Médias

Cinq ans plus tard, dans les médias

11 septembre 2001


Cinq ans, c'est à la fois très long et trop court. L'événement est encore très présent, sans grand recul historique. Depuis quelques jours, les réseaux de télévision ressortent tous leurs documents d'archives, et l'exercice culminera aujourd'hui avec la présentation de nombreuses émissions spéciales sur les cinq ans du 11 septembre 2001.


Pure convention, bien sûr, basée sur l'attrait des chiffres ronds. On n'en apprendra pas tellement plus aujourd'hui sur le 11-Septembre qu'on en a appris au 4e anniversaire. Sauf erreur, il ne semble pas y avoir de documentaires d'enquête apportant de nouveaux éclairages. C'est plutôt la fiction, ou la docu-fiction, qui commence à s'en mêler, ce qui est peut-être le début d'un recul.
Depuis cinq ans, on a beaucoup parlé de l'impact d'Internet sur les médias électroniques. Il reste que le 11 septembre 2001 a peut-être été le plus grand drame collectif vécu à la télévision (le dernier ?), avec ces millions de téléspectateurs rivés pendant des heures à leur petit écran, paralysés par ces images d'avions qui explosent sur les tours, et de tours qui s'écroulent dans une enfer de flammes.
Pour une très rare fois, ce sont les téléspectateurs qui, à l'époque, avaient demandé aux réseaux de se taire : après plusieurs jours de diffusion en boucle, les plaintes des citoyens avaient convaincu les réseaux de télévision en Amérique du Nord de cesser de toujours repasser ces mêmes images.
En même temps, cette image forte avait quelque chose de désincarné, pas si éloignée d'un jeu vidéo. L'image la plus terrible, la plus humaine, est celle que les télévisions ont rarement montrée, mais qui est reproduite dans le numéro de cette semaine de Paris Match : cet homme, maintenant connu comme étant Jonathan Briley, qui saute d'une des tours, les bras le long du corps. Ils ont été environ 200 à choisir cette mort plutôt que de brûler dans les tours, et le magazine montre le cliché terrifiant de plusieurs d'entre eux en train d'enjamber des fenêtres.
Cet attentat a également marqué une nouvelle utilisation (une nouvelle compréhension, devrions-nous dire) des médias multiples par les terroristes, qui de tout temps ont toujours voulu réquisitionner les médias. C'est le paradoxe d'al-Qaïda, avec ce chef vivant dans une grotte médiévale qui a su utiliser télévision et Internet pour envoyer ses cassettes audio et vidéo aux moments cruciaux afin de faire frémir ses ennemis.

Le 11 septembre 2001 a également eu un impact dévastateur sur les grands médias américains eux-mêmes, tétanisés, qui se sont rangés derrière le patriotisme outrancier de l'administration Bush.
L'immense majorité des actuels artisans des médias n'a pas connu la censure de la Seconde Guerre mondiale. Se faire imposer son comportement par une administration qui se dit en guerre fut un choc (rappelons, à titre d'exemple, que l'administration Bush avait exigé des médias qu'ils ne diffusent pas les messages de Ben Laden).
Même si les points de vue critiques se multiplient de plus en plus, plusieurs organisations de presse peinent encore à trouver le bon ton dans le traitement de l'information. Encore jeudi dernier, les échanges tenus lors d'une conférence sur la liberté de presse et la sécurité qui se tenait à Washington montraient comment les médias sont encore «tiraillés entre sécurité et liberté de presse», selon un reportage de l'AFP.
Les journalistes qui ont révélé les écoutes massives de conversations téléphoniques et électroniques par la NSA, l'agence américaine du renseignement électronique, écoutes menées sans autorisation judiciaire, sont menacés d'être emprisonnés. Un reporter de Newsweek faisait valoir qu'il était nécessaire, dans une démocratie, qu'il existe des fuites d'information classées confidentielles, et des sources anonymes pour les divulguer.
L'argument n'impressionne pas les dirigeants américains. L'ancien directeur de la CIA James Woolsey, qui participait à cette conférence, répliquait que «le temps n'est plus à des restrictions politiquement correctes» aux initiatives de la NSA !
Parmi les impacts du 11-Septembre sur les médias, il en est un autre : l'ouverture aux réalités internationales. Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas remarquer la qualité des reportages internationaux diffusés et publiés dans nos médias depuis cinq ans. Et si s'informer est aussi une responsabilité individuelle, on ne peut nier qu'au Québec et au Canada les citoyens ont accès à une multiplicité de points de vue, dans les journaux, les magazines, à la télévision et sur Internet.
Cette multiplicité est-t-elle moins grande aux États-Unis ? Ce semble être le cas, si l'on se fie aux propos du chroniqueur Norman Salomon, qui écrivait tout récemment sur le site Internet FAIR qu'encore aujourd'hui «les médias américains nous montrent constamment comment les Américains voient la guerre contre la terreur, mais très rarement comment le reste du monde la voit».
pcauchon@ledevoir.com


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