N'oublions rien !

Ce 13 décembre est à jamais le jour du Souvenir acadien !

La Déportation, une tragédie qui hante encore notre histoire

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Chronique de Mme Morot-Sir

Partout où se dressent les monuments de l’Odyssée acadienne ils aident au travail de mémoire sur des lieux liés au Grand Dérangement du peuple acadien, au XVIIIe siècle.


Partout où ils se dressent ils rappellent les milliers de déracinés, de déportés, d’exilés de ce terrible « Grand Dérangement ». Au détour d’un chemin, d’une rue ou d’un parc, que ce soit à Sainte-Anne du Bocage, entre la grève et l’église à Miquelon, ou sur les bords de la rivière Petit Codiac à Dieppe, ils proclament toute la fierté des descendants de ce peuple, qui a résisté, qui s’est construit et forgé dans la tragédie et a survécu à une telle adversité. Les croix acadiennes ne sont pas dans la lignée des croix traditionnelles, elles sont là pour rappeler le passé. On retrouve ces monuments dans de nombreuses provinces canadiennes, mais également en Louisiane et à Miquelon. Ils sont ornés de panneaux explicatifs et surmontés de la croix de la Déportation.


Tous ont unanimement préféré cette date du 13 décembre pour commémorer leur « Jour du Souvenir acadien » pour que ne tombent jamais dans l’oubli les exactions et les déportations que leurs ancêtres ont subies


C’est en 2008 lors du 250e anniversaire (1758-2008) du naufrage du navire Duke William, que la Société Saint-Thomas-d’Aquin, porte-parole des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard, a décidé pour le commémorer de dévoiler un Monument de l’Odyssée acadienne. En effet c’est dans ce lieu magnifique du havre de Charlottetown, ce fut bien à Port-la-Joie où eut lieu l’embarquement inexorable des déportations de l’Isle Saint-Jean. Port La Joie, tout comme Grand Pré, est un endroit magnifique où les champs descendent doucement vers la mer, à l’abri des grands vents du large, le promeneur s’arrête soudain extrêmement ému devant un tel paysage où  plane la douceur de vivre alors qu’ici  tant d’ horreurs ont pourtant eu lieu ! C’est là où les prisonniers, hommes, femmes, enfants, ont été réunis puis forcés à abandonner leurs terres, leurs maisons et leurs biens au nom d’une Angleterre et d’un roi anglais qu’ils ne connaissaient pas et d’un conflit qui n’était pas le leur.


Ce fut aussi ce terrible jour du 13 décembre 1758 qu’a eu lieu la pire tragédie en pertes humaines de toutes les déportations acadiennes (1755-1762), puisque ce fut celle du naufrage de ce navire le Duke William près des côtes de l’Angleterre avec environ 400 Acadiens femmes et enfants  à son bord.


Au total cette Déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean constitue la plus grande tragédie humaine documentée dans l’histoire de l’Île.  Elle a entraîné dans la mort plus de 1 700 Acadiens et Acadiennes, cinquante pour cent étant des jeunes âgés de 15 ans et moins.  La plupart de ceux-ci sont décédés en mer, soit par la maladie, soit par la noyade.  Ceux et celles qui ont pu échapper à l’expulsion ont été obligés d’abandonner leurs villages et de fuir sur la terre ferme.  C'est une communauté comprenant cinq paroisses qui a été déracinée et exilée.  Seulement un petit nombre des survivants est revenu s’établir dans l’île.


Les noms des vaisseaux britanniques qui furent utilisés depuis le détroit de Northumberland (anciennement mer rouge) restent dans la mémoire de tous : Briton, Duke William, Violet, Ruby, Mary, Scarborough, Supply, Tamerlane, John and Samuel, Mathias, Yarmouth, Restoration, Parnassus, Neptune, Richard and Mary, Three Sisters et Patience.


Ces Français venus de France avaient replanté leurs racines dans ce pays d’Acadie, ils l’avaient bâti de leur mains, défriché, gagné des terres sur la mer par tout un système d’aboiteaux avec la technique qu’ils avaient apportée de France. Le premier établissement en Acadie en 1604 marque les débuts de la colonisation française en Amérique du Nord. Il a fait l’objet d’un effort soutenu de peuplement par la France, et encore davantage dès 1632. Venus principalement du Poitou, les colons français s’installèrent peu à peu sur ce territoire. Pourtant très vite l’Acadie sera entraînée malgré elle dans une série de conflits militaires,  subissant les répercussions des attaques anglaises et les différends entre l’Angleterre et la France.


