avoir jamais cessé de m'occuper et de me préoccuper de ma famille. Mais j'ai eu de l'aide. Mes amis savent tout ce que je dois à tante Cécile, maintenant décédée.
Ils savent aussi que la petite Catherine a pu compter sur deux hommes dans sa vie, Michel Bourdon et Edmond Omran. Edmond Omran, la discrétion même, que je veux aujourd'hui publiquement remercier. J'ai aussi pu compter sur Catherine elle-même, mon enfant unique et préférée qui m'a accompagnée jusqu'à son adolescence dans tous mes déplacements dans le comté.
Quand je suis devenue députée, elle avait 5 ans, elle en a maintenant 33 et m'a fait la joie d'être grand-mère deux fois, avec Julien, 11 ans, et Éloïse, qui a presque 8 ans. Membre du Parti Québécois depuis 40 ans, j'entends poursuivre comme militante le beau projet de faire du Québec un pays.


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