André Boisclair: un nouveau René Lévesque?

Par Simon Tremblay-Pepin

Crise de leadership au PQ

Dès son élection à la tête du Parti québécois, le 15 octobre dernier, André Boisclair se plaçait déjà en descendant direct de la lignée de René Lévesque. Depuis ce jour, il n'a pas manqué une occasion de se lier à l'histoire glorieuse des premières années du PQ. Lors de son entrée à l'Assemblée nationale, cette semaine, il déclarait vouloir former «une équipe du tonnerre», s'affiliant par la bande à Jean Lesage pour ajouter quelques racines à son arbre généalogique.

On dira que ce n'est pas surprenant. André Boisclair est jeune, il a besoin de s'appuyer sur des références au passé. Il doit persuader les membres du PQ, qui semblent de plus en plus dubitatifs à son endroit, qu'il a un lien fort avec la belle époque de leur formation politique. D'où le dévoilement d'une paternité politique aussi étonnante que prétentieuse. Tant qu'à viser haut, autant viser le sommet : on pourrait voir là la devise de M. Boisclair.
Celui-ci cherche à revêtir le petit costume du grand René Lévesque. L'opération, hélas, échoue, et Boisclair paraît encore plus seul et plus perdu qu'avant. Il ne s'agit pas ici de glorifier Lévesque, qui a eu sa part de déboires et de contradictions; il est question de mettre en perspective la relation que les Québécois ont entretenue et entretiennent encore avec ce personnage politique.
Le Québec amoureux ?
En 1973, Pierre Bourgault écrivait à propos de cette relation qu'il s'agissait «d'une forme d'amour dont je n'ai jamais connu l'équivalent en politique québécoise. Et ce sont toujours les termes de l'amoureux éperdu ou dépité que chacun, adversaire ou allié, utilise pour décrire ses relations avec René Lévesque. On ne critique pas René Lévesque, on le démolit injustement. On ne loue pas René Lévesque, on l'accepte sans discussion, aveuglément, l'oeil en feu, comme aux premiers temps de la passion amoureuse».
Y aurait-il, au Québec, un rapport passionnel à André Boisclair ? Les discussions s'enflamment-elles quand son nom est prononcé ? Attise-t-il les passions autant amoureuses que furieuses ? Porte-t-il avec lui un projet pour tout un peuple ? Écrit-on des chansons à son propos ? Est-il le symbole d'une libération à venir ?
S'attarder à ces questions montre tout le ridicule de l'entreprise de marketing politique dans laquelle il s'est lancé.
Bien sûr, plusieurs personnes ont appuyé sa candidature lors de la course à la chefferie et bon nombre de gens affirment vouloir voter pour lui lors des prochaines élections. Ne nous y trompons pas : il n'est pas question d'amour, il est question de calcul. Plusieurs péquistes voteront pour lui non pas parce qu'ils brûlent d'admiration à son égard mais simplement parce qu'ils croient que le seul parti qui peut réaliser la souveraineté est le PQ et parce qu'André Boisclair est le chef de ce parti.
Cacher sa vraie famille
Il faut rappeler qu'André Boisclair, au-delà de ses fantasmes, a une histoire bien réelle. Sa paternité politique est seulement un peu moins éclatante qu'il le voudrait. En effet, il est devenu ministre en 1996 avec l'arrivée de Lucien Bouchard et à l'époque des coupes radicales dans les programmes sociaux, en santé et en éducation. Bien sûr, Bouchard, Legault, Léonard et le PQ des années 90 font moins rêver que les six élus de 1970 ou le gouvernement de 1976. Par contre, se rappeler d'où André Boisclair vient nous informe plus justement sur où il s'en va.
En s'associant au fondateur du PQ, André Boisclair réussira-t-il à faire oublier son passé en faisant rejaillir sur lui les sentiments qu'évoquait Pierre Bourgault ? Malheureusement, l'amour ne s'invente pas avec si peu d'efforts. René Lévesque n'a pas commencé à exister avec la naissance du PQ : il a développé son rapport avec le Québec bien avant, dans ses reportages de guerre, à l'émission Point de mire et comme ministre de Jean Lesage.
Contrairement à ce que semblent penser André Boisclair et son équipe de communication, on n'invente pas l'amour pour un homme politique comme on le fait pour une boîte de savon, à coups de commerciaux clinquants et d'associations douteuses. Au contraire, il faut réussir à passionner la population du Québec avec des projets enthousiasmants. Pour l'instant, André Boisclair ne suscite qu'une lassitude morose et personne autour de lui ne semble avoir le courage de le lui dire.
Simon Tremblay-Pepin
_ Étudiant à la maîtrise en science politique à l'Université du Québec à Montréal


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