A Halifax le choix d’un lieu précis, particulièrement symbolique avait été choisi pour y installer le monument l’Odyssée acadienne. Il avait été installé juste face à l’île George où  se trouvait la prison des Acadiens, en attente d’être déportés. Selon la Société nationale de l’Acadie, environ 2000 Acadiens ont été prisonniers sur l’île George de 1758 à 1763, sur près de 10.000 Acadiens déportés de la Nouvelle-Écosse par le gouvernement britannique.


Rapidement le monument a été retiré en raison de problèmes de stabilité, le socle de béton n’étant paraît-il pas assez stable pour soutenir le poids d’un tel monument, ainsi il est entreposé depuis juin 2017, il n’y était donc plus  pour les célébrations du 150e anniversaire du Canada durant l’été 2017.  Si les Acadiens restent dans l’attente qu’il soit enfin réinstallé, il est toutefois hors de question que ce monument, dévoilé le 28 juillet 2005 dans le cadre des commémorations de l'anniversaire du Grand Dérangement  soit déplacé à un autre endroit sur le front de mer.


La région de Houma, en Louisiane, en collaboration avec la paroisse de Terrebonne et la SNA, a également procédé à l’inauguration du premier monument complet de la Commission de l’Odyssée acadienne aux États-Unis. Ce monument de Houma est le 10e monument de la sorte à être dévoilé depuis 2005 pour commémorer le Grand Dérangement. Les autres monuments sont à Dieppe, Saint-Basile, Miramichi et Caraquet au Nouveau-Brunswick, Halifax en Nouvelle-Écosse, Port-la-Joye à l’Île-du-Prince-Édouard, Cap Saint-Georges à Terre-Neuve-et-Labrador, à Bécancour au Québec et Miquelon à Saint-Pierre et Miquelon.


Quelques centaines de personnes étaient présentes au dévoilement du monument qui se trouve tout près du Musée de la vie marine Bayou Terrebonne au centre-ville de Houma. Il rappelle l’arrivée de plus de deux mille Acadiens en Louisiane : « Ce monument vient s’ajouter à la Croix de Grand-Pré installée au Monument acadien de Saint-Martinville et témoigne de notre attachement à la Louisiane », avait déclaré Françoise Enguehard,  présidente de la Société Nationale de l’Acadie.


Dès 1764 et jusqu’en 1788, des Acadiens exilés en provenance de la Nouvelle-Écosse, du Maryland, de la France et de diverses colonies anglaises vinrent s’installer autour de la Nouvelle-Orléans.


« Ce monument en Louisiane rappelle Joseph Broussard, dit Beausoleil, qui a mené grâce à son courage tout un  groupe, dont sa propre famille,  de l’Acadie du Nord jusqu’en Acadie du Sud pour les sauver en les installant en Louisiane.» a précisé Jean J. Gaudet, Président de la Commission de l’Odyssée acadienne. Puis il avait ajouté :


« Nous sommes privilégiés de pouvoir témoigner du courage et de l’esprit d’aventure de ces premiers pionniers qui ont attiré et accueilli d’autres Acadiens, par la suite, ceux-là mêmes qu’on appellera Cadien/Cadjun ».


La Déportation des Acadiens constitue une des plus grandes tragédies humaines dans l’histoire de la Nouvelle France.  Maisons et fermes brûlées, un peuple emprisonné, déporté, déchiré, familles séparées, bateaux naufragés… qui a dû se réfugier contre sa volonté ; Tant d’horreurs que les Acadiens ont dû surmonter pour arriver à survivre.


N'oublions Rien !


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Marie-Hélène Morot-Sir130 articles

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Auteur de livres historiques : 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d’étés ; Le lys, la rose et la feuille d’érable ; Au cœur de la Nouvelle France - tome I - De Champlain à la grand paix de Montréal ; Au cœur de la Nouvelle France - tome II - Des bords du Saint Laurent au golfe du Mexique ; Au cœur de la Nouvelle France - tome III - Les Amérindiens, ce peuple libre autrefois, qu'est-il devenu? ; Le Canada de A à Z au temps de la Nouvelle France ; De lettres en lettres, année 1912 ; De lettres en lettres, année 1925 ; Un vent étranger souffla sur le Nistakinan août 2018.





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