Subventionner les films pornos?

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Le féminisme devenu fou : subventionner la pornographie politiquement correcte...

En Allemagne, un parti politique a pris comme engagement de financer les films pornos féministes. Anne-Marie Losique, maintenant associée à la prestigieuse société Marc Dorcel, aimerait que le Canada réfléchisse aussi à cette perspective.



Le parti politique social-démocrate (SPD) en Allemagne a récemment ajouté à son programme le financement des films pornographiques féministes. Des oeuvres qui ont entre autres comme caractéristique de respecter les conditions de travail des gens de ce milieu.


«Les jeunes qui regardent du porno ont une image complètement tronquée de la femme qui est vue comme un objet. Dans la pornographie féministe, il y a toujours l'idée de représenter le sexe tel qu'il est, de façon réaliste, explique Heike Hofmann, membre du SPD, dont les propos ont été rapportés dans Slate. Dans ces films, il y a beaucoup plus de diversité sexuelle, de corps variés, des âges et des couleurs de peau différentes. On ne reste pas dans le cliché de la blonde à forte poitrine. Il y a aussi l'enjeu de montrer des gens qui se protègent avec un préservatif.»


Il y a dix ans, un film pornographique féministe (Dirty Diaries de Mia Engberg) a d'ailleurs été subventionné par des fonds publics en Suède. Le but était justement de présenter une vision plus réaliste des femmes et de la sexualité.


 


Anne-Marie Losique trouve cette démarche «très intéressante» et aimerait que nos gouvernements s'en inspirent: «Ce n'est pas les gens qui auraient un problème avec ça, ce sont les institutions. Elles ne nous représentent pas.» 


«Et là, je ne parle pas de subventionner tous les films adultes. Je parle des films qui ont un mérite artistique, de la valeur... Les gouvernements font comme si ça n'existait pas.»


Le gouvernement du Québec nous a confirmé que ce n'est pas dans ses intentions de financer des films pornographiques. Au gouvernement fédéral, on nous a renvoyée à Téléfilm Canada, qui nous a répondu par courriel: «En fait, la mission de Téléfilm Canada est de supporter l'industrie audiovisuelle et de financer le cinéma canadien indépendant. Cette mission ne vise pas simplement le succès commercial, l'aspect culturel a également une grande importance, a écrit Andréane Leblanc, conseillère en relations publiques de Téléfilm Canada. Jusqu'à présent, nous n'avons pas financé des contenus tels que la pornographie, les évènements sportifs ainsi que la téléréalité, puisque nous avons évalué que ces types de contenus ne requièrent pas de support de Téléfilm Canada.»


«Nos fonds sont limités et le nombre de projets soumis de grande qualité est important. Cette grande compétitivité, déjà présente au sein de l'industrie, influence le type de contenu que nous sommes en mesure de financer», indique Andréane Leblanc, de Téléfilm Canada.


Clairement, les films pornographiques subventionnés ne verront pas le jour dans un avenir rapproché. Par contre, pour ce qui est de la pornographie dite féministe, quelques acteurs du milieu proclament déjà en faire au Canada, dont le site Bellesa.


Les productions haut de gamme


La société Marc Dorcel, bien connue en Europe pour ses productions dans l'univers des adultes, travaille depuis un an avec Anne-Marie Losique. Son directeur général, Gregory Dorcel, était de passage à Montréal pour, entre autres, parler de cette union, de ses films maintenant distribués au Canada (grâce à la chaîne Vanessa Media) et de son désir de percer aux États-Unis.


Mais y a-t-il encore des personnes qui consomment des films pornographiques à la télévision? 


«Comme l'ensemble de l'audiovisuel et de l'industrie de la musique, c'est un marché qui souffre énormément du piratage. Et aussi, il souffre du fait qu'il y a une diffusion incontrôlée sur le web.»


«Alors que sur les autres canaux, dont dans le milieu de la télévision, si vous regardez la réglementation qui s'applique pour la porno, c'est plutôt très strict», ajoute Gregory Dorcel.


À propos du piratage, la présidente de Vanessa Media renchérit: «Je trouve ça extraordinaire que les gens ne se sentent pas coupables de consommer comme ça. J'ai hâte que les gouvernements légifèrent. Je trouve ça complètement fou de laisser tout ce milieu-là livré à lui-même sur internet», dit Anne-Marie Losique.


Elle explique entre autres que, contrairement à l'époque où elle animait des émissions sur le sujet, l'industrie du porno au Québec n'est plus en effervescence. Au contraire, peu de productions sont réalisées dans la province, selon elle. «Ça s'est vraiment écroulé. Ce n'est pas facile de vivre pour les petits joueurs, justement à cause du piratage et de la gratuité sur internet», avance Anne-Marie-Losique.


«Beaucoup d'intérêt pour le contenu de qualité»


Les deux entrepreneurs ont toutefois confiance en l'avenir de leurs produits, puisqu'ils remarquent que de nombreux consommateurs se détournent des vidéos bas de gamme pour visionner des programmes plus sophistiqués, comme ils en produisent et diffusent.


D'après Gregory Dorcel, les «consommateurs» de produits pour adultes, en d'autres mots ceux qui paient, représentent depuis longtemps de 5 % à 10 % de la population. 


«Et contrairement à ce qu'on peut faire croire, les consommateurs, et je dis bien les consommateurs, n'attendent rien de bizarre. Ils veulent des choses érotiques, qui leur plaisent, qui soient plutôt sophistiquées, avec des histoires qui les amènent quelque part.»


«J'ai commencé mon travail aux États-Unis, il y a trois-quatre ans, et il y avait plus ou moins d'intérêt, ajoute Anne-Marie Losique. Mais là, ils ont été au bout du "sans contenu", c'est-à-dire avec juste des scènes sexuelles. Il y a maintenant beaucoup d'intérêt pour le contenu de qualité, puisqu'il y a une clientèle qui aime ce type de production.»


Gregory Dorcel et Anne-Marie Losique ont récemment signé un contrat avec un «important opérateur TV américain», qui présente maintenant une sélection d'oeuvres Marc Dorcel. Mais ils ne veulent pas dévoiler le nom de cet opérateur.