Afghanistan - Les soldats vont-ils simplement «faire du temps»?

La déclaration de Stephen Harper surprend les libéraux qui réclament plus de transparence

Afghanistan - une guerre masquée

Le franc-parler de Stephen Harper sur les ondes de CNN dimanche concernant la mission en Afghanistan a suscité de fortes réactions hier à la Chambre des communes. Les partis d'opposition ont jugé «malhabile» la sortie du premier ministre et ont réclamé plus de transparence sur l'objectif de la mission canadienne dans ce pays en guerre.
Alec Castonguay - Ottawa -- Le Parti libéral, qui a appuyé la prolongation de la mission canadienne en Afghanistan jusqu'en juillet 2011, a soutenu hier que les Canadiens ne devraient pas avoir besoin d'écouter le réseau américain CNN pour connaître la pensée de leur premier ministre sur la mission en Afghanistan.
«Il dit aux Américains, avant les Canadiens et ses propres troupes sur le terrain, ce qu'il pense de l'allure de la guerre en Afghanistan. C'est pour le moins étonnant», a lancé le député libéral Bob Rae, critique de son parti en matière d'affaires étrangères.
Depuis le début de l'automne, le gouvernement Harper n'a d'ailleurs tenu aucune séance d'information sur le conflit, alors que les médias à Ottawa en recevaient une chaque mois auparavant.
Son collègue Denis Coderre estime que le gouvernement manque de transparence d'abord envers les 2750 soldats qui doivent partir à Kandahar dès la mi-mars -- dont 1640 du Québec. «Le premier ministre a-t-il finalement informé nos troupes que leur devoir, jusqu'en 2011, va être simplement de faire du temps?» a-t-il lancé, ironique.
Dimanche, lors d'une entrevue diffusée à CNN, Stephen Harper a soutenu que l'insurrection en Afghanistan ne serait probablement jamais vaincue. «Nous ne remporterons pas cette guerre en restant simplement présents là-bas, a dit le premier ministre au journaliste Fareed Zakaria. Mon propre jugement, très franchement, c'est que nous ne battrons jamais cette insurrection.»
Il a soutenu que la coalition de l'OTAN pouvait «améliorer la situation» sur le terrain, mais que, finalement, les forces afghanes devront elles-mêmes pouvoir assurer la sécurité de leur pays, en guerre depuis 25 ans.
Dans l'entourage du premier ministre, on expliquait hier que Stephen Harper avait simplement répété ce que le gouvernement explique depuis l'hiver dernier, à savoir que l'objectif consiste à former l'Armée afghane, puisque les combats ne seront pas terminés en 2011, lorsque le Canada partira de Kandahar. On concède que les phrases utilisées à CNN ont peut-être été plus directes qu'à l'habitude, mais que, sur le fond, le gouvernement répète le même message depuis 12 mois.
Lors de la période de questions hier, Stephen Harper n'a pas bronché. «Notre position est claire, a-t-il dit. Nous sommes en Afghanistan pour entraîner les forces afghanes à assurer la sécurité de leur propre pays. Nos troupes font un très bon travail, et ce gouvernement est très fier de leurs efforts.»
Est-ce que l'aveu du premier ministre sur la force de l'insurrection est de nature à décourager les soldats canadiens qui partiront pour l'Afghanistan au cours des prochaines semaines? Le lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry, devenu expert militaire au sein du Groupe d'étude et de recherche sur la sécurité internationale de l'Université de Montréal, estime que non. «Stephen Harper n'a pas dit que nos troupes ne servaient à rien là-bas. Il a dit que la solution finale allait être afghane», dit-il.
Incohérence?
Bob Rae a lui aussi soutenu que la solution en Afghanistan ne serait pas uniquement militaire. «Dans ce sens-là, le premier ministre n'a rien dit de nouveau. Beaucoup de gens pensent cela», a-t-il dit hier.
Par contre, les trois partis d'opposition reprochent au gouvernement de ne pas mettre en pratique une stratégie cohérente avec cette affirmation. «Il faut que la diplomatie et l'aide au développement prennent une place beaucoup plus grande», a soutenu le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.
Ottawa a bonifié son aide au développement de 600 millions en juin dernier, portant le total à 1,9 milliard de dollars entre 2001 et 2011. Le coût de la mission militaire, de son côté, devrait osciller autour de huit milliards de dollars sur la même période.
Aux yeux du chef du NPD, Jack Layton, Stephen Harper vient de se rendre compte que l'approche militaire est inefficace. «Il me semble que M. Harper a commencé à ouvrir la porte à une autre approche en Afghanistan», a-t-il dit, soutenant lui aussi que le Canada devrait davantage appuyer les efforts diplomatiques dans la région.


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