Une affaire qui ne sera jamais close

Affaire Michaud 2000-2011

Résumé d'une communication faite le 22 août 2004, à l'Assemblée annuelle des membres de Solidarité Yves Michaud
En 55 ans de vie publique, j'en ai vu des vertes et des pas mûres. J'ai donné des coups et j'en ai reçu. C'était état et demeure la règle du jeu. Au Clairon de Saint-Hyacinthe, à la Patrie de Montréal, à l'Assemblée nationale en 1969 alors que je m'opposai à l'infâme loi 63 visant à bilinguiser le Québec, j'ai eu ma ration de quolibets et d'injures.
Au journal indépendantiste Le Jour que j'ai fondé en 1973, à la Délégation générale du Québec en France, dans mes fonctions de conseiller auprès de René Lévesque, à l'assaut ces dernières années des citadelles bancaires et des lupanars financiers, j'ai été plus d'une fois écorché. On ne va pas à la guerre sans qu'il nous en coûte. C'est le prix à payer pour la défense d'une certaine idée que l'on se fait de sa patrie et de ce qu'elle a de plus précieux, sa langue.
Montherlant disait que «se faire des amis était une obligation de commerçant alors que la recherche d'ennemis était un luxe d'aristocrate»! À cette aune, je dois avoir du sang bleu. Comme dans les arts martiaux, je carbure à l'énergie de mes ennemis, et lorsqu'il m'arrive d'en manquer j'en un don inné pour m'en faire! Ainsi a été ma vie. Je ne regrette rien. Les blessures se sont vite cicatrisées à une exception près.
Le 14 décembre 2000 vint. Ce jour-là fut le plus triste de mon existence parmi la race des hommes. [...] Chacun des 1338 jours qu'il m'a été donné de vivre depuis cette date maudite, je revois 109 députés de l'Assemblée nationale se lever comme des automates pour me couvrir de honte et d'opprobre et salir ma réputation. Le premier à se saisir du torchon a été Lucien Bouchard, prestement relayé par Sylvain Simard courant sus les caméras et les micros pour m'associer à rien de moins que de l'hitlérisme ! Il arrive souvent en politique, hélas!, que les pète-sec atteignent des sommets d'imbécillité...
Qu'avais-je fait, qu'avais-je dit, quels propos avais-je tenus pour être ainsi crucifié sur la place publique par la plus haute institution de la nation? Quel crime avais-je commis pour être ainsi livré à la haine et au mépris de mes compatriotes? Je n'en sais encore rien après trois ans et neuf mois. [...]
Les miens
Je sais par qui j'ai été accusé. Par les miens. Pour des motifs qui ne font pas honneur aux instigateurs de cette saloperie. C'est sous un gouvernement du Parti québécois que pour la première fois en des siècles de parlementarisme, des députés censuraient les propos d'un citoyen en violation de leurs propres règlements régissant leurs délibérations. Qui plus est, sans qu'en seul d'entre eux prenne connaissance des propos qu'ils condamnaient.
En proie à quelle folie ou à quel délire ont-ils pu s'en prendre à l'une des plus grandes conquêtes du Siècle des Lumières, la liberté d'expression? Que s'est-il passé pour mettre en scène un spectacle aussi dégradant que celui de lois et de chartes violées par ceux-là mêmes qui en ont la garde? Moment d'égarement, d'hébétude, d'inconscience, on pourrait le supposer n'étaient-ce les multiples occasions qui leur ont été offertes de réparer l'injustice et l'iniquité qui me furent infligées. [...]
Dans un état de droit, on lit l'acte d'accusation au plus mécréant des criminels. Cela m'a été refusé. J'ai demandé à la Commission de l'Assemblée nationale d'être entendu. Cela m'a été refusé. J'ai demandé à l'Assemblée nationale elle-même de m'entendre. Cela m'a été refusé. Foin du célèbre audi alteram partem!
Silence péquiste, engagement libéral
Conformément à la Charte des droits et libertés du Québec, j'ai présenté à deux reprises des pétitions pour redressement de griefs par l'entremise du député de l'Assomption. Elles n'ont reçu aucune réponse bien que l'Assemblée nationale ait l'obligation constitutionnelle de se prononcer sur les pétitions qui lui sont présentées.
À trois conseils nationaux successifs du Parti québécois, les délégués ont adopté des résolutions enjoignant au gouvernement et à la députation parlementaire de procéder à une modification des règlements de l'Assemblée nationale pour interdire expressément des motions de blâme à l'endroit d'un citoyen. Sauf une intervention en ce sens du député Jean-Pierre Charbonneau à l'Assemblée nationale, rien n'a été fait. Les résolutions des militants se sont retrouvées à la morgue des résolutions sans lendemains.
L'affaire qui porte mon nom, grave quant au fond, prend des allures ubuesques. Sous la signature du journaliste Gilles Normand, La Presse du 12 juin 2004 informait ses lecteurs que le président de l'Assemblée nationale, Michel Bissonnet, avait, la veille, saisi ses collègues d'un projet de réforme parlementaire qualifié de «document de travail».
Si ce document était adopté, écrit le journaliste, «il rendrait impossible un traitement envers un citoyen comme celui qui a été réservé à l'ex-député, diplomate et journaliste Yves Michaud, le 14 décembre 2000». Ce développement majeur de l'Affaire n'a suscité aucun commentaire parmi la députation péquiste. Silence, motus et bouche cousue. [...]
Fernand Couturier, dans un remarquable essai intitulé «Un peuple et sa langue» (Fondation littéraire Fleur de Lys), consacre plus d'une cinquantaine de pages à la motion du 14 décembre 2000. L'analyse est objective, lucide, intelligente et documentée à souhait. L'auteur écrit: «C'est dans cette affaire [Michaud] que le siècle a tourné. Il ne faut pas en finir trop vite avec elle...Il semble y avoir une hâte excessive à clore cette affaire. Elle ne sera jamais close. Si on la dissimule tout simplement en la poussant sous le tapis... elle restera là dans la pénombre et continuera en catimini d'empoisonner la vie commune...Une telle affaire pourra toujours resurgir sous d'autres formes, tant et aussi longtemps qu'il y aura de la liberté. C'est pour cela qu'elle ne sera jamais close.»
Yves Michaud : Montréal


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