LAÏCITÉ

Un débat «empoisonné» par la charte

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Lisée tombe dans l’instrumentalisation crasse de la laïcité

En misant sur la charte des valeurs québécoises, le gouvernement Marois a «empoisonné» le débat sur la laïcité, soutient le député de Rosemont, Jean-François Lisée. À ses yeux, le Parti québécois est, «pour l’instant», disqualifié de toute conversation nationale sur l’interdiction du port de signes religieux au sein de la fonction publique et parapublique.

La proposition de nouvelles règles régissant le port de signes religieux par les employés de l’État s’avérerait « contre-productive » pour le PQ, selon lui. « Dans l’avenir prévisible, on ne doit pas revenir là-dessus », a fait valoir le candidat à la direction du PQ jeudi avant-midi à l’Assemblée nationale.

Le gouvernement Marois « n’a pas été aussi bon qu’[il] aurait dû l’être » lorsque le débat sur le projet de loi 60 déchirait le Québec. « On a tellement braqué des gens. On a tellement divisé des gens. On a tellement mécontenté des communautés culturelles. On a tellement éloigné des jeunes », a-t-il déploré à l’entrée du caucus des élus péquistes.

M. Lisée a reproché au gouvernement péquiste d’avoir affiché son « côté salé », avec « les règles du vivre-ensemble », mais pas son « côté sucré ». Il cachait sa « volonté de réussir le vivre-ensemble » en faisant peu de cas par exemple des initiatives du ministère des Relations internationales et du ministère de l’Immigration visant à faciliter la reconnaissance des titres de compétences professionnelles des nouveaux arrivants au Québec.

L’élu péquiste a réitéré jeudi qu’il aurait claqué la porte du Conseil des ministres si la mouture du projet de loi 60, soumise au vote des 125 députés, n’avait pas compté une clause de droits acquis. « Un employé actuel de l’État devait garder son droit d’avoir ses signes [religieux] jusqu’à la retraite s’il le voulait », a répété M. Lisée.

En revanche, Bernard Drainville n’était pas prêt jeudi à écarter une fois pour toutes l’idée d’imposer des restrictions vestimentaires aux employés actuels de l’État au nom de la laïcité de l’État. Le député de Marie-Victorin n’a toujours pas arrêté les modalités d’une nouvelle charte reflétant sa conception de la laïcité. Selon lui, « il faut continuer à réfléchir » au sein du PQ sur la portée d’une interdiction de signes religieux.

Plus de sept mois après la défaite électorale, M. Drainville se questionne sur la pertinence de frapper l’ensemble des employés de l’État, y compris ceux des établissements de santé, d’une interdiction de port de signes religieux, « clause grand-père » ou pas. « Il y a une discussion à y avoir », a-t-il soutenu.

Mais, chose certaine, les employés de l’État en position d’autorité — juges, procureurs, policiers, gardiens de prison —, mais aussi ceux « en autorité auprès des enfants » — enseignantes et éducatrices en services de garde — devraient s’abstenir d’afficher un symbole religieux au boulot.

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, n’en démord pas. L’auteur du projet de loi 60 « est allé trop loin » dans la liste des organismes publics et parapublics touchés par l’interdiction de signes religieux, a-t-il fait valoir en point de presse. « Ce n’est certainement pas une mesure que je souhaiterais voir réapparaître », a-t-il ajouté, disant souscrire à une « position plus modérée ».

La charte des valeurs québécoise a été une occasion manquée pour le gouvernement péquiste d’ériger le Québec comme un véritable État laïque. « J’aurais souhaité mettre ce débat derrière nous pour enfin avoir un État laïque et avoir des réponses aux accommodements raisonnables, chose que nous n’avons toujours pas aujourd’hui. »

Le député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, a aussi dit regretter que le projet de loi 60 ait terminé en queue de poisson son parcours législatif. « Malheureusement l’élection a fait en sorte que le processus ne s’est pas complété. Il aurait certainement été enrichi par une commission parlementaire », a-t-il dit dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Le candidat pressenti à la succession de Pauline Marois s’est toutefois fait avare de commentaires jeudi sur sa vision de la « souveraineté identitaire ».

«Faisons tout ce qui fait consensus»

Pour Bernard Drainville, « il y a moyen d’en arriver à une laïcité qui est consensuelle, rassembleuse ». D’ailleurs, la course à la chefferie au PQ sera l’occasion de débattre de « la manière » de consacrer le « principe de la laïcité » au Québec, qui fait consensus au sein de la population québécoise. « On va avoir un débat, c’est évident. […] Actuellement, on est dans les limbes », a insisté M. Drainville, dans un clin d’oeil au gouvernement libéral. « [Il] s’est engagé à déposer un projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État. Il ne l’a toujours pas fait », a-t-il déploré.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, fera connaître un projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État, prévoyant des mesures d’encadrement des accommodements et de lutte contre l’intégrisme religieux. « Il est en rédaction. L’objectif est de le déposer le plus rapidement possible à l’Assemblée nationale », a indiqué l’attachée de presse de Mme Vallée, Jolyane Pronovost.

Le gouvernement du Québec a « tellement de choses à faire » afin d’« avancer dans la laïcité », selon Jean-François Lisée. Pour l’heure, « faisons tout ce qui fait consensus », comme l’insertion de balises encadrant les demandes d’accommodements religieux, a-t-il suggéré.

Pour y arriver, le PQ doit « être à l’écoute des citoyens » afin de miser sur les « valeurs » bénéficiant d’un « large, large consensus au Québec », a argué la députée de Vachon, Martine Ouellet.


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