Vers l'établissement d'un réseau scolaire autochtone

Ghislain Picard fustige Ottawa

Forum socio-économique des Premières nations



par Dutrisac, Robert
Mashteuiatsh - Les Premières Nations ont fait de grands pas hier vers l'établissement d'un réseau scolaire contrôlé par les autochtones, de la maternelle à l'université.
Les gouvernements du Québec et du Canada ont annoncé trois initiatives qui vont dans le sens de cette revendication des peuples autochtones.
À la dernière minute, le gouvernement fédéral a donné son accord pour financer sa part de la construction du pavillon des Premières Nations sur le campus de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), à Val-d'Or. «Il était minuit moins cinq, littéralement», a souligné le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Jean-Marc Fournier.
Ainsi, Québec et Ottawa verseront chacun 3,8 millions pour la construction de ce pavillon de l'UQAT réservé aux autochtones tandis que la fondation créée pour ce projet, à laquelle ont été associés l'ancien grand chef des Cris, Ted Moses, et le maire de Val-d'Or, Fernand Trahan, versera 500 000 $ des 1,25 million de dollars qu'elle a recueillis, pour un total de 8,1 millions. Le gouvernement du Québec s'est engagé à verser 350 000 $ par an pour les frais de fonctionnement du pavillon et on s'attend, maintenant qu'Ottawa a le bras dans le tordeur, que le fédéral y aille d'une contribution annuelle de 850 000 $, a indiqué Édith Cloutier, une des instigatrices du projet, aussi présidente du Regroupement des centres d'amitié autochtone et maintenant présidente du conseil d'administration de l'UQAT.
«Il faut que l'université ait une grande ouverture et une certaine audace pour s'embarquer dans cette aventure sachant que les Premières Nations veulent être partie prenante de ce projet», a dit Mme Cloutier au Devoir. «Maintenant, ça nous amène à l'étape où nous voulons que cette institution soit vraiment dirigée par et pour les Premières Nations.» Quelque 200 autochtones fréquentent l'UQAT ou suivent des cours donnés par l'institution dans leurs communautés. Mme Cloutier croit que 450 étudiants seront inscrits au pavillon en 2008.
Mais l'ouverture ne s'est pas faite que dans le domaine universitaire. M. Fournier et le ministre délégué aux Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, ont annoncé la création d'un centre d'études collégiales autochtones, possiblement sur la réserve de Kahnawake. Ce centre, qui doit ouvrir ses portes à l'automne 2008, sera une antenne du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue et du Collège Dawson. Il accueillera dans un premier temps de 15 à 20 étudiants et les cours seront donnés en anglais et en français. Le centre représente une dépense annuelle de 200 000 $ pour Québec. À l'heure actuelle, environ 800 étudiants autochtones poursuivent des études collégiales au Québec.
En outre, le ministre fédéral des Affaires indiennes et du Nord, Jim Prentice, a annoncé le versement de 731 000 $ pour appuyer, notamment, le développement de programmes éducatifs à l'intention des autochtones. «C'est une entente qui nous permet de faire un petit pas vers le développement d'un système scolaire qui nous appartient et qui nous ressemble. Ce que nous voulons, c'est avoir la pleine compétence d'ici cinq ou six ans», a dit Lise Bastien, directrice du Conseil en éducation des Premières Nations.
L'illogisme d'Ottawa
Le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, estime que le gouvernement fédéral fait preuve d'«illogisme» dans ses relations avec les autochtones.
Au cours d'un point de presse tenu hier au terme de la deuxième journée du Forum socioéconomique des Premières Nations, Ghislain Picard a déploré que le ministre fédéral des Affaires indiennes et du Nord, Jim Prentice, ne soit pas présent aujourd'hui à la clôture de l'événement alors que les participants aborderont la question du logement dans les réserves, une compétence strictement fédérale. «On accuse un retard de 10 000 logements et on aurait très certainement été en droit d'attendre ce que le gouvernement fédéral a à proposer», a-t-il dit.
Les engagements d'Ottawa en matière de santé et de services sociaux l'ont également déçu. Rien de neuf dans ce que M. Prentice a mis sur la table hier, le gouvernement conservateur ne faisant que recycler des sommes offertes par le gouvernement précédent. «On sait que l'opinion générale, c'est qu'ils [les conservateurs] sont de tendance de droite, très de droite, et qu'il y a peu de réactions par rapport à la situation qui nous préoccupe.»
L'organisme Femmes autochtones du Québec est aussi resté sur sa faim. Ottawa n'a promis de verser qu'une somme de 900 000 $ au Québec pour les maisons d'hébergement destinées aux femmes autochtones victimes de violence, mais seulement pour les immobilisations. Rien pour leur fonctionnement. Or les maisons d'hébergement sur les réserves, relevant du fédéral, reçoivent le tiers des sommes que les deux maisons d'hébergement autochtones en sol québécois obtiennent du gouvernement du Québec.


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