11 Septembre? Quel 11 Septembre?

11 septembre 2001



L'événement avait une telle ampleur dramatique que tout le monde a cru, sur le moment, qu'une grande catastrophe économique allait suivre. Mais, contrairement aux tours du World Trade Center, les économies américaine et mondiale ne se sont pas effondrées. Elles continuent, depuis le 11 septembre 2001, sur leur erre d'aller. Pour le meilleur et pour le pire.
On pourrait croire qu'il faut être sourd, aveugle et complètement idiot pour affirmer que le monde n'a pas tellement changé depuis les attaques terroristes contre le World Trade Center et le Pentagone. Outre le spectacle de folie et d'horreur qui a coûté la vie à 3000 innocentes victimes ce jour-là, l'événement a quand même, entre autres choses, directement mené à : l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak, à l'affaiblissement des mécanismes internationaux de règlement des conflits, à la violation de droits individuels, à l'aggravation des tensions communautaires et à la montée de la peur. Mais bon, comme cela arrive parfois, l'économie n'a pas été à l'image du reste.
L'effondrement économique qui avait été prédit ne s'est pas produit. La baisse immédiate des taux d'intérêt par la Réserve fédérale américaine et les autres banques centrales, ainsi que l'annonce rapide d'investissements de plusieurs milliards par les pouvoirs publics aux États-Unis comme ailleurs, ont empêché les économies américaine et mondiale de caler dans les premiers mois. Il n'a fallu que 40 jours à la Bourse américaine, après sa réouverture, pour retrouver le niveau qu'elle avait avant les attentats. Portés par l'entrain de leurs consommateurs et l'essor des économies émergentes comme la Chine, les États-Unis ont rapidement repris leur «croissance molle» qui est devenue plus vigoureuse avec le temps.
Certains secteurs ont bien sûr été plus touchés que d'autres, à commencer par le transport aérien et le monde de l'assurance. Le resserrement des contrôles de sécurité aux frontières a aussi considérablement compliqué les échanges entre le Canada et les États-Unis, surtout au début. Les coûts de sécurité des gouvernements et des entreprises ont bondi. Selon l'OCDE, une dépense équivalant à 1,5 % du PIB en ce domaine se traduit après cinq ans, par une baisse de la production de 0,7 %. Aux États-Unis seulement, la facture totale des campagnes militaires d'Afghanistan et d'Irak pourrait avoir dépassé le billion US (1000 milliards) d'ici à 2016. C'est sans parler des «incertitudes géopolitiques» que ces campagnes ont nourries, et de leur effet sur la hausse des prix du pétrole.

Tout cela n'a pourtant pas empêché l'économie américaine de croître de 15 % depuis le 11-Septembre. L'économie mondiale a crû quant à elle de 20 %, et les pays en voie de développement de 30 %. Loin de s'étioler, le commerce international est passé d'un total de 8 billions, avant les attaques, à 12 billions en 2005. Loin de rester terrés chez eux, les touristes à l'étranger sont passés d'un nombre total de 688 millions à 808 millions dans le même temps.
On connaît de nouveaux émois lorsque survient un nouvel attentat, comme cela a été le cas à Bali, à Madrid, ou à Londres, ou que l'on en évite un de justesse, comme tout récemment dans les avions de ligne britanniques. Ce trouble n'a habituellement qu'un impact économique limité et ne dure qu'un moment, comme si la menace terroriste faisait maintenant partie des risques que les économies sont prêtes à assumer.
Le pire
L'économie des États-Unis, le commerce mondial ou le tourisme ne sont pas les seules choses qui n'ont pas tellement changé. Après le 11-Septembre, tout le monde semblait convenir que l'une des causes de la montée du terrorisme était l'exclusion de peuples entiers de la croissance et du nouvel ordre économique mondial. On disait que la pauvreté était le meilleur ferment d'extrémisme et de violence.
Cinq ans plus tard, on s'émerveille toujours devant les progrès économiques réalisés par plusieurs pays d'Asie, dont la Chine et l'Inde, mais aussi d'Europe de l'Est et d'Amérique du Sud. Ailleurs, la situation est toutefois beaucoup moins encourageante sinon carrément désespérante.
On ne voit pas le jour où l'Afghanistan et l'Irak, qui ont été envahis au nom de la guerre au terrorisme, cesseront de piquer du nez.
Un an avant les attentats du 11-Septembre, s'était ouvert, aux Nations unies, le grand chantier des Objectifs du millénaire pour le développement. Son but était de réduire d'ici à 2015 de moitié la population mondiale vivant avec moins de 1 $ par jour. Même si les huit engagements que l'on avait pris, alors, étaient jugés tout à fait réalisables, on se dirige aujourd'hui vers un échec, faute de volonté des pays riches.
Unis contre la menace du fanatisme et du repli sur soi, les pays membres de l'Organisation mondiale du commerce s'étaient réunis à Doha, au Qatar, un mois seulement après que les avions eurent percuté les tours jumelles à New York. Ils s'étaient entendus pour mettre de côté l'opposition Nord-Sud qui les paralysait depuis le sommet de Seattle et lancer un nouveau cycle de négociations pour le développement. Son objectif était de changer les règles du jeu international afin qu'elles soient plus justes à l'égard des pays pauvres. Le mois dernier, les négociations ont été suspendues indéfiniment, en bonne partie victimes de l'entêtement des États-Unis et de l'Europe à maintenir leurs bonnes vieilles politiques agricoles.
Il est peut-être encore trop tôt pour mesurer l'impact du 11-Septembre sur l'économie américaine et sur celles des autres pays. L'intensification des contrôles aux frontières, la peur des attentats et l'augmentation constante des coûts de sécurité pourraient bien finir par désorganiser la circulation des personnes et des biens dont dépendent de plus en plus nos économies.
Tout indique, cependant, qu'il en fallait plus pour enrayer ces belles machines ou les faire changer de trajectoire, pour le meilleur et pour le pire.


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