Garantir la liberté d'expression OUI ou NON

À quand la fin de l'alliance du PQ et du Parti libéral ?

La liberté de parole ne peut être ni ajournée ni négociée

Chronique de Gilles Verrier

Le 14 décembre 2000, une curieuse alliance se constitua entre les libéraux et les péquistes pour «blâmer» officiellement les propos d’un citoyen. Dans cette affaire inusitée, si le nom du citoyen était connu, les propos pour lesquels on le blâma unanimement n’étaient pas venus à la connaissance des parlementaires. Cette mobilisation aussi lourde que soudaine des législateurs à l’encontre d’un particulier se produisit dans le cadre exceptionnel où les règles habituelles de l’Assemblée nationale furent en quelque sorte suspendues. De nombreux articles publiés depuis ont permis de détailler les circonstances singulières dans lesquelles cette histoire, sortie de nulle part, prit tout le monde par surprise dix ans passés et continue encore aujourd’hui d’interpeller les Québécois sur le sens qu’il faut lui donner.
Pour condamner ainsi de tout son poids les propos d’un citoyen, on pourrait s’attendre à ce que les propos qu’aurait prononcés ce citoyen soient si exceptionnels que l’Assemblée nationale s’en sente menacée comme institution. Je rappellerai brièvement que l’Assemblée nationale n’a pas pour fonction de blâmer des individus qui enfreignent la loi, ce sont les tribunaux qui sont chargés de se prononcer là-dessus. Il est clair, a contrario, que la plus haute institution politique du Québec (lieutenant-gouverneur exclu !) a pour mission de protéger et de défendre les libertés démocratiques, dont le droit de parole est une composante indissociable. Or, on a beau retourner encore et encore tout ce qu’a pu dire Yves Michaud et on n’a rien trouvé. Personne ne s’étonnera donc qu’aucune accusation ne fut jamais portée contre lui en rapport avec le blâme qu’il a reçu.
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Dix ans plus tard, faut-il continuer de scruter les propos d’Yves Michaud à la loupe comme si le germe de quelque chose de grave s’y trouvait ?... L’insistance à vouloir analyser des propos légaux, absolument légitimes, ne fait-il pas peser sur cet homme un doute inutile ? La question qui se pose désormais, à mon avis, ne consiste pas à débattre de la valeur des propos qu’a tenus Yves Michaud ici et là, à différentes occasions, comme le fait de façon malhabile ou mal inspirée un J-F Lisée dans un article qui prend sa «défense». Les opinions de Yves Michaud sont les siennes et qu’elles fassent l’objet de débats est simplement normal au sein d’une société démocratique. Point barre. En ce qui me concerne, l’absence de poursuites et de condamnations judiciaires contre lui me suffit amplement. Le reste se situe dans le débat démocratique.
Par conséquent, si Yves Michaud avait le droit de parler, ce qui ne fait pas de doute aujourd’hui, il est une victime innocente à 100 % et ce qui s’est passé le 14 décembre 2000 est un abus de pouvoir de l’Assemblée nationale, un geste d’intolérance dans lequel, disons-le, loge le germe du fascisme.
Que les motifs des uns et des autres (parlementaires ou outsiders) soient la vengeance, les désaccords politiques ou encore qu’il s’agisse tout simplement d’intimidation, l’Assemblée nationale est carrément sortie de son rôle cette journée là. Aucune raison ne justifiait la charge unanime de l’Assemblée nationale à l’encontre d’un citoyen québécois qui a, qu’on aime ou pas, les mêmes droits que tous les autres. Ce citoyen qui a été pris à parti pour subir ce blâme est, par conséquent, la pure victime d’un État qui pratique l’abus de pouvoir.
Cela me fait peur.
Dix ans plus tard, l’Assemblée nationale se trouve encore largement satisfaite de son abus de pouvoir et de l’injustice commise. Avec le temps qui a passé, la situation devient tout à fait intenable. Si j’étais cynique, je vous dirais que je suis en train de faire traduire toute cette affaire en farsi pour la faire publier dans les grands quotidiens de Téhéran et d’Ispahan. Je suis sûr que les Iraniens se régaleraient d’une telle histoire provenant d’un tout petit coin de cet Occident toujours prêt à offrir aux autres des leçons de liberté et de droits. Naturellement, je ne le ferai pas, car nous avons toujours intérêt à laver notre linge sale en famille. Question de lavage, il est plus que temps que nos politiciens concernés, dont la cote d’estime dans la population se maintient au plus bas, fassent un séjour prolongé au lavoir automatique.
