Agents troubles ou agents doubles?

Chronique de Louis Lapointe


Peu de gens l’ont peut-être vu de cette façon, mais il y a certainement un
rapprochement à faire entre les affaires Maxime Bernier et Michaëlle Jean
qui nous ont tenus en haleine une bonne partie de la semaine dernière. Tous
les amateurs de la série 24 savent que s’il y a les bons et les méchants,
il y aussi les vrais méchants et de faux méchants, de même que les vrais
bons et les faux bons. Et derrière tous ces gens, il y a des lâches et des
traîtres déguisés en bons et des bons déguisés en méchants qui jouent les
traîtres et les lâches.
Ainsi, comment cataloguer cette fille qui a eu le malheur de se faire
remarquer parce qu’elle avait exhibé devant les caméras une poitrine trop
généreuse au goût de certains? Et puis, les mêmes questions se posent pour
Jean-Daniel Lafond, ce mari de la gouverneure générale aux amitiés tout
aussi particulières que celles de Julie Couillard. Dans un cas il s’agit de
felquistes et dans l’autre, de motards criminalisés.
Comment ces deux conjoints au passé trouble, aux yeux du commun des
mortels canadiens, ont pu passer à travers les enquêtes de sécurité de la
GRC sans que cela n’affecte aucunement les nominations de leurs conjoints
du moment aux plus hautes fonctions du Canada ? La réponse est dans la
série 24. Ce sont probablement de faux méchants ou de vrais bons qui ont dû
aller chez les bons ou les méchants pour gagner leur croûte et qui en ont
eu assez de jouer les méchants dans un cas et les bons dans l’autre cas.
Parce que, si les motards sont vraiment des méchants, on ne peut
certainement pas croire un seul instant que les Rose, Lanctôt ou Simard
puissent être des méchants. Tous ceux qui les ont rencontrés un jour ou
l’autre ou côtoyés le moindrement longtemps ont compris qu’ils avaient
d’abord été séduits par la belle Michaëlle et que la caméra et les
projecteurs de Jean-Daniel Lafond les avaient sûrement tous éblouis. Tous
les révolutionnaires sont attirés par les belles femmes et les caméras, les
nôtres n'étant pas différents des autres en cela. Mieux, l’accent français
de nos deux tourtereaux a certainement dû contribuer à leur charme discret.
A beau mentir qui semble venir de loin!
On ne s’étonne donc pas que personne n’ait fait de cas de leurs
nominations de presque-reine et presque-prince consort. Ils étaient si
gentils, comment pouvaient-ils être des méchants ? Nous préférions tous
croire, à l’époque, qu’ils nous avaient trahis plutôt que d’imaginer un
seul instant que pendant toutes ces années qu’ont duré ces amitiés
particulières, ils agissaient avec un dessein planifié. Nous étions bien
trop crédules pour penser que ceci aurait pu expliquer cela. Même
aujourd’hui, personne ne doute ouvertement de leur sincérité d’antan.
Mais, dans le cas de cette fille qui ne cachait rien aux caméras, nous
avons tout de suite sauté aux conclusions. Contrairement à la très pudique
Michaëlle, parce que la truculente Julie se montrait les boules et qu’elle
avait passé toutes ces années avec les motards, elle ne pouvait être qu’une
salope et une méchante, ne lui manquant plus qu’un tatouage pour qu’elle
soit condamnée à tout jamais. Et si elle était une «bonne» qui en avait eu
assez de couvrir les méchants et qu’on lui avait tout simplement donné un
ministre à suivre de loin et à se mettre sous la dent, ancien péquiste par
surcroît, et qu’elle s’était laissée prendre au jeu ! Connaissant la nature
de l’homme en question, comment ne pas imaginer un seul instant qu’il n’ait
pas été charmé par cette fille et qu’il n’ait pas demandé aux autorités
concernées s’il devait s’en méfier ou y aller allègrement, la garde
éloignée devenant l’occasion d’une couverture plus rapprochée?
Pourquoi, dans un cas comme dans l’autre, les enquêtes de sécurité
n’ont-elles pas empêché les hautes nominations qui ont suivi ? Comment
pouvait-on tolérer qu’un homme aussi proche des felquistes puisse être le
conjoint de la plus haute dame du Canada ? Pourquoi une ex-conjointe d’un
motard criminalisé a-t-elle pu être au bras d’un ministre le jour même de
sa prestation de serment?
Au lendemain des événements du 11 septembre 2001,
cela ne peut certainement pas relever du simple hasard, mais plutôt être le
résultat d’une implacable logique toute canadienne. Ces enquêtes ont
probablement révélé toutes deux qu’il n’y avait aucun danger pour la
sécurité nationale parce que ces personnes ne représentaient aucune menace
pour l’ordre établi dont elles faisaient possiblement déjà partie. Sinon
comment expliquer tout cela ?
Louis Lapointe
Brossard
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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