Tunisie : Québec se comporte comme «une petite province»

Québec dans le monde - des croûtes à manger...



Paul Journet La Presse (Laval) Une semaine après l'arrivée de la famille de Zine al-Abidine Ben Ali dans le grand Montréal, Québec commence à réagir. Les proches du dictateur tunisien déchu ne sont pas bienvenus au Québec, a dit ce matin le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, en interview à TVA.
La déclaration du ministre ne semblait pas prévue. M. Dutil participait à une interview qui portait sur un autre sujet. C'est pour répondre à une question qu'il s'est prononcé sur le clan Ben Ali.
M. Dutil a simplement repris le message de Stephen Harper. En visite au Maroc, le premier ministre du Canada affirmait hier : «permettez-moi d'être très clair : ils ne sont pas les bienvenus au Canada ».
La déclaration arrive un peu tard et à reculons, déplore le PQ. Le parrain de Ben Ali logerait dans un hôtel de Vaudreuil-Dorion depuis sept jours avec sa femme et ses quatre enfants. Sa présence avait déjà été rapportée dans les médias la fin de semaine dernière.
Ce matin, avant la déclaration de M. Dutil, Louise Beaudoin accusait le gouvernement Charest de «ne pas jouer (son) rôle» et de «se comporter comme une petite province ».
Le nouveau gouvernement tunisien a lancé un mandat d'arrêt international contre le dictateur et ses proches. Ce mandat a été entériné par Interpol. La GRC indique toutefois qu'elle n'a pas encore de mandat d'arrêt en vertu du droit canadien.
Des déclarations comme celle de Stephen Harper ne sont pas veines, insiste Louise Beaudoin, critique du PQ en matière de Relations internationales. Elle cite en exemple le cas de Jörg Haider, le défunt dirigeant du Parti autrichien pour la liberté, un parti d'extrême-droite. « Rapidement, comme ministre, j'avais dit qu'il n'était pas le bienvenu au Québec et qu'on souhaitait qu'il parte », se souvient Mme Beaudoin. Le leader extrémiste avait finalement quitté le Québec. Mme Beaudoin concède toutefois qu'il s'agit d'une situation différente de celle de la famille Ben Ali, recherchée par Interpol.
Confusion
Il y avait un peu de confusion ce matin au caucus de pré-session du PQ à Laval. Le critique du PQ en Sécurité publique, Stéphane Bergeron, renvoyait la balle à Ottawa. « C'est une décision qui relève d'abord et avant tout du gouvernement fédéral », a-t-il affirmé. Il ajoute que la famille Ben Ali se trouverait à Vaudreuil, soit « en territoire canadien ».
« Ils sont sur le territoire québécois, alors (...) je pense que le gouvernement du Québec devrait s'y intéresser », a répliqué Mme Beaudoin.
Jouer avec le passé
L'habituelle joute de ping-pong de déclarations passées a recommencé ce matin. Mais en jouant avec les relations passées avec la Tunisie, la classe politique québécoise risque de se brûler.
Le Parti libéral refaisait circuler ce matin des propos maladroits de Pauline Marois. En interview au 98,5FM en 2007, la chef du PQ affirmait que la Tunisie était « quand même un État de droit jusqu'à maintenant», avant de préciser que c'était possible «qu'il y ait des choses qui soient complètement inadmissibles qui (s'y) passent ».
Louise Beaudoin a essayé de plaider le contexte. Elle indique que Mme Marois avait accompagné son commentaire de quelques critiques.
Mme Beaudoin ajoute que le premier Charest avait rencontré Ben Ali en 2004 sans aborder la question des droits humains. Mais les relations entre Québec et le régime autocratique de Ben Ali datent de plusieurs années. La péquiste concède que ces relations étaient « grosso modo » de la même nature sous le gouvernement Landry et le gouvernement Charest.
La Tunisie avait le statut de « pays prioritaire » au ministère des Relations internationales du Québec. Les liens économiques et diplomatiques rendaient le gouvernement québécois prudent dans ses critiques.


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