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Pour les députés qui ont voté cette motion, qu’ils s’arrangent avec leur conscience. Si rien ne se passe, on aura pris la pleine mesure de la décadence et de la couardise de ces représentants que la populace a élus. Notre projet de société, pour employer cette expression éculée, sera à cette image.
Je m’attarderai plutôt, ne perdant pas espoir, aux aspects plus politiques de la question, approche plus pertinente ici chez Vigile.
Il faut rappeler que le citoyen en question était et demeure un membre fidèle du Parti québécois. Il a contribué de longue date à l’édification de ce parti politique. Le Parti québécois a donc une responsabilité particulière envers lui et il n’a pas le droit de l’abandonner. Ne pas assumer cette responsabilité ajouterait à l’offense, dans le cas de ce parti, la traitrise des compagnons d’armes.
Le Parti québécois ne manque pas une occasion de dénoncer son adversaire libéral sur toutes les causes, plus valables les unes que les autres, et sur toutes les tribunes. C’est très bien. Il est cependant une cause où les deux partis ont agi en complices dans la formation d’une alliance honteuse. Ils ne cessent depuis de renouveler leur solidarité coupable à chaque jour qui passe. C’est la responsabilité du Parti Québécois, (à lui le choix des instances, du moment, des personnalités mais le temps presse) de dénoncer cette alliance et cette solidarité vieille de dix ans. C’est à lui de se dissocier sans ambiguïté du geste indigne et de l’errance de l’AN dont le PQ a été partie prenante.
Cette action courageuse du Parti québécois permettra de soigner les blessures, unira les troupes et entraînerait les libéraux dans la même voie. À défaut de s’amender à leur tour, les Libéraux se trouveraient de plus en plus isolés dans une posture anti-démocratique qu’ils auraient de plus en plus de mal à défendre. Pour que la question se règle, le Parti québécois doit reprendre l’offensive et ne peut éviter un passage au lavoir. La noblesse politique ne va pas sans sacrifices. Il devra se dissocier du Parti libéral, ce qui demande des excuses et des explications qualifiées, et de mettre fin une fois pour toutes à sa complicité avec lui.
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Pour le PQ, ne pas agir maintenant ouvre la porte à de nouveaux abus portant atteinte aux droits du citoyen à s’exprimer librement. Car depuis dix ans, une telle répression injustifiée du droit d’expression n’a été ni corrigée ni excusée. Comme je l’ai dit plus haut, cette situation me fait peur. Je me demande qui prendra la défense de nos droits et de nos libertés. En ce sens, en l’absence de réparations et d’explications, les Québécois sont tous, nous sommes tous, des Yves Michaud potentiels. Ce n’est pas la société québécoise que je souhaite.
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Certains recommandent d’attendre que le Parti québécois prenne le pouvoir pour agir. L’injustice ne peut attendre, la défense de la liberté d’expression ne le peut davantage. Les droits existent et s’ils existent vraiment, il importe qu’ils ne soient pas à la carte, à l’arbitraire, à la gueule du client et encore moins subordonnés aux circonstances. L’Assemblée nationale a commis une faute grave et la désinvolture d’un Jacques Brassard à cet égard, pour ne nommer que celui-là, fait craindre d’autres affaires Michaud où la complicité des Libéraux et des Péquistes sera rééditée. Il importe pour tout démocrate que l’Assemblée nationale réaffirme dès maintenant et sans ambiguïté le caractère sacré de la liberté d’expression et sa résolution de ne plus peser de son poids pour orienter le débat démocratique entre citoyens. Je crois reconnaître dans la position des «attentistes» de mauvais défenseurs du Parti québécois. Des partisans aveuglés qui ont perdu tout discernement. Ils sont incapables de réaliser que ce n’est pas en maintenant sa complicité et sa solidarité avec le Parti libéral sur cette affaire que le PQ fera des gains réels.
Il en coûtera quelque chose, certes. Certains esprits qui méprisent le droit à la libre expression ont peut-être des affinités plus grandes avec les libéraux. Ils iront siéger avec eux ou siégeront comme indépendants. Il y a des questions de principe qui ne peuvent souffrir aucun compromis, sous peine de se discréditer soi-même et de discréditer la cause que l’on défend. Je ne peux croire que le Parti qui prétend vouloir libérer tout un peuple n’a pas les couilles de rendre justice à un seul homme. La cause de Yves Michaud nous appartient tous car c'est notre liberté de parole qui est en jeu.

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Gilles Verrier139 articles

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Entrepreneur à la retraite, intellectuel à force de curiosité et autodidacte. Je tiens de mon père un intérêt précoce pour les affaires publiques. Partenaire de Vigile avec Bernard Frappier pour initier à contre-courant la relance d'un souverainisme ambitieux, peu après le référendum de 1995. On peut communiquer avec moi et commenter mon blogue : http://gilles-verrier.blogspot.ca





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3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    4 février 2012

    Le 24 juin 2010, Marois a embrassé le pm le plus corrompu de l'histoire du Québec pour sa fête. Moi, je l'aurais poursuivi en justice pour haute trahison envers les intérêts de la nation québécoise. Mais bon, chez les peureux qui dirigent le PQ, tout est modéré, même l'audace. Qu'ils continuent à porter des foulards blancs devant l'Assemblée nationale. C'est un geste tellement audacieux et nuisible pour le petit despote du Québec...
    Laurent Cambon

  • Archives de Vigile Répondre

    13 décembre 2010

    Monsieur Verrier
    Parfois, je me demande si l'Assemblée Nationale n'est pas une filiale du Cirque du Soleil parce que nous sommes vraiment dirigés par une "gang" de bouffons; pas surprenant que les Québécois aient perdu confiance en la politique et qu'ils ne vont plus voter. Et après cette bavure à l'endroit de M. Michaud, réalisez-vous que le PQ nous a fait perdre 10 autres années pour le pays du Québec (nous en avions déjà perdu 32 autres auparavant!) en montrant ses accointances avec le PLQ dans cette affaire ignoble et en se mettant à genoux face au lobbying juif (le B'Nai Brith). Nos dirigeants politiques n'ont pas de couilles face au monde de la finance étant déjà programmés dans leurs cerveaux à être des perdants ("loosers") depuis la Conquête de !759.
    La direction de Vigile a écrit un super billet aujourd'hui intitulé: STIGMATISATION TRAGIQUE " que tous les Québécois devraient se donner la peine de lire durant la période des Fêtes. (J'espère que M.Frappier le gardera sur le site jusqu'à la fin de l'année). Depuis que je commente sur ce site, je n'arrête pas de dire que le PQ ne fera jamais l'indépendance du Québec parce que ses dirigeants sont trop lâches et peureux face aux lobbying juif, face à l'establishment économique (ils couchent ensemble!) et face à la minorité anglophone du West Island. Les vrais indépendantistes doivent se tourner ailleurs pour réaliser l'indépendance du Québec; ils n'ont pas le choix.
    André Gignac, indépendantiste

  • Archives de Vigile Répondre

    13 décembre 2010

    Si les députés du PQ, coupables dans cette affaire, principalement, Mme Marois ne s'excuse pas correctement publiquement maintenant, ils le feraient encore bien moins, au pouvoir.
    Le gang de députés péquistes coupables qui ont peur, en s’excusant, de donner prise aux critiques des anglophones et de celles de Messieurs Bouchard, Brassard et Simard, sont en train de recreuser leurs tombes.